Polissage d’un élément serti du collier Le Montaigne, sur lequel une gemme exceptionnelle de Dior de 88,88 carats a été mise en majesté

Les Meilleurs Ouvriers de France : Chantal Maquaire, joaillière

Elle est la première et unique femme Meilleur Ouvrier de France en joaillerie. Dans la région lyonnaise, son atelier Oteline, filiale de Christian Dior Couture, fabrique certaines des pièces les plus extraordinaires de la haute joaillerie mondiale.

L’œuvre qui lui a ouvert les portes de Meilleur Ouvrier de France : une broche représentant deux oiseaux sur une branche qui a requis plus de mille heures de travail. En 2018, lors de la 26e promotion, une femme a brisé un siècle de monopole masculin. Elle s’appelle Chantal Maquaire.

Si ses bijoux brillent place Vendôme, épicentre mondial de la haute joaillerie, pour la trouver, il faut se rendre en région lyonnaise, dans une zone d’activité où l’on imaginerait plutôt des entrepôts logistiques que des parures.

Chantal MAQUAIRE - Remise des insignes des arts et lettres . Ministere de la Culture - Paris - France - 22 janvier 2026 © david atlan

Lyon, capitale joaillière

Bien que Paris et la place Vendôme concentrent les vitrines, Lyon a longtemps été le bras armé de la haute joaillerie française. Dès la Renaissance, l’arrivée des Florentins et le développement des foires internationales ont installé dans la ville une tradition du travail des métaux précieux (or, argent, pierres) qui ne s’est jamais éteinte. Au XVIIIe siècle, les ateliers lyonnais fournissaient les cours d’Europe. “Du poinçon lyonnais du XVe siècle aux ateliers du XIXe siècle liés à l’âge d’or de la soie, un style et un savoir-faire uniques s’y sont affirmés”, explique OnlyLyon. Aujourd’hui encore, la métropole lyonnaise abrite un tissu d’ateliers de sous-traitance joaillière parmi les plus denses de France travaillant dans l’ombre pour les grandes maisons parisiennes.

C’est dans cette tradition que s’inscrit Chantal Maquaire. Née le 17 avril 1967 à Villefranche-sur-Saône, elle grandit dans le Rhône, attirée très jeune par les métaux et, chose singulière, par les métiers de la carrosserie. Mais c’est vers la bijouterie-joaillerie qu’elle bifurque à 14 ans en entrant en apprentissage à la SEPR de Lyon, institution réputée pour former les élites de l’artisanat. Elle obtient un CAP Bijouterie (1983-1986) puis un CAP Joaillerie (1986-1987). Dans un univers alors exclusivement masculin, la jeune femme apprend tout vite et en silence.

Le Montaigne, de Dior

Du garage à la place Vendôme

De 1987 à 1994, elle perfectionne son art au sein d’ateliers lyonnais et acquiert l’ensemble des techniques joaillières. Puis, pendant cinq ans chez Marie Michaud Créations, elle se forme au métier de maquettiste et affine son expertise dans l’interprétation des “gouachés”, ces dessins qui constituent la première étape du processus créatif et une base de travail essentielle aux artisans joailliers. En 1999, elle se lance à son compte. Son premier atelier est installé dans un garage en région lyonnaise. Ces années formatrices lui permettent de comprendre les exigences d’une clientèle mêlant particuliers fortunés et maisons de luxe. En 2003, Chantal Maquaire cofonde Oteline avec deux associés, un atelier de joaillerie installé dans un local de 300 m2. En 2011, son époux Tony Maquaire la rejoint comme unique associé et accélère le développement commercial notamment à l’export (75 % du chiffre d’affaires est réalisé à l’international, principalement en Asie). Chantal Maquaire arpente inlassablement les salons et événements joailliers, la visibilité de l’atelier se développe. La qualité du travail fait le reste. Les plus grandes maisons de la place Vendôme, comme Cartier, Hermès, Chaumet, Christian Dior Couture, et quelques marques internationales dont la créatrice taïwanaise Cindy Chao, frappent à la porte.

Dessin au trait, technique et linéaire, généralement à l’encre ou au crayon. Il représente la pièce de manière schématique avec des lignes précises qui définissent les contours, les proportions, les détails de construction (sertissages, assemblages, profils).

