Livres : notre sélection pour l'été

3 livres choisis par la rédaction de Lyon Capitale


Belle-famille je vous hais

Quand on se met en couple avec un type dont le nom de famille est Paternoster, il faut s’attendre à devoir se coltiner quelques relents de patriarcat, à devoir rabattre quelques degrés du féminisme qui nous anime.

C’est exactement ce qui arrive à Dana, jeune femme issue d’un milieu modeste, lorsqu’elle rencontre son homme idéal (il est beau, il fait bien l’amour, on peut être féministe et tomber dans les pièges à pieds joints).

Surtout quand elle rencontre sa belle-famille dans la maison de campagne familiale (les belles familles ont toujours des maisons de campagne), les habitudes et les secrets bien enfouis ici.

Jusqu’à ce que le réel dérape. On n’en dira pas plus, si ce n’est qu’on est quelque part entre le Get Out de Jordan Peele et l’Assembly du jeune prodige des lettres anglaises Natasha Brown (toutes proportions gardées).

La chose manque parfois un peu de subtilité sur le message à délivrer mais se lit avec gourmandise si l’on est quelque peu porté sur la métaphore généreuse.

Il s’agit du deuxième roman de la désormais Lyonnaise Julia Richard, après Carne, publié dans une nouvelle collection IR_REEL des éditions de L’Homme Sans Nom.

K. M.

Paternoster – Julia Richard, L’Homme Sans Nom, 254 p., 21,9 €.


Éclats d’une grande voix

Les Éclats, le dernier roman de celui qui fut, durant les années 80, l’enfant terrible de la littérature américaine, Bret Easton Ellis, a reçu un accueil enthousiaste dans son pays et en France (où il est sorti en mars dernier, admirablement traduit par Pierre Guglielmina).

Un accueil amplement mérité puisque c’est probablement son meilleur roman. Les années 80 justement, Bret Easton Ellis nous y replonge avec une mémoire quasi proustienne.

Sauf que ce ne sont pas des madeleines qu’Ellis évoque avec précision mais la musique (il y a du reste la bande-son, très détaillée, à la fin de l’ouvrage), les drogues et le sexe. Même si, point commun avec Marcel Proust, c’est dans la haute société que se déroule l’action.

Celle de la jeunesse des plus beaux quartiers de Los Angeles en 1980. On retrouve d’ailleurs le “Mulholland Drive” immortalisé par David Lynch dans son film du même nom. Le héros d’Éclats y promène sa morgue au volant d’un coupé Mercedes jaune.

Ce jeune homme de 17 ans, à bien des égards décalqué sur ce que devait être l’écrivain à cet âge, n’est pas sérieux. Il s’adonne fiévreusement, ou paresseusement, au sexe (avec garçons ou filles), aux drogues (cocaïne, herbe, quaalude) et à préparer, ou rêver, son avenir.

Tout cela bien aidé par la fortune de ses parents. Jusqu’au jour où un nouveau débarque dans le collège huppé où il suit (de loin) ses études.

Le jeune homme a quelque chose de fascinant mais aussi d’inquiétant, de dangereux même. En tout cas l’imagination de l’apprenti écrivain d’alors s’enflamme, il est persuadé que c’est le tueur en série qui sévit dans les parages, en multipliant les crimes atroces. A-t-il vu juste ?

Réponse dans les dernières pages de ce roman virtuose qui flirte entre autobiographie déguisée, autofiction et pure fiction. Magistral !

C. M.

Les Éclats– Bret Easton Ellis, éditions Robert Laffont, 616 p., 26 €.


Trust, en toute confiance…

En 2017, l’écrivain argentino-américain Hernán Diaz était passé tout près d’obtenir le prix Pulitzer pour son premier roman Au loin.

Ce n’était que partie remise puisqu’il a obtenu la prestigieuse récompense cette année pour Trust. Et l’on comprend pourquoi à la lecture de l’ouvrage.

L’auteur nous emmène à la fin des années 1920, au moment où la Grande Dépression frappe l’Amérique de plein fouet. Un financier réussit pourtant non seulement à “sauver les meubles” mais aussi à accroître encore sa considérable fortune.

C’est au cœur de son existence dédiée à l’argent, de son extraordinaire capacité à investir, vendre, spéculer, monter de juteuses transactions et jongler avec les marchés financiers, que nous plonge la première partie du roman, écrite comme une passionnante hagiographie.

Elle est suivie de deux autres parties tout aussi captivantes. Elles donnent une tout autre idée du magnat financier.

On découvre sa vie privée, tout ce qui se cache derrière la légende dorée. Et notamment son épouse, la discrète Mildred, qui se révèle être beaucoup plus que l’ombre, ou le faire-valoir, du milliardaire.

L’envers du décor en somme (astronomique)… La réalité, plus sordide, de la vie des plus fortunés.

C. M.

Trust –HernánDiaz, traduit par Nicolas Richard, éditions de l’Olivier, 400 p., 23,50 €.

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