© Antoine Merlet

Une nouvelle ligne de métro, ou pas, dans la Métropole de Lyon : les écologistes avancent "masqués"

En grandes pompes, le Sytral a annoncé une grande consultation publique à l'échelle de la Métropole de Lyon à l'automne 2021 pour débattre de 4 projets de lignes de métro à Lyon. Mais les élus locaux directement concernés par ces hypothétiques futures lignes de métro ne veulent pas tomber "dans le piège de la guerre des métros", selon eux, tendu par le président du Sytral et de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard. Qui ne dit pas vraiment (ou pas du tout) ce qu’il veut. Décryptage.

Le métro B, dans la Métropole de Lyon, va être prolongé jusqu’aux Hôpitaux-sud, à Saint-Genis-Laval, en 2023. Et après ? Quid de l’avenir de nouvelles lignes de métros dans la Métropole ? Pour l’instant, c’est le grand flou. Le projet d’une nouvelle ligne E, entre Tassin-Francheville ( à Alaï) et Lyon (Bellecour ou Part-Dieu) avait fait l’objet d’une consultation, très suivie, en 2019. Et semblait faire consensus chez les élus de tous bords. Et dans l’ouest lyonnais, très peu pourvu en terme de transports lourds.

Mais depuis l’arrivée au pouvoir des écologistes à la tête de la Métropole de Lyon – et du Sytral – à l’été 2020, c’est moins clair. Cette ligne E est-elle abandonnée ? Officiellement... non, clament les écologistes au pouvoir. Le Sytral, dirigé aussi par le président écologiste de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, a décidé d’organiser à l'automne 2021 une consultation pour débattre de 4 projets de nouvelles lignes de métro à Lyon.

  • une prolongation du métro A de Vaulx-La Soie à Meyzieu (en passant par Décines)
  • une prolongation du métro B de Charpennes à Rillieux (en passant par Caluire)
  • une prolongation du métro D de Gare de Vaise à La Duchère
  • et donc la fameuse création de la ligne E entre Tassin et Bellecour/Part-Dieu.

La consultation métros ? "Hiérarchiser les projets en fonction des besoins en matière de mobilité"

Bruno Bernard, président du Sytral


Quelle est l’objectif de cette consultation ? "Ce dispositif d’envergure, innovant et volontaire associe les communes, les acteurs socio-économiques et les citoyens de l’ensemble du territoire métropolitain. L’objectif de cette consultation est de permettre une hiérarchisation des projets en fonction des besoins en matière de mobilité", expliquait début mai Bruno Bernard, le président écologiste du SYTRAL, président aussi de la Métropole de Lyon. "Des études sont menées en préparation de la consultation, afin d’esquisser les quatre projets de métro en termes d’infrastructures, de desserte, de fréquentation, de coût et de financement, en lien avec les besoins de mobilité identifiés à l’échelle métropolitaine et tenant compte du développement urbain engagé et futur", précise le Sytral.

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La consultation de trois mois se déroulera à l’automne 2021. "Cette consultation qui se veut concrète et pragmatique s’organisera autour de formats propices aux échanges et à la réflexion collective à l’aide notamment de panels citoyens et d’acteurs locaux, de réunions publiques et d’ateliers thématiques, pour créer les conditions d’un débat éclairé et argumenté", promet le Sytral.

Jeudi 20 mai, une dizaine de maires de l’ouest lyonnais, tous favorables au métro E, se sont réunis pour défendre le projet de ligne E mais aussi pour dénoncer  "un piège" du président du Sytral, qui veut selon leurs termes "mettre en concurrence les territoires", regrettant que Bruno Bernard, comme la majorité écologiste, ne disent pas vraiment ce qu’ils veulent. Qu’ils avancent cachés. Masqués. Sans réelle vision globale.


