Lyon : bacs à fleurs sur voie de bus, Herriot est un enfer, c'est confirmé

Déjà largement critiqués pour leur aspect "greenwashing", les bacs à fleurs sur les voies de bus à Lyon pénalisent bien cyclistes et passagers des TCL sur le secteur. Les temps de trajets sont parfois doublés.

C'est un symbole qui revient régulièrement dans les débats : à Lyon, l'opération de végétalisation rue Edouard Herriot semble de plus en plus avoir été montée à l'envers. La ville a choisi de placer des bacs à fleurs sur les couloirs de bus, sans toucher à la voie destinée aux voitures, plaçant au même endroit tous les flux de transports.

Régulièrement accusée d'être une opération de "greenwashing" qui ne tient pas compte des usages, cette végétalisation semble nuire à ceux qui privilégiaient les transports en commun, ou le vélo, bref ceux qui ont décidé de ne pas prendre leur voiture. L'échec annoncé se confirme désormais.

Des temps de parcours doublés en S1

Selon des données TCL, le trajet en bus entre Bellecour et Terreaux qui prenait une douzaine de minutes grâce au site propre, peut désormais monter jusqu'à 25 minutes. Les bus de la ligne S1 se retrouvent coincés dans la congestion et les temps peuvent être doublés sur cette portion d'une longueur d'un kilomètre qui comporte cinq arrêts. En théorie, la S1 doit réaliser l'ensemble de son parcours de Confluence à Saint-Paul en 31 minutes, en pratique, les bacs à fleurs sur les voies de bus sanctionnent une ligne de proximité qui comptabilise 2 500 voyages par jour.

Par ailleurs, sans lien avec la végétalisation, elle est également régulièrement limitée sur le secteur de Confluence-Rambaud à cause de voitures garées en double-file. Des rochers anti-stationnement, du marquage au sol et de la signalisation verticale ont été installés par la métropole de Lyon. Malgré ces aménagements et l'intervention régulière de la ville pour verbaliser les automobilistes, le problème perdure. Les chiffres 2020 de la S1 devraient donc être particulièrement scrutés, pour voir si le contexte rue Herriot, mais aussi à Confluence ne risque pas de faire fuir les voyageurs de la ligne.

Quand les cyclistes doivent baisser la tête

Les bacs à fleurs rue Edouard Herriot pénalisent également les cyclistes sur plusieurs points. Ces derniers se retrouvent dans la circulation, au milieu des autres véhicules. Dans la carte des points noirs à Lyon, établie par les témoignages récoltés par la  Fédération française des usagers de la bicyclette, Herriot se distingue clairement (voir ici). Par ailleurs, cette dernière est désormais ouverte en double sens cyclable, et les usagers vélo peuvent la prendre à contre-sens. Rares sont néanmoins ceux à s'y risquer, l'espace pour la remonter étant déjà réduit de base (lire ici). Pour ne pas arranger les choses, depuis mi-décembre, les arbustes à feuille caduque ont été remplacés par des arbres à feuilles persistantes (lire ici). Plus épais, ces végétaux débordent désormais sur la chaussée et empêchent les cyclistes les plus grands de passer en restant à droite (une belle publicité pour le port du casque, histoire de ne pas être frappé par une branche, voir la vidéo ci-dessous).

Lors de la consultation, les citoyens s'étaient mobilisés pour saluer l'initiative de la végétalisation, tout en refusant de la voir prendre la place des couloirs de bus et pistes cyclables. Au final, ignorés dans la décision finale, ils pourraient bien "en avoir marre d'avoir toujours raison".

4 commentaires
  1. vd - lun 23 Déc 19 à 21 h 19

    M. Deligia, dans un autre article ce jour même, vous dites que l'augmentation des voies de circulations provoque une augmentation du traffic "selon le célèbre paradoxe mathématique de Braess, qui a fait ses preuves depuis cinquante ans". Alors, il faudrait peut-être vous décider, on ajoute ou on supprime des voies ? Ou bien on continue à écrire des titres sensationalistes qui se contredisent l'un l'autre ?

    1. Florent Deligia - mar 24 Déc 19 à 8 h 24

      Bonjour, nous parlons ici de la suppression de voies destinées à ceux qui n'utilisent pas leur voiture (bus / vélo).
      Il y aura eu contradiction dans cet article si la voie supprimée était celle des voitures / camions.

      En théorie, à aucun moment, les véhicules ne prenaient la voie supprimée. Nous sommes donc très loin de ce que vous sous-entendez.

      La lecture scientifique sur le trafic induit (avec augmentation du nombre de voies) est abondante et n'a pas été remise en question pour l'instant.

      Quant à savoir l'impact de supprimer des voies dédiées à ceux qui ne prennent pas la voiture, il est dans ce cas de figure réel sur Herriot (personne ne s'aventurerait avec des enfants à vélo ici).

      Bien cordialement

      1. vd - mar 24 Déc 19 à 9 h 11

        Merci d'avoir pris le temps de répondre de manière argumentée. En tant que cycliste je pense aussi que les bacs à fleurs sur voie de bus sont une aberration, il n'y a pas de "sous-entendu" de ma part. Concernant le paradoxe de Braess c'est un outil mathématique abstrait et il n'y a pas de garantie qu'il s'appliquera dans le cas de réduction de voie sur l'A6/A7.

        Cordialement

        (ps: typo sur "greenwawashing")

        1. Florent Deligia - mar 24 Déc 19 à 9 h 37

          Merci pour votre retour (et la correction que je viens de faire).

          Pour les infrastructures, je suis toujours à la recherche de contre-exemples (je cherche encore, mais je n'abandonne pas).

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