Fédération française des clubs alpins et de montagne

Mont Blanc, le maire de Saint-Gervais en guerre contre les "faux-culs"

Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais et conseiller départemental du canton du Mont-Blanc, vilipende le préfet de Haute-Savoie, "un faux-cul" qui "fait le coq" et se montre "bienveillant à l'égard de ceux qui se moquent des lois". Le sujet de la discorde : la "chienlit" sur le mont Blanc et les accidents mortels qui s'y produisent.

Avec les beaux jours d'été, les candidats se pressent au pied du mont Blanc pour tenter l'ascension du plus haut sommet d'Europe. Face à cette situation et aux récents accidents qui ont coûté la vie à deux personnes, le maire de Saint-Gervais tire la sonnette d'alarme quant au non-respect de certaines règles, en particulier celle qui limite la capacité du refuge du Goûter (permettant d'accéder au sommet du mont Blanc par la voie dite normale). Jean-Marc Peillex rappelle que "si l'Etat n'est jamais responsable pénalement, le maire, lui, l'est" et dès lors, "engage sa responsabilité personnelle s'il n'agit pas et devient complice de l'infraction". En réponse, le préfet de Haute-Savoie a pris un arrêté "portant restriction temporaire d'accès au sommet du mont Blanc via le refuge du Goûter" : "tirant les conséquences du dépassement récurrent et significatif de la capacité d'accueil du refuge du Goûter et compte tenu des risques graves d'atteinte à l'ordre public induits par cette surfréquentation" le refuge du Goûter ne sera accessible qu'aux seules personnes "justifiant d'une réservation au refuge".
Malgré cet arrêté préfectoral, le maire de Saint-Gervais ne décolère pas.
Il explique sa position à Lyon Capitale.

Lyon Capitale : Pourquoi êtes-vous en colère ?

Jean-Marc Peillex : Si chacun était à sa place, si on n'était pas dans un monde de faux-culs et si ceux qui avaient la responsabilité de faire quelque chose le faisaient, on n'en serait pas là.

Qui sont les faux-culs dont vous parlez ?

L'État et son représentant départemental, le préfet de Haute-Savoie, Pierre Lambert.

Le préfet a pourtant pris le 14 juillet un arrêté restreignant pour huit jours l'accès au sommet du mont Blanc via le refuge du goûter...

Le préfet de Haute-Savoie fait le coq mais s'il a pris l'arrêté c'est bien parce que j'ai poussé un coup de gueule ! Sans mon intervention, il aurait continué a refusé d'agir et persisté dans sa bienveillance à l'égard de ceux qui se moquent des lois et des règlements.

Quel est le problème de fond au juste ?

C'est très simple : le refuge du Goûter, à 3 385 mètres d'altitude, par lequel on fait l'ascension du mont Blanc via la voie normale (dite "voie royale", NdlR), est en surcapacité. Or, quand l'État nous a donné le droit de construire ce refuge, compte tenu qu'il s'agissait d'un établissement recevant du public, une condition a été exigée noir sur blanc  : la limitation du nombre de personnes à 120. Or, aujourd'hui, ce sont entre 140 et 150 personnes qui se retrouvent chaque jour là-haut.

Pourquoi accepter 150 personnes alors que le refuge est construit pour 120 ?

Le gardien du refuge, Antoine Rattin, un guide de haute-montagne très compétent, m'a alerté. Il se trouve dans une situation à la fois très délicate et contradictoire, partagé entre l'obligation administrative de ne pas dépasser la capacité autorisée et celle de ne pas mettre en danger les alpinistes. Les gens qui n'ont pas réservé paient simplement plus cher. Et ça se passe mal entre ceux qui ont réservé et les autres.

Il y a pourtant bien des gendarmes postés au refuge de Tête Rousse (650 mètres plus bas)...

