Pollution vu depuis la tour oxygène © Tim Douet

Pollution de l'air à Lyon : la grande faucheuse oubliée

Édito - "Hier, 183 personnes sont encore mortes prématurément en France à cause de la pollution", cette phrase vous ne l'avez jamais entendue en ouverture d'un journal télévisé. À l'heure où les médias font plusieurs bilans quotidiens autour du coronavirus, la situation actuelle interroge sur notre rapport aux différentes causes de mortalité, dont la pollution de l'air, grande faucheuse oubliée.

La pollution de l'air tuerait 67 000 personnes par an en France, 8,8 millions de morts à l'échelle mondiale. Ce sont les chiffres d'une étude publiée dans European Heart Journal (lire ici). En ces temps où le coronavirus COVID-19 monopolise l'attention, l'idée n'est pas de faire du relativisme de mauvais goût ou de minimiser ce qu'il arrive sur cet autre front, ce sont deux saletés l'une comme l'autre.

Mais quand le coronavirus entraîne actuellement des pénuries dans les magasins et pharmacies, des heures de direct à la télévision, ou des points réguliers du ministre de la Santé, la pollution de l'air tue sans trop faire de vague. Aucun journal télévisé n'a été ouvert sur le nombre de morts engendré par une mauvaise qualité de l'air durant les 24 dernières heures, quand on répète inlassablement ceux du coronavirus actuel.

Tueuse invisible 

Une ou deux fois par an, les chiffres du nombre de décès prématurés reviennent, 48 000, selon une étude de 2016, 67 000 en 2019. De temps en temps, un citoyen décide de poursuivre l'État, un scientifique intervient, mais personne n'arrive en urgence dans sa pharmacie pour savoir s'il existe un moyen de se protéger. Les "gestes barrières" ne sont d'aucune aide, nous continuons de respirer un air vicié qui nous vaut un contentieux européen (lire ici). Circulez, il n'y a rien à voir, la tueuse est invisible de toute manière, plus lente, plus pernicieuse. Ce ne sont pas les pics qui jouent le plus, mais l'exposition régulière et constante, notamment aux particules fines, dioxyde d'azote et à l'ozone.

L'obsession du CO2

Durant des décennies, nous nous sommes focalisés sur le dioxyde de carbone et son impact sur le climat. Ce CO2, gaz à effet de serre au cœur du bonus / malus écologique lorsque l'on achète un véhicule. Un choix qui n'a pas été sans conséquence. L'achat d'un véhicule diesel, fort contributeur en particules fines, s'était retrouvé être économiquement plus intéressant, car plus faible en émission de CO2 et moins touché par le malus. La "sacro-sainte" voiture électrique ou à hydrogène censée "régler tous les problèmes" contribue elle aussi à générer des particules fines. Non issues de la combustion, elles proviennent des pneus, des freins, de la remise en suspension des particules sur la route (lire ici).

La crise sanitaire oubliée

Si certains imaginent aujourd'hui une "autoroute propre" à Lyon, hypothétiquement empruntée par des voitures électriques ou à hydrogènes, la réalité scientifique tombe comme un couperet : c'est un mensonge, du marketing façon peinture verte qui devrait heurter. Le constat est le même face à ceux qui promettent de sortir la pollution de la ville ou de l'enterrer. Ce sont deux solutions aussi inefficaces que de cacher de la poussière sous un tapis, la pollution globale d'une agglomération ne connait pas de frontière (lire ici).

La crise sanitaire est aujourd'hui avérée, le contentieux européen sur la qualité de l'air en est la preuve. La présidente d'Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes conseille de ne plus construire de nouveaux logements à côté des voies routières de Bron ou Laurent Bonnevay. De nouvelles infrastructures routières ne régleront pas le problème (lire ici). Elles devraient même l'aggraver. Les Lyonnais l'ont bien compris, ce n'est clairement pas une priorité pour eux selon un dernier sondage (voir ici).

Se réveiller la nuit

Si pour le coronavirus certains se rassurent en dévalisant les pharmacies, en se lavant les mains toutes les dix minutes, ou en portant un masque (inutile en cas de pollution, les particules les plus fines passent toujours), l'amélioration de la qualité de l'air nous demandera des efforts bien plus importants.

C'est tout un modèle de société qu'il faudrait remettre en cause avec des villes largement construites autour de la voiture individuelle. Il y a aussi les vieilles habitudes qui ont la vie dure, comme à Lyon quand certains veulent boucler le périphérique pour au moins quatre milliards d'euros (au minimum). Si le coronavirus éveille en nous des angoisses profondes, la pollution de l'air et ses effets ont tout pour nous réveiller en sueur la nuit.

Personne ne comprendrait une inaction autour du coronavirus, pourtant nous l'acceptons trop bien pour l'air que nous respirons. Face aux enjeux qui nous attendent, candidats comme citoyens devront peut-être oublier un temps les étiquettes et querelles au nom de l'intérêt commun. Car ne pas agir pourrait bien un jour être considéré comme irresponsable, voire criminel.

Faire défiler vers le haut