La pénalisation des clients de prostituées : une idée qui fait son chemin

A l’occasion de son déplacement à Lyon, jeudi 16 décembre, nous en savons un peu plus sur "la mission d’information sur la prostitution en France", créée en juin 2010. Nous en connaissons son but : poser la "question éludée" du "client prostitueur" et y répondre, en le sanctionnant au moins par une amende. Son rapport doit être rendu en mars 2011.

C’est dans les salons de la préfecture du Rhône que la "mission (parlementaire) d’information sur la prostitution en France" a posé ses carnets et ses stylos pour auditionner les institutions et personnes sur la question. Pour son premier déplacement, la socialiste Danielle Bousquet (présidente) et l’UMP Guy Geoffroy (rapporteur) entendaient replacer tout de suite les choses dans leur contexte pour cette première conférence de presse.

Le client, au cœur du "triptyque de la prostitution"

"Nous allons rendre compte de la manière dont nous souhaitons que la France se positionne en matière de prostitution", engage Danielle Bousquet. Une position qui doit s’articuler également autour de la figure du "client prostitueur", selon ses termes. "A aucun moment on évoque la question du client. La prostitution est pourtant un triptyque, avec comme un des pieds majeurs, le client", lance la députée Bousquet. C’est le député Geoffroy qui se charge de détailler ce "triptyque" : "il y a tout d’abord, la personne prostituée qui est la victime. C’est le point de départ que nous estimons le plus solide. Il y a, ensuite, à côté, une pression évidente de la part de proxénètes et de réseaux, dans la grande majorité des cas. Et jusqu’à maintenant, il manque un troisième acteur, le client prostitueur. Pour nous, il faut le réintègrer".

Cette "mission d’information" se place donc clairement du côté d’une vision abolitionniste de la prostitution, alors que, comme le reconnaît Guy Geoffroy, d’autres défendent l’idée qu’une prostitution comme une "activité par choix" existe.

Prévention, éducation et pénalisation du client

Danielle Bousquet et son collègue sont d’accord pour qu’il y ait également trois volets dans cette approche. Évidemment, Danielle Bousquet, qui s’est déjà exprimé sur le sujet du "client prostitueur" dans le magazine ELLE, lorgne du côté de la Suède. La "mission d’information" s’y rendra prochainement, avant d’aller également au Pays-Bas et en Espagne. Au bout des ces voyages, il y a aura une proposition de loi qui visera la création d’un nouveau délit : être client d’une prostituée. "Education, prévention et pourquoi pas une amende. En tout cas quelque chose de largement dissuasif comme en Suède", insiste Danielle Bousquet.

S’il est moins marquant, le volet "prévention et éducation" n’est pas négligé par les deux députés. "Un travail d’éducation doit être mené sur le fait que le corps d’autrui ne se loue pas et ne s’achète pas", déclare la socialiste. "Et que son propre corps n’est pas totalement à la disposition de la personne", ajoute l’UMP. Et la socialiste de compléter : "La prostitution, c’est le fait que je loue mon corps à un moment donné. Nous souhaitons remettre au cœur de la législation sur la prostitution ce principe éthique là".

Le collectif de prostituées, l’oublié du déplacement

Pour cette unique journée d’audition, outre un sous-préfet, des avocats, des policiers, des travailleurs sociaux et des associatifs de toutes tendances, les deux députés ont promis de rencontrer, à Lyon, des personnes prostituées. Mais ils n’ont pas rencontré les personnes prostituées qui se mobilisent depuis un an, notamment contre la politique d’arrêtés municipaux qui pénalisent leur activité en camionnette. La députée socialiste a pourtant souligné que, pour elle, la spécificité lyonnaise de la prostitution est qu’"historiquement, dans les années 70 et 80, il y a une voix forte des prostituées qui exigeaient des droits".

Karen, prostituée en camionnette dans le quartier de Gerland est l’une des porte-parole de ce collectif. Elle réagit vivement à la venue de cette "mission d’information" : "quand on parle de prostitution, la meilleure chose, c’est de rencontrer les personnes les mieux informées sur la prostitution. C'est-à-dire, les prostituées elles-mêmes. Peut-être qu’ainsi, ils arrêteraient de toutes nous faire passer pour des victimes. Trois quart des filles que je connais ne sont pas concernées par ce qu’ils disent". Rendu du rapport de cette "mission d’information" en mars 2011.

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