Benjamin Millepied de retour à Lyon

Après avoir réalisé la chorégraphie du film Black Swan et avant de prendre la direction du ballet de l’Opéra de Paris, Benjamin Millepied devient artiste associé à la Maison de la danse et à la Biennale, et présente à Lyon sa dernière création. Portrait et programme.

Artiste jusqu’ici plus américain que français, le danseur et chorégraphe Benjamin Millepied doit en grande partie sa renommée internationale au film Black Swan et à son mariage avec l’actrice Natalie Portman, rencontrée sur le tournage. Une célébrité rendue quelque peu ambiguë car portée par une presse qui parle aussi de lui comme d’un chorégraphe en train de révolutionner le visage de la danse contemporaine, ce dont nous ne sommes pas vraiment convaincus.

De Lyon à New York

Basé à Los Angeles, vivant depuis presque vingt ans aux États-Unis, Benjamin Millepied est né il y a 36 ans à Bordeaux. Fils d’une professeure de danse contemporaine et africaine, il n’a jamais cessé de danser depuis tout petit. À 13 ans, il fait un choix surprenant en intégrant le Conservatoire national supérieur de Lyon au lieu de l’école de l’Opéra de Paris, dont il jugeait l’enseignement trop conformiste. Il trouve à Lyon un réel travail axé sur la conscience du mouvement et son rapport à la musique.

À 17 ans, il prend son envol pour l’Amérique et, suivi de près par le chorégraphe américain Jerome Robbins, intègre le prestigieux New York City Ballet* où il est nommé en 2001 danseur étoile, la récompense suprême, sur les traces de son idole Barychnikov. Il interprète, entre autres, les rôles principaux des ballets de Balanchine (Agon, Coppélia, Casse-Noisette, Le Songe d’une nuit d’été...).

Chorégraphe

Mais très vite l’envie de chorégraphier le tenaille et il crée en 2001 Passages, sa première pièce, pour les élèves du CNSMD de Lyon. L’année suivante, il présente Triple Duet au Sadler’s Wells de Londres, avec son ensemble Danses Concertantes. En 2004, il crée On the Other Side à la Maison de la danse de Lyon et commence alors une série de collaborations qui lui permettent de chorégraphier soit des adaptations de répertoires classiques soit ses propres créations pour, notamment, le ballet du Grand Théâtre de Genève, le ballet du Mariinsky, l’American Ballet Theatre mais aussi le New York City Ballet. Il crée également Years Later, un solo pour Mikhaïl Barychnikov.

Pour l’heure, le style de danse qu’on lui connaît reste cependant beaucoup dans la forme et l’esthétique du geste, captant par sa légèreté et sa fluidité ceux qui aiment un classique plus moderne et plus libre, mais n’imposant pas pour autant une écriture véritablement originale qui marquerait nos esprits. Nous attendrons donc de voir comment son évolution se fera au frottement de ses nombreux projets et rencontres à venir.

Une compagnie à Los Angeles soutenue par le joaillier Van Cleef & Arpels

En travaillant avec des artistes actuels tels que le musicien David Lang, les plasticiens Barbara Kruger et Paul Cox ou des créateurs de mode comme Rodarte, Benjamin Millepied prône l’ouverture de la danse à une création plus contemporaine. C’est ce qui lui manquait au New York City Ballet et qu’il espère développer à l’Opéra de Paris. Il aime aussi le cinéma et a réalisé cinq courts-métrages de danse sur des pièces pour violoncelle de Philip Glass.

Alors que la situation de la danse et son financement, y compris par des fonds privés, deviennent très difficiles aux États-Unis, il fonde en 2011 – après avoir quitté le New York City Ballet – sa compagnie à Los Angeles : le L.A. Dance Project. Il la revendique comme un collectif de créateurs, avec des danseurs, des créations et du répertoire américain en lien avec des plasticiens et des compositeurs, un studio et la volonté de montrer la danse dans tous les lieux possibles et imaginables. Si la compagnie tourne bien et arrive à vivre de ses tournées, elle fonctionne aussi grâce à des sponsors privés, notamment un partenariat avec Van Cleef & Arpels, qui s’est engagé à la soutenir pendant trois ans sur trois créations. On se doute que son statut de “Mr Portman” mais aussi de représentant pour un parfum d’Yves Saint Laurent et de la campagne “L’envol” d’Air France a dû faciliter les négociations. Un statut international dont l’impact à venir sur son rayonnement n’a sûrement pas échappé à l’Opéra de Paris.

Le programme lyonnais

Pour ce programme, Benjamin Millepied a fait appel à deux chorégraphes qui viendront en résidence créer spécialement pour le L.A. Dance Project : Justin Peck, 25 ans, soliste du New York City Ballet, dont on dit que le travail est sophistiqué et plein d’inventivité sans oublier la technique classique, et l’Israélien Emanuel Gat, installé en France mais jamais venu à Lyon, qui a enflammé cet été le festival Montpellier Danse et que l’on retrouvera plus tard avec sa compagnie à la Maison.

Reflections, la pièce de Benjamin Millepied, trouve sa genèse dans une collaboration avec le joaillier Van Cleef & Arpels, tout comme Balanchine l’avait fait cinquante ans auparavant avec la pièce Jewels, fasciné qu’il était par les pierres précieuses et leurs couleurs. Le chorégraphe s’appuie sur des jeux de lumière, des facettes démultipliées et arêtes étincelantes pour créer une nouvelle dynamique des corps. Tout ceci sur une partition pour piano de David Lang, une scénographie très graphique de Barbara Kruger et une danse tout en abstraction.

Collaboration au long cours

Pour Dominique Hervieu, la présence de Benjamin Millepied avec son L.A. Dance Project va permettre une synergie entre la Maison et la Biennale de la danse, qu’elle dirige, autour d’œuvres en diffusion et de pièces en création. Ce mois-ci, ils ouvrent la saison de la Maison de la danse ; en septembre 2014, ils seront en résidence de création à la Biennale, et en 2015 ils présenteront une ou plusieurs pièces du répertoire du L.A. Dance Project.

“L’intérêt [du] travail [de Benjamin Millepied], selon Dominique Hervieu, réside dans le fait qu’il peut créer des spectacles populaires et répondre à des commandes, revisiter des grandes œuvres du répertoire et avoir une démarche plus personnelle avec sa compagnie. C’est quelqu’un qui a une grande culture chorégraphique. Il navigue sans complexe entre le contemporain et le classique, sans oublier le cinéma et la comédie musicale. Il est novateur grâce à la force et au talent des artistes qu’il fédère autour de son collectif, et renoue en ce sens avec la tradition de Diaghilev. Sa compagnie ne ressemble à aucune autre et il la dirige comme un directeur artistique. Aujourd’hui, avec la Maison de la danse et la Biennale, la ville de Lyon est devenue une référence en matière de danse et il est évident que, pour développer son image internationale, elle se doit d’avoir un artiste emblématique associé, comme Pina Bausch à Wuppertal, William Forsythe à Francfort... Benjamin Millepied sera de ceux-là.”

* Compagnie de danse classique et moderne fondée en 1948 par George Balanchine et Lincoln Kirstein, dont Mikhaïl
Barychnikov fut un des grands solistes.

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L.A. Dance Project – Benjamin Millepied. Du mardi 17 au samedi 21 septembre, à 20h30 (sauf mercredi 18 – 19h30), à la Maison de la danse, 8 avenue Jean-Mermoz, Lyon 8e.

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