Métro © Tim Douet

Lyon : Blanc veut baisser l'abonnement TCL, promesse impossible ?

La campagne pour Lyon 2020 est bien lancée  et les candidats commencent à sortir les promesses. Après Gérard Collomb qui jure ne pas vouloir augmenter les impôts, le candidat de la droite, Étienne Blanc, veut baisser le prix de l'abonnement TCL. Est-ce réalisable ?

Aucun doute, la mobilité sera le sujet incontournable des élections municipales et métropolitaines de 2020 (lire ici). Le candidat de la droite à la mairie de Lyon, Étienne Blanc, a ainsi débuté sa campagne par une réunion publique sur la question. À cette occasion, il a annoncé trois promesses : une réforme du Sytral, l'instance qui gère les transports, la mise en place d'un réseau express, une idée de RER à la lyonnaise déjà défendue par l'UDI ou le maire de Grigny, Xavier Odo, ainsi qu'une baisse de l'abonnement TCL de 30 %. Dans un communiqué de presse, Alexandre Vincendet, candidat à l'investiture des Républicains pour les élections métropolitaines de 2020 s'est réjoui d'un "gain de pouvoir d'achat de près de 500 euros par famille et par an". Mais cette promesse est-elle réalisable ?

Des conditions sine qua non

En pratique, pour que le candidat à la mairie de Lyon, Étienne Blanc, puisse tenir sa promesse, il faudra que sa famille politique remporte la ville, la métropole et soit en position majoritaire au Comité syndical du Sytral. Le seul maire de Lyon n'a pas ce pouvoir. À l'inverse, remporter la métropole de Lyon permettrait à la droite de contrôler le Sytral. Dès lors, Étienne Blanc s'est donc lancé dans une promesse qui ne ressort pas du champ de compétence qu'il vise, et il faudra que le candidat qui conduira la liste de la droite à la métropole de Lyon la confirme et s'en empare (ce que devrait faire Alexandre Vincendet s'il obtient l'investiture).

Où trouver l'argent ?

Les abonnements et tickets représentent 30 % du financement du Sytral soit autour de 240 millions d'euros, 45 % viennent des entreprises, 20 % des collectivités, et 5 % de recettes diverses. Pour financer une baisse des prix de 30 %, il faut alors trouver 70 millions d'euros si elle s'appliquait à tous les clients. Néanmoins, le candidat précise que cette baisse concernerait les abonnements annuels mensualisés (11 mois payés, un offert), séniors et jeunes, ainsi que la gratuité pour les moins de 11 ans, soit un mesure estimé à 33 millions d'euros selon le candidat.

Étienne Blanc compte sur deux éléments pour y parvenir : "la chasse au gaspillage" et le retour sur la baisse de la contribution de la métropole. Là encore, deux volontés qui ne sont pas dans le champ de compétence du maire de Lyon. Pour la chasse au gaspillage, elle risque d'être difficile à réaliser au sein même du Sytral. Selon nos informations, un rapport de la chambre régionale des comptes sera bientôt publié et les premiers retours seraient positifs sur la gestion du comité syndical, à une exception près : la gestion du cas Rhônexpress. Pour ce point, le Sytral et la métropole de Lyon ont annoncé leur volonté de renégocier le contrat de concession (lire ici). Par ailleurs, en mars, Philippe Cochet, maire de Caluire Les Républicains, élu au Sytral, soulignait lui même que "Le Sytral était bien géré". Une déclaration faite lorsque les Républicains ont lancé une campagne autour des transports en commun.

A cette occasion, ils indiquaient que le prix de l'abonnement TCL avait augmenté de 51 % depuis 2001 (lire ici), mais omettaient deux points : le groupe politique s'est abstenu au Sytral sur les augmentations jusqu'en 2017, avant de voter contre par deux fois en 2018 et 95 % des abonnés payent 32 euros au maximum grâce au tarif réduit ou la contribution employeur. Une baisse de 30 % des tarifs ferait donc gagner 9,60 euros par mois à la majorité des abonnés, 19,20 euros pour ceux qui n'ont aucun remboursement employeur ou tarif réduit.

