Des salariés de Keolis sont mobilisés contre le projet d’allotissement devant le siège de Keolis et du Sytral, dans le 3e arrondissement de Lyon, le mercredi 9 février 2022. @AnthonyFaure

Grève dans les TCL à Lyon : la mobilisation devrait durer, explications et reportage

L'appel à la grève contre le projet d'allotissement dans les TCL à Lyon a été très largement suivi ce mercredi 9 février. Avec un réseau lyonnais au ralenti. Les syndicats sont très mobilisés et déterminés. Ils ne veulent pas de l'allotissement. Le mouvement devrait durer. Reportage.

"Il y aura beaucoup de grévistes" le mercredi 9 février prochain dans les TCL, à Lyon, promettaient la semaine dernière plusieurs sources syndicales. "Une journée noire" dans les TCL. La plus grosse grève dans les TCL depuis 2009. Avec notamment un métro D, la ligne lyonnaise la plus empruntée, à l'arrêt toute la journée. Et une fin de service à 19h30.

Pourquoi cette grève ? L'ensemble des syndicats dans les TCL sont furieux contre le projet d'allotissement. Pour résumer, depuis 1993, et au moins jusqu'à mi-2024, le Sytral délègue à un seul et même opérateur l’exploitation de tout le réseau TCL, à travers une délégation de service public (DSP). Cet opérateur, c'est Keolis. Keolis Lyon, une entreprise privée de 4500 personnes.

Pour le prochain appel d'offres, le Sytral, présidé par l'écologiste Bruno Bernard, également président de la Métropole de Lyon, souhaite ouvrir la possibilité à un projet d'allotissement (le fait de grouper des "marchandises" en lots), un projet qui pourrait répartir les modes de transports selon plusieurs lots (par exemple un lot "métro-tram", un lot "bus" etc..) avec ainsi l'arrivée possible de plusieurs opérateurs selon le mode de transport (métros, bus, trams etc...).

"La majorité EELV veut éclater ce patrimoine lyonnais" (syndicats)

L'ensemble des syndicats dans les TCL sont vent debout contre ce projet d'allotissement. "Notre réseau n’a cessé de progresser depuis sa création en 1837 et fait preuve d’excellence par le professionnalisme et le savoir des salariés reconnus par de multiples récompenses nationales et européennes. Cette réussite est en grande partie dû à l’existence d’une seule entreprise sur un réseau unique ! Aujourd’hui, et en quelques mois, la majorité d’EELV veut éclater ce patrimoine lyonnais pour de simples considérations mercantiles", expliquent les syndicats.

Face aux (vives) inquiétudes, après le préavis de grève, le Sytral, présidé par l'écologiste Bruno Bernard, également président de la Métropole de Lyon, a réagi la semaine dernière. "Alerté par les exemples des villes françaises ou européennes dans lesquelles la concurrence effrénée a généré des situations de recul sur les acquis sociaux", le Sytral "entend proposer une réponse à la hauteur des enjeux : un socle social qui garantira à tous les salariés la continuité de tous leurs acquis et droits sociaux". "Les élus du SYTRAL sont déterminés à protéger les salariés du réseau face à toute remise en question de leurs droits", explique le Sytral. Bruno Bernard, le président du Sytral et de la Métropole de Lyon, ajoute que "dans le cadre du futur appel d’offre, la concurrence doit s’exercer mais elle ne se fera pas au détriment des salariés. Les rémunérations, acquis, usages doivent être garantis"

Le Sytral propose un socle social... qui ne convainc pas

Concrètement, qu’est-ce que ce socle social ? "Pour mettre en place concrètement ce socle social, le Sytral exigera que les entreprises qui répondent aux futures consultations s’engagent sur la préservation des acquis pendant toute la durée du contrat par la conclusion d’accords collectifs de substitution avec les partenaires sociaux, qui devront reprendre au minimum les dispositions du socle social.

Mais la proposition de ce "socle social" n'a en rien rassuré les syndicats. Les salariés de Keolis étaient nombreux, ce mercredi, en grève. "C'est historique. Plus de 1100 grévistes. Sur 1600-1700 travaillants au Jour J", explique à Lyon Capitale Karime Kissa, délégué syndical Force Ouvrière - TCL. Le réseau TCL ne fonctionnait qu'entre 6h30 et 19h30. La ligne de métro D, la plus fréquentée du réseau, était à l'arrêt complet, toute la journée. Comme le métro C. Comme les trams T1, T5 et T7. Comme de nombreuses lignes de bus. Jamais, depuis 2009, il n'y avait eu une telle grève dans les TCL à Lyon.

