Mickaël Paccaud, maire (LR) de Mions, pompier professionnel volontaire et vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en charge de la santé, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Grandes métropoles, villes moyennes, communes rurales : plus aucun territoire n’échappe aujourd’hui aux incivilités et au trafic de drogue. Selon CARTOFAST, développé par l’Office anti-stupéfiants, au 30 juin 2026, 2 543 points de deal ont été recensés sur le territoire national. Michel Fournier, président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF), le rappelait déjà en 2024 devant les sénateurs, "il n'y a plus de territoire qui soit exclu du potentiel de trafic, quel qu'il soit".
Mions, ville à la campagne d'un peu moins 15 000 habitants, située à vingt-cinq minutes au Sud-Est de Lyon par la Rocade Est, qui fait partie de la métropole de Lyon, en a récemment fait les frais. Le 15 septembre, un réseau familial actif à Vénissieux et à Mions (séparés de huit kilomètres) a été démantelé et huit personnes ont été interpellées. Ce réseau se livrait à un trafic de cocaïne et de résine de cannabis, que certains membres continuaient de piloter depuis leur cellule. Quelques jours plus tard, le maire LR Mickaël Paccaud avait annoncé le retrait du city stade du parc Monod (petit terrain multisports en accès libre, en plein air) . Il invoquait des incivilités répétées, des faits de trafic dans le secteur et des « faits graves » portés à sa connaissance.
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Question de volonté politique et de moyens
"Cela ne se passera pas comme ça !", prévient l’élu sur le plateau de 6 minutes chrono / Lyon Capitale. L'élu, également pompier professionnel volontaire, met en avant l’arsenal déployé dans sa commune. La ville compte aujourd’hui size policiers municipaux, et le dernier conseil municipal a voté une hausse des effectifs. Elle dispose aussi de 158 caméras, qui filment 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ces images sont suivies par un centre de supervision urbain ouvert de 7 heures à minuit, et parfois au-delà dans la nuit. La commune a également pris des arrêtés municipaux contre les regroupements et les incivilités, et elle s’appuie sur la gendarmerie.
Selon lui, les fauteurs de troubles sont une petite minorité, une dizaine d’individus, surn une population de 15 000 habitants. "Nous ne laissons rien s'installer. Les incivilités et la délinquance sont contenues sur la commune de Mions parce que nous y mettons les moyens."
La restranscription intégrale de l'entretien avec Mickaël Paccaud
Michaël Paccaud, vous êtes maire de Mions, vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes en charge de la santé, dont nous parlerons également tout à l'heure. Mions, trafic de drogue, incivilités, protoxyde d'azote… Vous avez récemment organisé à Mions un salon de la sécurité territoriale qui réunit élus, forces de l'ordre, pompiers, vous êtes vous-même pompier, et entreprises. Pourquoi organiser un salon de la sécurité à Mions et qu'en est-il ressorti ?
Le salon de la sécurité territoriale que nous avons organisé à Mions en était à sa troisième édition. Cette édition était consacrée à la sécurité et à la prévention à 360 degrés. Vous aviez la police, la gendarmerie, la police municipale, les forces armées, la sécurité privée, les sapeurs-pompiers et les secouristes. L'idée est justement d'aborder cette sécurité et cette prévention à 360 degrés. Nous avons pris le temps d'échanger entre professionnels, avec les sociétés, les partenaires, les institutionnels et les forces de sécurité, pour débattre de différents sujets, mais aussi pour écouter des personnes qualifiées nous parler, par exemple, du protoxyde d'azote, de la sécurité du quotidien et de la sécurité civile.
Mions, combien d'habitants ?
Presque 15 000 habitants.
15 000 habitants, c'est une petite ville. Trafic de drogue, incivilités… Vous faites partie aujourd'hui de toutes ces petites et moyennes villes qui sont impactées, notamment par le trafic de drogue. Un réseau familial actif à Vénissieux et à Mions a été démantelé mi-septembre, avec des trafics pilotés depuis la prison. Finalement, le trafic de drogue n'est plus du tout réservé aux seules grandes villes.
Tout le monde est touché par cela, que vous soyez dans une petite ou une grande ville. Les incivilités et la délinquance sont contenues sur la commune de Mions parce que nous y mettons les moyens. Nous avons beaucoup de caméras, beaucoup de policiers, beaucoup de proximité et une belle gendarmerie. Tout cela est assez actif. Nous traitons les sujets, c'est-à-dire que nous ne laissons rien s'installer. L'idée est de pouvoir vivre dans une société agréable, sans délinquants ni trafic de drogue. Cela a été mis en lumière récemment. Il y a eu des incidents et une enquête qui a permis de mettre sous les verrous certaines personnes liées à un trafic de stupéfiants. Mais c'est malheureusement le quotidien de toutes les villes.
