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Gilles Kepel : “L’école est devenue pour les tenants de l’islam politique une citadelle à abattre”

Gilles Kepel, politologue, spécialiste de l’islam et du monde arabe retrace l'ingérence à marche forcée de l'islam politique dans l'école depuis 1989 jusqu'à l'assassinat de Samuel Paty. "La pression sociale du salafisme interdit au libre-arbitre de s'exprimer dans les milieux populaires" dit-il.


Lyon Capitale : L’école est une nouvelle fois attaquée par les percées d’identitarisme islamique. L’islamisme menace-t-il l’école ?

Gilles Kepel : L’affaire des “foulards de Creil”, à l’automne 1989, avait été la première intrusion de l’islam politique dans l’école, avec l’arrivée dans un collège de Creil, situé dans les environs de Paris comme celui de Conflans-Sainte-Honorine, de hijab. L’événement avait été porté par les organisations de l’islam politique, à l’époque l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), la branche française des Frères musulmans qui sont à la manœuvre, y compris dans l’ensemble du monde musulman, derrière Erdogan, le Qatar et autres pour les attaques tous azimuts contre la France et le président Emmanuel Macron.

À l’époque, l’école conservait encore une sorte de quasi-monopole du magistère sur les enfants. Aujourd’hui, à la fois à l’âge des réseaux sociaux, et aussi parce que se sont développés partout des écosystèmes islamistes dans les quartiers populaires français – entre les leçons données dans un certain nombre de mosquées radicales, la socialisation par des associations sportives islamistes, le tissu associatif halal et la création d’une véritable communauté sur Twitter ou Facebook qui établissent un contre-discours, un discours de rupture avec les valeurs de la société française –, l’école est devenue pour les tenants de l’islam politique une citadelle à abattre.

Et ce qui est très frappant, c’est qu’un certain nombre d’élèves, peu nombreux mais avec une capacité d’agitation très importante, vont désormais à l’école dans cette perspective, non pas tant pour apprendre que pour mettre en cause les valeurs dont elle est porteuse. Ce qui est également frappant, c’est une reproduction de ces actes dans les collèges, avec des élèves très jeunes. On voit d’ailleurs bien l’enchaînement qui s’est produit à Conflans-Sainte-Honorine jusqu’à la décapitation du professeur Samuel Paty : cela a commencé avec le mensonge d’une élève, relayé d’abord par son père, lui-même très actif dans l’“islamosphère”, et dont la sœur est partie en Syrie avec Daech, retransmis ensuite par un agitateur islamiste, sexagénaire et très connu, patron de l’ancien comité Cheikh Yassine, M. Sefrioui, et relayé enfin par un tweet du président de la mosquée de Pantin. En d’autres termes, tout un monde à cheval entre le virtuel et le spirituel qui est, aujourd’hui, dans une logique offensive face à l’école et à ses enseignants, ayant établi un discours de rupture, de vérité qui l’opposerait au discours des infidèles de l’école.

En 2004, le rapport Obin sur “les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires” – du nom de l’inspecteur général de l’Éducation nationale qui en a chapeauté la rédaction – parlait d’une “théologisation de la pédagogie”. Est-ce de cela dont il s’agit ?

Oui, je crois effectivement qu’on peut emprunter cette formule. Seize ans après, on voit que le phénomène s’est considérablement amplifié. Et j’ai suivi cela depuis l’affaire de Creil de 1989, pour laquelle j’étais cité comme témoin au procès. On constate bien l’évolution qu’il y a eue en 31 ans.

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