avion cassé

Saint-Exupéry : la menace des avions poubelles

Jacques Arzur, grand-père de 66 ans, avait l'intention d'emmener ses petits-enfants aux Canaries, le 10 juillet dernier. L'avion défectueux dans lequel il a embarqué à l'aéroport Saint-Exupéry n'a jamais décollé. Heureusement pour les 169 passagers qui envisagent aujourd'hui de porter plainte.

200 euros de dommages et intérêts par passagers et le remboursement de leur voyage, c'est ce que propose l'agence Fram aux 169 passagers du vol STZ621. Insuffisants. Le 10 juillet dernier, ils sont montés à bord de leur avion et ont eu la peur de leur vie. Jacques n'oubliera jamais le visage du commandant, "blanc comme un linge". Le pare-brise de l'avion venait de se fissurer sous ses yeux.

"Nous devons nous battre pour faire disparaître ces avions-poubelles de nos pistes", insiste le retraité. Il est à la tête d'un collectif de 119 passagers du vol. Il veut mettre fin à cette logique de rentabilité à tous crins qui prévaut, selon lui, dans le transport aérien, au détriment de la sécurité des passagers.

Il y a bientôt trois mois, jour pour jour, il monte donc dans un avion low-cost à Saint-Exupéry. Parmi les passagers se trouvent un ingénieur aéronautique et un cadre supérieur de chez Michelin. Chacun remarque une anomalie : une flaque d'huile, pour le premier, sous l'avion et un pneu défaillant, sur le train d’atterrissage, pour le second. Ils en informent le personnel de bord qui répond bravement que tout est en ordre.

"Ou vous montez dans cette avion ou vous restez dehors"

Pourtant l'avion démarre et se met à trembler de toute sa carlingue. Les contrôles mécaniques de routine ont été effectués, mais rien n'y fait, l'avion n'est pas en état de décoller. Commence alors un véritable parcours du combattant qui va durer près de deux jours pour les passagers. D'abord, le commandant de bord les informe que l'avion aura une heure de retard, on les fait descendre. Trois heures plus tard, on leur explique, rebelote, qu'il va falloir changer une pièce. Ils apprendront plus tard qu'il s'agit d'une pièce hydraulique. On leur offre le petit-déjeuner, le déjeuner puis à 18h30, on les conduit à l'hôtel le plus proche.

Enfin, à 2h30 du matin, près de 24h se sont écoulées, les passagers sont en salle d'embarquement. Ils attendent, la climatisation réglée à fond. Les pompiers leurs apportent des couvertures de survie. Vers 3h30, ils montent enfin dans l'avion réparé. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises. Le moteur démarre. Jacques Arzur monte à bord et demande au pilote s'il peut lui confirmer que les réparations nécessaires ont été effectuées. "Ou vous montez ou vous restez dehors", lui répond le pilote stoïquement. Un aveu de culpabilité selon Jacques qui traduit écœuré : "ou vous montez dans cette avion-poubelle ou vous restez dehors".

Le pare-brise se fissure

L'avion s'engage doucement vers la piste. Il avance puis s'arrête; redémarre, puis stoppe une dernière fois. C'en est trop pour Jacques qui entre dans la cabine du pilote : "je me souviendrais toute ma vie du visage de celui-ci. Il était blanc, livide, très inquiétant en fait", raconte le retraité avec le recul. Le commandant de bord explique alors à Jacques qu'il vient de voir un filet de lumière sur le pare-brise, celui-ci est tout simplement en train de se fissurer sous les yeux médusés du pilote. "Le gars n'avait jamais vu ça de sa carrière, termine Jacques, il avait pourtant de la bouteille".

Tout le monde descend pour la deuxième fois. Il faudra 8 à 24 heures supplémentaires pour réparer le pare-brise, les passagers qui ne disposent à ce moment là d'aucune informations sont excédés et inquiets, ils refusent dans tous les cas de remonter dans cet avion défectueux. Ils demandent le remboursement de leur voyage.

"Quand vous partez avec la Fram, vous pensez avoir à faire à des voyagistes sérieux", déplore Jacques à la tête du collectif qui regroupe 119 des 169 passagers. Mais légalement, rien n'oblige aujourd'hui en France, une agence de voyage à donner à ses clients le nom de la compagnie aérienne qui les transportera. Dans ce cas précis, il s'agissait d'un avion "poubelle" de la Strategic Airlines, compagnie australienne, très critiquée sur les forums dédiés au transport aérien.

"On a pris le risque de leur percer les tympans"

Dans une précédente affaire, fin 2005, LastMinute.com avait dédommagé à Lyon les voyageurs d'un avion en fin de vie, l'agence avait versé des indemnités équivalentes au prix du voyage à chaque passager. Dans l'affaire du vol du 10 juillet de la Strategic Airlines, la Fram refuse toujours trois mois après de dédommager les passagers à hauteur du préjudice subi. Elle propose 200 malheureux euros par voyageur, sans remboursement des frais de transport. L'avocat du collectif est formel, "le préjudice moral est certain. Les oreilles des passagers auraient pu souffrir. On a pris le risque de leur percer les tympans, y compris aux enfants", fait valoir Maître Jean Sannier, l'avocat du collectif. A la fin octobre, si le voyagiste ne cède pas, il promet de l'assigner en justice.

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