“Le rapport hommes/femmes s'est beaucoup dégradé“

INTERVIEW - Le 8 mars, c'était la journée de la femme et le 6 mars le planning familial fêtait ses cinquante ans. Fort de cette double actualité, l'association départementale qui participe au contrôle des naissances à Villeurbanne et l'une de ses assistantes sociales, Odile Lavergne, faisaient le point sur une structure en sursis depuis un an.

Retour en arrière. En janvier 2009, le gouvernement s'apprête à réduire puis à supprimer l'aide accordée aux établissements d'information, de consultation et de conseil familial (EICCF). Deux mois plus tard, il revient sur sa décision et s'engage à maintenir ces aides jusqu'en 2011. Depuis cette date, les plannings familiaux français sont en sursis, parmi lesquels le planning familial départemental, situé à Villeurbanne. Il s'agit du plus grand du Rhône avec environ 7 000 passages par an (95 % de femmes, dont 30 % sont mineures et 45 % ont entre 18 et 24 ans).

Parallèlement à Lyon, cela fait un an que les conseillers conjugaux et les membres de l'association MFPF (Mouvement français pour le planning familial) se battent contre la fermeture d'un centre de planification à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu. Il prend en charge 50 % des avortements lyonnais. Et alors que l'hôpital doit fermer à la fin de l'année, l'association a obtenu in extremis en décembre le déplacement du centre à l'hôpital Edouard Herriot.

A la lumière de ces éléments, on peut donc s'interroger sur la santé du planning familial, structure vieille de 50 ans, reconnue d'utilité publique. Afin d'en savoir plus, nous avons tenté de contacter le planning familial de Villeurbanne. Problème : l'association était injoignable en fin de semaine, à cause d'une panne de téléphone. Nous nous sommes rendus sur place. Perdu entre les immeubles, l'endroit est discret, presque introuvable. Nous avons rencontré Odile Lavergne, assistante sociale au franc-parler. Interview.

Lyon Capitale : Quel bilan tirez vous de la situation du planning familial aujourd'hui ?

Odile Lavergne : Je pense que ce n'est pas pour rien que l'association est dite d'éducation populaire. C'est un lieu d'écoute, d'information et de soins. Beaucoup de personnes nous préfèrent d'ailleurs au médecin généraliste car nous garantissons la rapidité, la gratuité ainsi que la confidentialité des consultations. Nous sommes les seuls à garantir un tel service. De ce fait, nous avons énormément de travail et comptons environ 7000 passages par an.

La situation a-t-elle évolué depuis ces dix dernières années ?

C'est relativement constant, notamment au niveau des tranches d'âges. Mais nous remarquons néanmoins une modification de la population et nous sommes de plus en plus confrontés à la grande précarité : SDF, personnes qui vivent dans des squats ou qui ne peuvent tout simplement pas se payer les services d'un gynécologue.

Le droit à l'avortement est un droit particulièrement contesté. Pensez-vous qu'il soit en danger ?

Je pense qu'il faut être vigilant. L'IVG n'est pas banalisé et il n'est pas utilisé de façon légère. Ce n'est pas non plus une méthode contraceptive. Néanmoins, je pense qu'il faut respecter ce droit car il nous a été transmis par des générations de femmes qui se sont battues pour nous donner le choix.

Que reste-t-il à faire selon vous ?

Nous travaillons beaucoup sur le rapport hommes / femmes qui s'est beaucoup dégradé ces dernières années. Certains garçons sont de vrais machos ! Quand nous intervenons dans les établissements scolaires, nous travaillons surtout autour du respect des personnes. Mais c'est une lutte permanente et jamais acquise.

Quelle sont vos impressions sur votre propre métier ?

On rencontre toutes les nationalités et toutes les religions. C'est d'ailleurs ce qui m'intéresse le plus ici, car j'apprends beaucoup des personnes que je rencontre. Même si l'on est en contact avec des personnes en détresse, celles-ci nous demandent rarement l'impossible. Et comme nous ne pouvons pas les aider dans tous les domaines, nous travaillons en réseaux avec d'autres associations et institutions. Malgré tout, la situation reste difficile, car les structures ne sont pas toujours adaptées.

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