Les syndicats sont unanimes. Ils ne veulent pas de ce projet d'allotissement. Rassemblés mercredi après-midi lors d'une mobilisation devant le siège du Sytral et de Keolis, à la Part-Dieu, ils nous expliquent pourquoi. "Il n'y a rien de bon dans un projet d'allotissement. Demain, on veux éclater un réseau qui marche très bien en 5 lots différents. Simplement pour des raisons politiques et mercantiles. Les salariés des TCL n'ont rien à gagner là-dedans", balaye ce mercredi Thierry Pécoud, secrétaire du syndicat CGT TCL.

1100 grévistes ce mercredi, "le socle social, de la poudre aux yeux"

"Le socle social, c'est de la poudre aux yeux. Rien dans les textes, dans la loi. Celui qui va reprendre, ça sera le patron. Et il fera ce qu'il voudra. On peut dire que "oui on va mettre la pression pour que", mais c'est du vent", poursuit Thierry Pécoud de la CGT, remonté.

Un peu plus loin, Karime Kissa, délégué syndical Force Ouvrière TCL, est sur la même longueur d'onde. "On est contre l'allotissement. Le réseau va être découpé entre plusieurs opérateurs. Automatiquement, le socle social va être impacté pour les salariés, ça aura un impact, sur tous les acquis, sur toutes les variables, sur le CSE. Tous les corps de métier aujourd'hui dans l'entreprise sont en souffrance. Toucher à nos acquis serait un tsunami social pour nous. Je tiens à rappeler que nous ne faisons pas grève pour Keolis mais pour les acquis sociaux que nous avons eu".

Même son de cloche, aussi, à la CFDT. "On n'a aucune garantie sur les transferts de contrats de travail chez l'un ou les repreneurs, on a aucune garantie sur la convention collective qui sera appliquée", indique Alain Auroy délégué syndical CFDT TCL à Lyon. "Le président du Sytral a beau nous dire que le socle social sera transféré, déjà il faut être sur que tous les salariés soient transférés, et puis on ne peut pas être sûr dans le temps que l'entreprise repreneuse poursuive dans cette direction. Le Sytral donne des directives à la société qui prend la DSP mais en aucun cas il va s'immiscer dans la gestion. A tout moment, la personne de la société qui aura la gestion pourra dire "on me demande de faire des économies" et le seul moyen de faire des économies dans le transport urbain - la plupart du budget étant la masse salariale - ce sont les salaires", poursuit le délégué CFDT.

Quid des 4500 salariés de Keolis Lyon si les TCL sont partagés entre plusieurs opérateurs ? "Les conducteurs, - on a du mal à trouver des conducteurs dans la profession - mis à la part du risque de perte de leurs avantages acquis, devraient être transférés sans soucis. Le problème, ce sont toutes les fonctions support, le service paye, le service comptabilité etc... Que vont devenir les gens ?", questionne Alain Auroy.

Les grévistes devant le siège du Sytral @AnthonyFaure

Bruno Bernard, le président écologiste du Sytral et de la Métropole de Lyon, concentre les critiques. "Un politique qui se dit de gauche et qui donc doit privilégier le social, aujourd'hui il va à l'encontre de ses valeurs. Pour nous, c'est très inquiétant", indique Karime Kissa de FO. "Ah bon les Verts sont de gauche ? Je ne pense pas que ça soit une décision d'un parti qui se dit de gauche", abonde Alain Auroy de la CFDT. Surprenant que cette décision vienne d'un homme politique de gauche ? "C'est vous qui dites qu'il est de gauche, moi je ne dis pas ça", tranche Thierry Pécoud de la CGT.

"Le rendez-vous avec le Sytral s'est très mal passé. Il y aura un autre mouvement, encore plus important"

Et si le Sytral ne bouge pas ? "On ira jusqu'au bout. On mobilisera", expliquait Karime Kissa en début d'après-midi ce mercredi. Les syndicats avaient rendez-vous en fin d'après-midi avec le Sytral. Et ça ne s'est pas bien passé. La réflexion sur l’opportunité d’un allotissement pour le réseau TCL doit se traduire par une décision lors du prochain conseil d’administration du Sytral, le 10 mars prochain. Pour les syndicats, les dés sont déjà pipés. "Le rendez-vous avec la direction du Sytral s'est très mal passé. Même sur le socle social, ils ont fait ça dans la précipitation. On reste mobilisés. Notre message est clair à Monsieur Bruno Bernard : nous n'accepterons pas l'allotissement. L'intersyndicale partage le même avis", explique ce mercredi soir à Lyon Cap' un responsable syndical qui a participé à la réunion. "Il y aura un autre mouvement. Qui sera encore plus important", conclut-il.

Lire aussi : Lyon : "il y aura beaucoup de grévistes", les syndicats pas convaincus par le "socle social" du Sytral, explications

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