Neyret quai du Polar
©Mathilde Régis

Michel Neyret : "La recherche de l’affaire à tout prix"

En cette dernière journée de l’édition 2017 du festival Quais du polar, l’ex-numéro deux de la police judiciaire lyonnaise, condamné en première instance pour trafic d’influence et corruption, était interrogé entre les murs de la chapelle de la Trinité.

Que s'est-il passé dans la tête de Michel Neyret ? À quel moment les liens qu'il a entretenus avec certaines personnalités proches du milieu du grand banditisme n'étaient-ils plus seulement des moyens d'avoir des informations pour démanteler des réseaux, mais des liens d'amitié impliquant de luxueux cadeaux et des vacances partagées ?

Dans les murs de la chapelle de la Trinité, les questions d'Alain Léauthier, grand reporter à Marianne, sont nombreuses. Si, au départ, la rencontre devait accueillir également Hervé Jourdain et Olivier Norek, sur le thème “D’un côté à l'autre de la page : ces anciens flics qui ont pris la plume”, leur hiérarchie et le ministère de l'Intérieur en ont décidé autrement. Face à cette décision, l’événement s'est transformé par la force des choses en un tête-à-tête avec Michel Neyret, dont "l'histoire riche, compliquée et polémique rejoint parfois la fiction policière".

Le culte du renseignement

Michel Neyret n'estime pas incarner la figure traditionnelle du policier corrompu, mais plutôt avoir dérapé pendant six mois après une carrière brillante de trente-cinq ans. "J'ai essayé de me battre, depuis cinq ans maintenant, sur cette image qui m'a collé à la peau et qu'on a voulu m'affubler au début de cette affaire. Je suis un policier imprudent, qui a commis des erreurs dans une gestion d'informateurs, puisque c'est ça le nœud du problème", répond-il.

"Dès ma première connaissance du milieu policier, lorsque j'étais en poste à Versailles, j'ai eu l'occasion de fréquenter des policiers qui avaient le culte du renseignement et qui m'ont transmis ce culte-là. Cette culture de l'informateur, j'ai grandi avec dès mes premières années de police judiciaire et j'ai très vite compris l'intérêt et l'importance d'avoir une police bien informée et bien renseignée", poursuit-il.

Obsédé par le renseignement, Michel Neyret estime difficile de boucler des affaires sans avoir établi des relations de confiance avec des personnalités proches du milieu du grand banditisme afin d'obtenir des informations. "Ce que j'ai essayé d'expliquer dans mon livre, c'est que ma méthode, que j'ai développée depuis trente-cinq ans, c'est la relation avec un informateur. On peut enfermer ces relations dans des règles strictes et codifiées, mais il faut savoir que ces règles-là, objectivement, sont en décalage avec la réalité du terrain."

Cadeaux et honnêteté professionnelle

Incarcéré pendant huit mois à la prison de la Santé, Michel Neyret répète devant l'auditoire avoir fait l'erreur d'accepter "un certain nombre de cadeaux d'amitié", mais réfute l'idée de "pacte de corruption". "J'ai fait des erreurs, ces erreurs étaient inspirées par tout un tas de motifs, mais certainement pas par le motif de l'argent. J'étais tendu vers la recherche de résultat et l'affaire à tout prix", indique-t-il. Il reconnaît cependant n'avoir "jamais dit qu'il n'avait pas été séduit" par le mode de vie des "voyous", notamment à propos de voitures de luxe.

"J'ai eu l'impression que ces cadeaux n'impactaient pas mon honnêteté professionnelle", plaide-t-il, ajoutant qu'aucune amende ne lui a été infligée, un fait rare dans les jugements des affaires de corruption. Pendant plus d'une heure d'entretien, des questions concernant la police, la justice, la prison, les médias ou les affaires politico-financières ont été abordées devant un public particulièrement attentif.

Si la date de l'épilogue du procès de l'affaire Neyret n'est pas encore connue, l'ex-flic de la police antigang pourra bénéficier, par l'application de la loi Taubira, d'un aménagement de peine. S'il estime que "sa vie a été mise entre parenthèses depuis maintenant six ans", Michel Neyret ne devrait pas retourner derrière les barreaux.

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