En tant que maire de Mions, une ville de 15 000 habitants, comment faites-vous lorsque vous dites que vous mettez les moyens ? Il y a des caméras, il y a une gendarmerie, mais comment faites-vous, en tant que maire, pour faire en sorte que la ville reste tranquille ? Parce que c'est toujours la même chose : c'est une toute petite minorité qui sème le désordre. Comment faites-vous ? Aujourd'hui, pour un maire, face à ces enjeux de sécurité, on sent qu'en face, il n'y a plus de filtres, que cela devient très vite violent. Comment faites-vous pour vous faire entendre et pour taper un peu du poing sur la table en disant : « Non, ici, cela ne se passera pas comme ça » ?
Cela ne se passera pas comme ça. Nous avons une police de proximité. J'ai maintenant 16 policiers municipaux. Nous avons voté, lors du dernier conseil municipal, une augmentation des effectifs de police.
Combien de caméras avez-vous ?
Nous avons 148 caméras (en fait 158, chiffre rectifié après l'interview, NdlR) avec un centre de supervision ouvert de 7 heures à minuit, dont les horaires sont parfois prolongés pendant la nuit. Les caméras tournent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Vous avez également une présence humaine, avec les policiers et les agents chargés de la vidéosurveillance, 7 jours sur 7. Tout cela fait que nous essayons de contenir les problèmes, avec des arrêtés municipaux contre les regroupements et contre toute forme d'incivilité. Vous l'avez dit, le maire est en première ligne. C'est clair. Aujourd'hui, il n'y a plus de filtre. Nous en parlions hors antenne tout à l'heure. Il y a à peine une semaine, un jeune de 18 ans a voulu se retrouver tête contre tête avec moi, à proximité de la mairie, simplement parce que je lui avais demandé de ne pas utiliser son ballon au milieu de la route.
Nous en sommes là. Tout le monde est confronté à ces situations parce qu'il y a de moins en moins de respect, mais cela reste le fait d'une minorité. Nous parlons de 10 à 12 individus sur une commune de 15 000 habitants. Mais si nous ne traitons pas ces problèmes, cela crée un sentiment d'insécurité que tout le monde ressent.
En tant que maire, j'interviens et je traite ces problèmes avec mes policiers et mon équipe municipale, parce que nous voulons vivre dans une ville agréable. Je vis dans une ville que je connais depuis mon enfance, où j'élève mes enfants et où j'habite.
Les problèmes sont-ils circonscrits ou réglés ?
Vous avez toujours un ou deux individus qui peuvent poser problème. J'ai fait le nécessaire par rapport à ces individus. Il faut aussi faire attention. Nous en parlions également hors antenne : il y a des trafics et je dois aussi me protéger.
Vous êtes pompier. Il y a de plus en plus de cambriolages de casernes, un peu partout à Lyon et dans la métropole. Des cambriolages qui servent ensuite à commettre des braquages, comme nous l'avons déjà vu. En tant que pompier, que faut-il faire aujourd'hui ? Parce que nous savons que le SDMIS, le Service départemental-métropolitain d'incendie et de secours, connaît des difficultés en matière de financement. Que doit-il payer ? Faut-il davantage de moyens ? Comment faire ? Nous n'allons pas non plus transformer les casernes en bunkers.
Nous avons déjà transformé les écoles, les lycées et les collèges en bunkers à cause de ceux qui viennent pour agresser. L'idée est qu'une caserne ne devienne pas un bunker.
Le préfet a travaillé avec le SDMIS sur un plan de sécurisation. Ils ont demandé à toutes les villes de recenser les différentes installations de caméras. Sur la commune de Mions, nous avons cinq caméras à proximité de la caserne. Elles tournent 24 heures sur 24, avec du personnel derrière les écrans.
C'est un phénomène national. Je lisais encore des informations à ce sujet. Vous avez eu Villefranche hier ou avant-hier, vous avez des cas en région Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans l'Isère. Ce matériel est ensuite utilisé pour le grand banditisme.
Mais derrière tout cela, il y a quelque chose de complètement insensé : c'est la perte des repères dans notre société. Des individus viennent voler du matériel qui sert à sauver des vies.
J'étais de garde cette nuit et j'ai terminé à 8 heures ce matin. Nous avons désormais mis des dispositifs en place. Mais à l'époque, au début des vols dans les casernes, vous pouviez monter dans un véhicule pour aller désincarcérer une personne, peut-être en arrêt cardiaque dans sa voiture, ouvrir les coffres et constater qu'il n'y avait plus rien. C'est complètement insensé.
Il faut que cela s'arrête. Je sais que le préfet, le SDMIS et les forces de sécurité travaillent, avec les syndicats, sur toutes les mesures à prendre pour sécuriser ces installations.
Merci Michaël Paccaud d'être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Pour plus d'informations sur l'actualité lyonnaise, rendez-vous évidemment sur www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.