"Il faut sortir du piège de la guerre des métros, on ne veut pas tomber dans ce travers"

Philippe Cochet, maire de Caluire-et-Cuire


"Il faut sortir du piège de la guerre des métros. On ne veut pas tomber dans ce travers, dans ce que veut le Sytral et le président de la Métropole. En gros c’est "dansez devant moi et celui qui dansera le mieux obtiendra peut-être la possibilité d’avoir le métro" ", explique Philippe Cochet, le maire LR de Caluire-et-Cuire, président du principal groupe d’opposition (de droite) à la Métropole de Lyon. L’élu du Plateau-nord, évidemment également favorable à la prolongation du métro B à Rillieux (en passant par Caluire), était venu soutenir ses collègues de l’ouest lyonnais : "Lorsqu’on est un élu de la Métropole de Lyon, on doit avoir une vision au-delà des frontières de sa commune, la demande qui est faite concernant l’ouest du territoire est tout à fait légitime. La pire des choses, c’est d’opposer les gens par rapport à un projet global qui devrait être mobilisateur. Il n’y a pas de vision stratégique de la présidence de la Métropole. On est 1 an après l’élection des écologistes, il n’y a aucune orientation. Tout doit est décidé de manière globale. Quand on est à la tête de la Métropole, on doit avoir une vision stratégique. On doit se projeter sur les 50 ans à venir".

Véronique Sarselli, la maire LR de Sainte-Foy-lès-Lyon, n’en dit pas moins : "le métro E, c’est une concertation d’apparat. La seule volonté de M. Bernard, c’est de mettre en concurrence des territoires. Il n’a absolument pas compris ce qu’était une Métropole. Il n’a pas de vision. Il n'a aucune vision pour la Métropole de Lyon alors qu’il est à sa tête. Et en plus, il n’a aucun respect pour les territoires, il les met en concurrence. Monsieur Bernard a fait une grande conférence de presse pour son plan de mandat (en décembre dernier) et il est incapable de dire quelle est sa vision de l’aménagement du territoire".


"Eux, ils gagnent du temps. Nous, on perd du temps pour nos habitants"

Clothilde Pouzergue, maire d'Oullins


Les élus regrettent avant tout le manque de clarté de la Métropole de Lyon et du Sytral. Qui avancent masqués. "Je partage la même interrogation. Je ne connais pas la volonté des équipes du Sytral pour les projets de métro, souffle Michel Rantonnet, le maire LR de Francheville, qui siège pourtant au Sytral. "Cette concertation, c'est une façade. Le métro, ils n'en veulent pas. Aucun des quatre", peste un élu centriste de la Métropole de Lyon.

"Le sentiment que j’ai, c’est qu’ils gagnent du temps", souligne la maire d’Oullins, Clotilde Pouzergue (LR). Pour ne finalement pas faire de métros ? "Sans doute", souffle-t-elle. "Entre le moment où on décide de faire et le moment où on inaugure une station, c’est plus de 10 ans. Eux ils gagnent du temps, et nous on perd du temps pour nos habitants", raille la maire d’Oullins.

Outre les maires LR de la Métropole de Lyon, nombre de parlementaires centristes du Rhône avaient, eux aussi, raillé le "manque de vision globale" du président du Sytral en terme de mobilités, expliquant que "le Sytral fait tout à l'envers". 11 députés du Rhône (sur 14) et un sénateur, tous de la majorité présidentielle, avaient saisi la Commission nationale de début public (CNDP) pour demander un débat public sur les projets votés au plan de mandat du Sytral dans la Métropole de Lyon et dans le Rhône. Notamment le fameux téléphérique entre Francheville et Lyon. La CNDP avait déclaré "irrecevable la demande de saisine sur l’organisation d’une concertation sur un unique projet d’ensemble" (lire ici).


"Il faut un plan Marshall métro, il faut lancer plusieurs opérations de métro"

Philippe Cochet, maire de Caluire-et-Cuire


Philippe Cochet, le maire de Caluire, réclame du courage politique : "Si la priorité aujourd’hui de la majorité écologiste elle est de dire "le métro ne nous intéresse pas", d’accord, mais qu’ils le disent clairement. En aucun cas, on ne réussira à opposer le bien fondé du métro E ou la prolongation du métro B ou de toute autre approche pour un métro. Après, c’est un choix politique. Ce choix, il doit être clair et assumé. Mais abandonner le métro, ça serait une erreur monstrueuse. Il faut un plan Marshall concernant les métros dans la Métropole de Lyon. Il faut lancer plusieurs opérations de métro. N’opposons pas le métro E au métro B, ayons une vision globale. Le président de la Métropole doit penser à demain, à après-demain et à après-après-demain. On est dans une politique de gribouille et ça pose un problème majeur".

