Du bobo au panier en osier au samouraï du fixie, le vélo est devenu à Lyon ce que le quartier était hier : un marqueur social. Neuf tribus, un seul bitume à se partager.
En six ans, la fréquentation vélo a bondi de 58 % à Lyon, propulsant la ville à la 4e place du baromètre national des villes cyclables. Mais derrière cette success story, une question moins consensuelle : qui sont vraiment ces cyclistes qui colonisent les rues de la ville ? Du “mamil” du dimanche aux envahissants vélos-cargos (les nouveaux SUV du deux-roues), en passant par les livreurs en fatbike débridé, portrait, en neuf archétypes, d’une ville où le vélo est devenu un marqueur social à part entière.
Dans la jungle urbaine, les différentes espèces se repèrent désormais moins à leur pelage qu’à leur guidon. Il y a encore dix ans, le cycliste lyonnais était une curiosité de centre-ville, un original en k-way fluo, slalomant entre les bus. Aujourd’hui, il est partout et, surtout, il s’est diversifié en une taxonomie aussi précise que celle des mammifères.
Cette prolifération ne doit rien au hasard. Elle porte la marque de deux décennies de politiques cyclables, menées à des rythmes différents. Les chiffres racontent une histoire à deux vitesses et Vélo’v, lancé en 2005, en est le véritable point de départ. Sans lui, rien de tout cela n’aurait eu lieu. On parle, à cette époque, du déploiement de la plus importante flotte mondiale de vélos en libre-service à grande échelle. Il aura pourtant fallu quasiment vingt ans pour passer de 60 000 à 90 000 abonnés, une croissance lente et régulière, celle d’une ville qui apprivoisait le vélo pas à pas.
Puis, tout s’est accéléré d’un coup. Avec l’arrivée de la version électrique des Vélo’v, fin janvier 2025, le cap symbolique des 100 000 abonnés a été franchi en seulement six mois. Un succès qui doit autant à la technique qu’au contexte : le vélo n’a jamais été autant dans l’air du temps, porté par la hausse des carburants, les enjeux climatiques et une bascule culturelle qui a fini par toucher Lyon, comme les autres grandes villes.
Le système a fait basculer la capitale des Gaules en véritable ville cyclable. Sur les pistes, l’explosion se confirme aussi : le trafic vélo a augmenté de 58 % dans l’agglomération lyonnaise depuis 2019 selon la Ville de Lyon.
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