Rencontre décisive

La rencontre avec la maison Dior tient du parcours initiatique. Philippe Scordia, alors directeur de la haute joaillerie chez Christian Dior Couture, entre en contact avec Oteline. Le message est net : “On viendra vous voir, on fera un audit”, raconte Chantal Maquaire. On confie alors à l’atelier la réalisation d’une bague qualifiée d’“hyper complexe”, dixit Chantal Maquaire. Le premier essai est un échec. “Un problème de conception.” Oteline est mis hors concours. Le fichier est transmis à un autre joaillier qui, à son tour, échoue. Oteline avait eu raison dès le début. Dior revient alors. Nouvelle bague et passage réussi. Vient alors la rencontre décisive. En 2012, Chantal Maquaire fait la connaissance de Victoire de Castellane, directrice artistique de Dior Joaillerie. L’alchimie est immédiate. “Je voulais faire des bijoux très haut de gamme, hyper qualitatifs. On était sur la même longueur d’onde.”

Victoire de Castellane envoie ses gouachés et Chantal les traduit en volume, sculptant la cire à la main pour donner corps à des visions. “Il y a vraiment une âme chez Dior. Victoire de Castellane est une femme inspirante qui respecte les artisans, toujours à l’écoute. Dior met vraiment en valeur notre savoir-faire.”

Le gouaché, dessin qui constitue la deuxième étape du processus créatif et une base de travail essentielle aux artisans joailliers. C’est un rendu artistique réalisé à la gouache opaque sur papier noir ou coloré qui donne l’illusion des matières : l’éclat de l’or, la transparence ou le brillant des pierres, les reflets du métal poli ou brossé. 

De A à Z

La force d’Oteline est de maîtriser le process de A à Z : fonderie, polissage, sertissage, rhodiage, reprise du métal. “La seule étape que l’atelier ne maîtrise pas, c’est le lapidaire. Pour le reste, on n’a aucun sous-traitant. On pourrait résumer Oteline comme une entreprise d’artisanat avec une logique industrielle.”

En 2016, Oteline déménage dans des locaux ultra-sécurisés de 1 000 m2. Premier atelier de Rhône-Alpes à maîtriser le poinçonnage laser, l’entreprise a aussi intégré très tôt l’impression 3D et la CAO, combinant ainsi tradition artisanale (sculpture sur cire) et modernité technologique. Les chiffres donnent le vertige. Entre la réception d’un gouaché et la fin de la réalisation d’une pièce de haute joaillerie, il s’écoule en moyenne deux ans et deux mille heures de travail. “Bon an mal an, Oteline fabrique deux cents pièces pour Dior, allant de bagues à des parures entières comprenant collier, bagues et boucles d’oreilles.” Si Dior travaille avec les ateliers de haute joaillerie les plus prestigieux de Paris et de France en plus de son propre atelier avenue Montaigne, c’est ici dans la région lyonnaise que naissent certaines des créations les plus ambitieuses de la maison. “Ce qui me fait vibrer, c’est la matière. C’est de toucher. C’est un univers magique.”

Le sertissage du diamant Le Montaigne sur le motif central : il s’agit d’une technique de fixation des pierres ou des diamants sur un bijou
Version du collier terminé avec le diamant Le Montaigne

Chevalier des Arts et des Lettres

En 2022, Christian Dior Couture rachète Oteline qui intègre le groupe LVMH. Chantal Maquaire poursuit le développement. L’atelier est passé de trois collaborateurs à ses débuts à quatre-vingts en 2025 dont cinquante artisans. Entre-temps, Chantal Maquaire était reçue Meilleur Ouvrier de France en joaillerie, première et unique femme dans cette catégorie. Le graal. “Moi, je ne voulais pas passer le concours, c’est mon mari, contre mon gré, qui a envoyé le dossier. Pour Dior, ma réussite au concours de Meilleur Ouvrier de France a été importante, comme pour ma médaille des Arts et des Lettres. Ils étaient très fiers.” Car pour les Meilleurs Ouvriers de France, la transmission est une mission essentielle. Chantal Maquaire forme les apprentis, promeut l’égalité femmes-hommes, siège comme jurée au prix national Jacques-Lenfant, un concours d’excellence dédié aux jeunes talents de la bijouterie-joaillerie, et contribue à l’élaboration des futurs sujets pour les concours MOF Joaillerie. Elle est aussi ambassadrice du savoir-faire français lors d’événements internationaux, à Bangkok, Côme, Prague ou encore Florence. Comme il est coutume d’entendre chez les Meilleurs Ouvriers de France : “On ne devient pas MOF le jour où on obtient sa médaille, mais en transmettant notre savoir-faire.”

Le 22 janvier dernier, dans les salons du ministère de la Culture à Paris, la ministre Rachida Dati lui a remis les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. Dans la région lyonnaise, au sein de cette zone d’activité que rien ne distingue, une femme qui rêvait de carrosserie a bâti l’un des ateliers de joaillerie les plus réputés au monde.

Version du collier terminé avec le diamant Le Montaigne, “l’une des réalisations les plus complexes” de Chantal Maquaire, “un collier sur lequel est déposé un gros diamant de 88,88 carats, qui peut aussi se cliver sur une bague”.

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