Valérie Pécresse en meeting à Lyon ©William Pham

À Lyon, Valérie Pécresse se pose en “seule candidate de droite” pour son dernier meeting

Valérie Pécresse tenait son dernier meeting de campagne à Lyon et est revenue aux fondamentaux de la droite tout en dénonçant les “ambiguïtés” d’Emmanuel Macron.

À 24 heures de la fin de la campagne officielle du premier tour de l’élection présidentielle, Valérie Pécresse avait choisi Lyon pour tenir son dernier meeting. Elle a réuni autour d’elle les cadres des Républicains comme Laurent Wauquiez pour souligner l’unité du parti derrière elle. À Gerland, dans les espaces de réception du Lou Rugby près de 2000 sympathisants tentent de conjurer le sort d’une élection qui devrait voir la droite absente du second tour pour la deuxième fois d’affilée. Des bus ont été affrétés par les fédérations LR de tous les départements voisins ou de la région et stationnent le long de l’avenue Jean-Jaurès. Dans la salle, tous les codes habituels des grandes messes LR sont respectés. La candidate entre en traversant la salle sur fond de musique techno et de drapeaux tricolores agités par les militants. Mais dans la dernière ligne droite d’une campagne atypique, il manquerait presque le plus important : l’enthousiasme et l’espoir. Les traditionnels “on va gagner” rythment la soirée, mais sonnent creux. Les élus confient sous le manteau leurs craintes du verdict des urnes dimanche soir. “Ce sera la bérézina”, s’inquiète l’un d’eux.

“Le Beethoven de la dette”

Avec une candidate créditée de moins de 10% d’intentions de vote, l’ambiance n’est pas aux grands soirs. L’atmosphère, même si les Jeunes Républicains donnent le change, est plus à la veillée funèbre qu’à la veillée d’armes chez les élus. À la tribune, les interlocuteurs se suivent et saluent le courage de Valérie Pécresse dans la tempête qu’est sa campagne. Pierre Oliver, maire du 2e arrondissement de Lyon, ouvre le bal et salue une candidate qui “ne recule pas, qui fait face”. Le patron de l’opposition LR à Lyon pose aussi le décor à trois jours du premier : “entre Marine Le Pen qui va plonger le pays dans l’obscurité et Emmanuel Macron qui nous contraint à éteindre la lumière”. “Elle a trébuché, mais fait preuve de ténacité”, enchaîne Béatrice de Montille, conseillère municipale à Lyon. Les ténors de la droite nationale se succèdent et égratignent le bilan d’Emmanuel Macron. “Avec lui, c’est toujours plus d’impôts, la vie chère et neuf millions de Français qui vivent sous le seuil de pauvreté. On nous avait vendu le Mozart de la finance et nous avons le Beethoven de la dette”, raille le magistrat Charles Prats.

Dame de faire

La salle jubile et entonne des “cinq ans de trop” en clin d’oeil aux macronistes qui mènent campagne pour “cinq ans de plus”. Bruno Retailleau, président des sénateurs LR, dénonce un président sortant qui ne “daigne pas descendre sur notre planète” pour faire campagne. Les propositions de la candidate Pécresse, “la dame de faire” pour les militants LR, sont évoqués plus succinctement. À la tribune, les orateurs témoignent aussi d’une famille LR qui a réussi, pour l’heure, à sauver son unité malgré la double pression exercée par Éric Zemmour et Emmanuel Macron sur ses ténors.

Wauquiez se paie Macron

Laurent Wauquiez lors du meeting de Valérie Pécresse @William Pham

À l’applaudimètre, Laurent Wauquiez l’emporte haut la main quand il grimpe sur l’estrade. L’été dernier, il avait fait l’impasse sur l’élection présidentielle jugeant l’espace de la droite trop restreint entre Emmanuel Macron et l’extrême droite. Six mois plus tard, les faits lui donnent raison. Comme les orateurs qui l’ont précédé, il loue “la ténacité” de Valérie Pécresse : “tu n’as rien lâché, tu as tenu le cap d’un projet sérieux, solide et sans complexe”. Avant d’enchainer assez rapidement sur son bilan à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes tout en tentant des parallèles avec le programme de Valérie Pécresse : “nous sommes dans une région où l’on a porté des idées de droite. Nous avons eu le courage de faire des économies. Nous n’avons pas entretenu l’illusion de l’argent magique. Tu es la seule à ne pas avoir promis tout et n’importe quoi dans cette campagne”. Puis il égratigne Emmanuel Macron qui enchaîne les “cadeaux”.

Au détour d’une phrase, il trahit aussi son pronostic sur le verdict final de l’élection présidentielle : “Emmanuel Macron a fait une impasse démocratique et cela aura de lourdes conséquences pour la suite”. Pendant une quinzaine de minutes, il dresse son bilan du président candidat et tourne en ridicule sa proposition sur le RSA conditionné à des heures de travaux d’intérêt général : “il avait à peine esquissée cette idée qu’il a fait marche arrière tout effrayé de sa propre audace”. Dans la dernière ligne droite, comme Valérie Pécresse quelques instants plus tard, il tente de tordre le cou à la tentation du vote utile dès le premier tour : “Emmanuel Macron cherche à vous dire que vous n’avez le choix qu’entre lui et le vertige des extrêmes. Nous ne sommes pas condamnés à cette impasse : un autre chemin possible celui que porte Valérie, faites le choix de la droite”.

Fondamentaux

Valérie Pécresse va marteler cet axe de campagne sur scène pendant 30 minutes sans notes et en déambulant sur l’estrade : “je suis la seule candidate de droite”. Elle éreinte ses rivaux du premier tour qui l’enferme dans un espace politique précaire. “Éric Zemmour a choisi Poutine et Pétain”, assène-t-elle. Avant de revenir sur le cas du président sortant : “Emmanuel Macron n’est pas de droite. Dans son meeting, il n’a pas prononcé le mot autorité ou immigration alors que pays a besoin d’un choc d’autorité”. Sur l’estrade, elle revient aux fondamentaux de la droite : sécurité, valeur travail, suppression des normes, baisse des impôts ou encore recul de l’âge de départ à la retraite. “Ne vous laissez pas voler cette élection, harangue-t-elle. Nos idées sont majoritaires : le pays attend de l’autorité, de la liberté, du pouvoir achat et la revalorisation du travail”. Une assertion, validée par différents sondages, qui porte en elle les maigres espoirs des Républicains pour les trois jours à venir et les probables frustrations des cinq prochaines années.

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