Pour la contribution métropole, il s'agit effectivement d'un autre levier plus crédible, mais les finances publiques n'étant pas infinies, cet argent sera-t-il pris sur la part dédiée à l'investissement, au détriment d'autres secteurs ou la promesse d'une lutte contre le gaspillage à la métropole, qui ajoute une nouvelle variable dans une équation comportant déjà beaucoup de "si". Campagne qui débute oblige, David Kimelfeld et Gérard Collomb ont tous les deux promis un doublement de la contribution de la métropole pour le Sytral, s'ils étaient élus, avec l'idée de soutenir les investissements et les renforts, et non faire baisser le prix du billet, pour l'instant.

Un réseau au bord du basculement

Cela n'aura échappé à aucun voyageur, le réseau TCL est clairement sous tension depuis un an, victime de son succès (lire ici). En semaine, entre 2014 et 2018, on observe une hausse de la fréquentation de 3 % pour les bus, 14,9 % pour les tramways et 7,4 % pour les métros. Face à une situation au bord du basculement, des renforts ont été déployés depuis fin 2018, mais ils ne pourraient rapidement pas suffire. La hausse qui semble inéluctable des prix des carburants et des énergies, avec un litre d'essence ou de diesel qui se dirige tout droit vers la barre des deux euros, devrait contribuer à mettre toujours plus de monde dans les transports en commun. Ces hausses de charge entraînent également des coûts supplémentaires pour le service, le Sytral ayant à chaque fois expliqué les augmentations en mettant en avant l'inflation.

Dès lors, il n'est pas possible de faire des économies sur le service, en réduisant certaines lignes, et encore moins sur les investissements. Le risque politique de voir les transports en commun se dégrader est bien trop important, dans un contexte où les automobilistes sont invités de plus en plus à abandonner leur voiture ou n'ont tout simplement plus le choix, ne pouvant pas assumer le coût financier (avec dans la balance une voiture représentant un coût mensuel moyen de 400 euros par mois, face à un abonnement à 64 euros, voire 32 pour les transports en commun). Même si la promesse d'Étienne Blanc de baisser les prix de 30 % n'est pas impossible, elle sera difficile à tenir sans majorité à la métropole et au Sytral, sans dégrader le service, et sans faire des concessions par ailleurs.

Mise à jour : l'équipe d'Etienne Blanc a précisé à la rédaction les abonnements concernés par les 30 %. Le financement de cette mesure et dans ces conditions serait selon elle de 33 millions d'euros et non 70 millions si elles étaient appliquées à l'ensemble des clients comme nous l'écrivions. L'équipe du candidat précise ne pas vouloir dégrader le service avec cette mesure.

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3 commentaires
  1. JANUS - 6 mai 2019

    Comme pour les élections présidentielles et municipales, les promesses n'engagent que ceux qui y croient !

  2. JANUS - 6 mai 2019

    Plutôt que de baisser l'abonnment, TCL ferait mieux de continuer à améliorer le réseau pour les usagers. Le nombre des abribus en centre ville se son réduit comme peau de chagrin : par ex. entre le Totem et Thiers Lafayette 2 kms sans abribus, notamment à l'arrêt Charmettes !

  3. Bernard Girard - 7 mai 2019

    Bonjour

    Cette promesse, si elle était tenue, dégraderait effectivement très lourdement les possibilités d'investissement du Sytral.
    Pour faire court, lors du Débat d'Orientation Budgétaire 2019 - 2028 tenu en novembre 2018, le Sytral a présenté une capacité d'investissement résiduelle (c'est à dire non encore affectée à une opération précise) de 1300 ME sur les 10 ans à venir.
    (en extrapolant, ce pourrait être 1700 M€ en d'ici 2030).

    Si le SYTRAL confirme par exemple la décision de réaliser le projet de métro E (un bon milliard à payer d'ici 2030), il devra lui affecter une partie majeure de ces 1300 M€.
    Or la mesure proposée par Mr Blanc diminuerait presque de moitié cette somme résiduelle disponible.
    Ce serait se donner un lourd handicap : Le SYTRAL n'aurait plus que les moyens d'entretenir son réseau et ses matériels roulants, mais plus celui d'investir sur des extensions d'infrastructures.

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