Un métro, c’est cher. Très cher. Entre 1,2 et 1,5 milliard d’euro. Bien plus cher que d’autres transports. Bien plus cher que le transport par câble, évidemment (entre 180 et 250 millions d'euros). Mais il transportera plus de monde. Environ 5 fois plus par jour selon les études. "L’élément bloquant, et on le comprend, ce sont les moyens. On rentre dans une période où des moyens financiers vont être débloqués. Il y a bien sûr les aides de l’Europe qui vont augmenter de manière sensible, le plan de relance de l’Etat. Si le président de la Métropole de Lyon, du Sytral, est dans l’incapacité de défendre un projet structurant d’agglomération, la 2e de France, c’est qu’il y a un problème. Quand on est à la tête de la plus belle Métropole de France, on doit aller chercher de l’argent matin, midi et soir. Et qu’on endette le Sytral n’est pas grave en soit, c’est un outil. On ne résonne pas pour les 15 ans qui viennent.", martèle Philippe Cochet, le maire de Caluire.


"Le métro E avait été plébiscité lors de la concertation en 2019"

Pascal Charmot, le maire de Tassin


Avant l’été, avant la "grande" concertation métros de l’automne, de nombreux maires de l’ouest lyonnais (dans la Métropole mais aussi hors Métropole), Tassin, Sainte-Foy-lès-Lyon, Lyon 2e, Charbonnières, Francheville, Craponne, Marcy-L’Etoile, Oullins, Chaponost, La Mulatière, Saint-Genis-les-Ollières, Grézieu-la-Varenne ont montré leurs muscles pour défendre le métro E. "Il n'y a que le Métro E qui peut déplacer 50 000 voyageurs/jour dans l’ouest, il n'y a pas d'autres solutions", martèle Michel Rantonnet, le maire de Francheville. "Non, non, non, le projet de métro E de métro n’est pas enterré. Les habitants et les acteurs économiques l’ont souhaité et validé lors d’une concertation. Ils ont déjà été concertés pour cela et ils n’ont pas oublié la concertation. Cette nouvelle ligne de métro avait été plébiscitée", note Pascal Charmot, le maire LR de Tassin. "Il faut arrêter de mettre en concurrence les territoires, et tomber dans une sorte de compétition cherchée par la Métropole de Lyon", ajoute-t-il.

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"Le transport par câble, c'est un symbole politique"

Véronique Sarselli, maire de Sainte-Foy-lès-Lyon


Mais que souhaitent le président de la Métropole de Lyon et du Sytral ? "On sait juste qu’il veut une ligne de transport par câble, raille la maire de Sainte-Foy, Véronique Sarselli, farouchement opposée au passage du téléphérique sur sa commune. Si on n’arrive pas à faire la lecture d’un mandat, si on n’arrive à pas à voir l’orientation, si on n’arrive pas à donner une vision d’un territoire et qu’on vous met à côté un transport pas câble, ça devient quoi ? Le transport par câble, c’est un symbole politique. On ne joue pas avec les besoins des habitants avec un symbole politique".

Dans nos colonnes, Jean-Charles Kohlhaas, vice-président du Sytral, avait déclaré que si les habitants de Sainte-Foy ne voulaient finalement pas du téléphérique, il pourrait passer ailleurs. "C’est lamentable d’entendre ça, poursuit Véronique Sarselli. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire qu’on est sur un principe, qu’on applique un mode de transport hors sol. Un métro, ça ne se voit pas. Politiquement, on ne le voit pas. On ne se dira pas dans 30 ans "c’est Monsieur untel qui a fait le métro". Mais un transport par câble, il se voit, oui. Depuis Fourvière, depuis Confluence, la M7… Quand on en est là, et que Monsieur Kholhaas est capable de dire dans la presse (dans Lyon Cap), finalement "si Sainte-Foy n’en veut pas, on le mettra ailleurs", c’est que le travail n’est pas territorialisé, n’est pas contextualisé", conclut la maire de Sainte-Foy-lès-Lyon. Les concertations prévues à l’automne, pour le téléphérique mais aussi pour les 4 lignes de métro, promettent d’être animées…

Lire aussi : Ouest de Lyon : bonne ou mauvaise idée, le projet de téléphérique est-il vraiment crédible ? Et pertinent ?

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