Friche RVI : “On nous offre des miettes”

Comment reloger 120 personnes (selon la Mairie, 400 selon les résidents) reparties sur 34 000 m2 (selon les résidents, 18 000 selon la Mairie) dans un nouvel espace de 3 500m2 ? C’est le pari un peu fou tenté par la Ville de Lyon pour déplacer les artistes qui occupent, depuis 2002, la Friche RVI, perdue au fin fond de l’avenue Lacassagne.

On en parle depuis deux ans, mais aujourd’hui, le calendrier s’affine. Au 31 juillet 2010, les artistes, activistes politiques et squatteurs en tout genre devront quitter la Friche RVI prêtée temporairement par la Ville en 2002 à quelques collectifs rapidement dépassés par l’afflux de nouveaux résidents. Pour expliquer cet empressement, les élus mettent en avant un ensemble de problématiques : la vétusté du site, l’amiante, les risques d’accidents, le voisinage mécontent… Mais ce qui accélère véritablement cette relocalisation, c’est sans nul doute la mise en place d’un campus de l’alternance et des métiers qui devrait ouvrir ses portes en septembre 2012 avec une extension pour la SEPR (Société d'Enseignement Professionnel du Rhône), la création d’une bibliothèque, d’un gymnase, d’un espace vert, de logements étudiants… Mais voilà, le Maire de Lyon, Gérard Collomb, avait promis de trouver un nouveau lieu de résidence aux « frichards » avant expulsion.

Crise du logement

Pour Georges Képénékian, adjoint à la culture, les porteurs d’un projet artistique identifié seront installés dans un nouveau lieu, le bâtiment Lamartine, une ancienne usine mise aux normes, à côté du stade Marc-Vivien Foé toujours dans le 3e arrondissement. Une solution encore une fois provisoire, puisque le site devrait, à terme, céder sa place à une extension du terrain de foot.

« On nous offre des miettes par rapport à ce qu’est la Friche, tempête Idriss, un des nombreux musiciens qui répète au cœur de l’ancienne usine. Ça fait deux ans qu’ils sont sur le projet et on nous propose, au denier moment, 3500 m2 pour loger 400 artistes. C’est du foutage de gueule !  ».

L’adjoint au maire, conscient de ce problème d’espace, ne peut proposer une solution unique pour héberger les artistes et leurs ateliers. Pour lui, il sera indispensable pour les collectifs présents à l’intérieur du nouveau bâtiment, de mutualiser l’espace et les moyens. Lamartine deviendrait essentiellement un lieu de création. D’autres palliatifs sont envisagés pour accueillir les artistes qui eux utilisaient l’ancienne usine comme un site de stockage. Des discussions avec le maire de Tarare seraient par exemple engagées pour accueillir une ou plusieurs compagnies. Georges Képénékian rappelle également que bon nombre d’artistes n’ont pas d’accès à cette gratuité et paient une location pour leur travail : « La vie culturelle et émergente à Lyon ne se résume pas à RVI. C’est une belle aventure dont nous poursuivons l’essentiel, les fondamentaux, dans un nouveau bâtiment ». Mais les « frichards », gardiens de cette « aventure », ne limitent pas seulement l’usine à ses murs. « C’est dans cette friche, au contact d’autres artistes d’autres disciplines, que l’on trouve notre inspiration, revendique le chanteur togolais Peter Solo. C’est une question spirituelle. On veut un lieu qui porte une âme ».

« Qu’on garde les artistes qui produisent et qu’on se débarrasse du reste ! »

Pour définir qui aura accès au bâtiment Lamartine parmi ce foisonnement d’individus, les élus s’appuient sur 19 projets proposés il y a un peu moins de deux ans par des collectifs de la Friche. Les nouveaux entrants seront donc contrôlés et devront être identifiés en signant une convention. Un bien pour Thierry Philip, maire du 3e arrondissement, soucieux des problèmes de voisinages engendrés par les résidents. « Qu’on garde les artistes qui produisent et qu’on se débarrasse du reste  », déclare-t-il, agacé. Un agacement qui devrait s’amplifier dans les semaines à venir, les « frichards » ne semblant pas vraiment se contenter des solutions proposées. Le premier impératif demeurant de trouver un toit entre la fermeture de l'ancienne usine RVI le 31 juillet 2010 et l’ouverture, un mois plus tard, du bâtiment Lamartine.

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