En août 2017, j'avais pris un arrêté "réglementant l'accès au mont Blanc depuis la voie royale", et imposant un équipement minimal (bonnet, lunette de soleil, masque de ski, crème solaire, veste chaude gore tex, pantalon de montagne, surpantalon, chaussures d'alpinisme pouvant recevoir des crampons, crampons réglés aux chaussures, baudrier , kit de sortie de crevasse, corde d'attache, GPS ou boussole et altimètre ; NdlR). Quand je disais aux gendarmes de vérifier le matériel des alpinistes partis à l'assaut du sommet, ils me répondaient que ce n'était pas leur rôle mais le mien. On me disait de faire de la prévention auprès des ascensionnistes. Mais je ne peux pas les toucher directement, puisque les trois-quarts d'entre eux sont logés aux Houches, à Servoz et à Chamonix. Je ne peux que constater les mauvaises pratiques. Et maintenant, les gendarmes n'autorisent à grimper que les ascensionnistes qui peuvent justifier d'une réservation au refuge du Goûter, parce que le préfet a pris un arrêté. Je vais vous dire autre chose. L'année dernière, on a eu deux morts en baskets sur le mont Blanc. Mais des trailers qui montent en short et baskets, il y en a tous les jours mais vu que certains membres du PGHM (Peloton de gendarmerie de haute montagne), montent comme ça, vous croyez qu'ils vont leur dire de ne pas monter ? Il y a des pratiques faites sous le manteau par des gens qui devraient faire respecter les règles.

En tant que maire, quels sont aujourd'hui moyens d'action ?

En tant que maire d'une petite commune, dépourvu de l'appui de l'État et de ses forces de l'ordre, je n'ai que l'arme de fermer le refuge du Goûter. Si samedi 21 juillet, je constate une nouvelle fois le dépassement de la capacité d'accueil du refuge et que le préfet ne fait rien, j'ordonnerai tout bonnement la fermeture du refuge. Des coucougnettes, il en faut et tout le monde n'en a pas en Haute-Savoie !

La fermeture du refuge du Goûter, c'est la seule solution ?

J'ai signé, il y a quelques années, l’arrêté autorisant l'ouverture du refuge pour 120 personnes. Mon job est donc de faire respecter cet arrêté. Si je me tais, on me le reprochera. Pire, je deviendrai complice et irai en prison s'il y a des morts.

Je précise que je parle de l'accès au mont Blanc, le plus fréquenté – 75 % des ascensions –, le plus banalisé, le plus vendu en agence de voyage. C'est devenu un produit urbain, un produit de parc d'attractions. Or, dans un parc d'attractions, il y a des règles : si vous faites moins d'1 m 20, vous ne pouvez pas faire certaines choses. Pour le mont Blanc, ça devrait être pareil, il devrait aussi y avoir des règles : vous n'avez pas l'équipement ou n'avez pas la caisse pour le faire, vous ne le faites pas. On crie au scandale et on me fait de grandes leçons de morale comme quoi la montagne est le dernier espace de liberté. Ils sont au contraire devenus des espaces urbains de commerce où la liberté se résume au respect des règles du business !

Qui vous donne des grandes leçons de morale ?

Pas mal de monde. Le préfet notamment, bienveillant pour ceux qui se fichent des lois. Résultat : c'est une assurance tous risques pour les cordées d'alpinistes qui partent à l'assaut du mont Blanc sans avoir réservé et en sachant pertinemment qu'on ne leur fermera pas la porte – qui prendrait ce risque ? Le préfet a sa part de responsabilité. En prime, il ne connaît rien à la montagne. Il vient ainsi de confier une mission à deux guides pour pouvoir enlever les câbles du couloir du Goûter (un passage délicat de 550 mètres de long et 550 mètres de dénivelé positif qui mène du refuge de Tête Rousse au refuge du Goûter, NdlR) pour redonner son caractère d'alpinisme à l'accès. Là-dessus tout le monde est d'accord. Le problème, c'est que le préfet a ensuite assorti sa proposition de planter tous les dix ou vingt mètres des poteaux, de part et d'autre du chemin, avec des « queues de cochon » permettant de s'encorder et de faire des points d'assurance. En gros, il déséquipe la montagne pour mieux la rééquiper ! Il ne veut pas mettre une guirlande lumineuse la nuit non plus ? ! À ce moment, je propose de construire un funiculaire qui monte au refuge du Goûter. Comme ça on pourra faire des mariages, des baptêmes, des enterrements de vie de garçon... C'est du n'importe quoi le préfet ! Il veut que le mont Blanc devienne la Foire du Trône, un Disneyland. Le préfet n'a rien compris et marche totalement sur la tête.

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