Après les violences du 17 octobre, Lyon renoue avec le couvre-feu. Une mesure censée être temporaire, mais qui pourrait bien s’installer dans la durée.
Les Lyonnais avaient presque oublié ce qu’était un couvre-feu. Surveiller l’heure, justifier sa présence dehors est tout sauf ordinaire. Le 19 octobre, pour la première fois depuis le Covid, le préfet a repris la main sur les nuits de la Presqu’île, par arrêtés successifs et jusqu’à nouvel ordre. Il a fallu pour cela le 17 octobre avec les vitrines brisées à tire-larigot, les deux cents commerces pillés, le pavillon de l’Office de tourisme incendié place Bellecour. Ce couvre-feu, ce sont les casseurs/black blocs et les pilleurs qui l’ont signé. "Je pilote au jour le jour", explique le préfet Étienne Guyot. Bars et restaurants restent ouverts, la mesure se veut souple, plus acceptable. Et donc durable ? En 2020, le couvre-feu sanitaire devait durer six semaines. Il est resté en place trente-cinq semaines.
Lyon connaît ces nuits confisquées. Jusqu’au XVIIIe siècle, la cloche du soir ordonnait de "couvrir son feu". Sous l’Occupation, l’heure du couvre-feu suivait les attentats. Puis, plus rien pendant soixante-seize ans, jusqu’au virus. Est-ce un pas vers l’état d’urgence ? Le préfet use de pouvoirs ordinaires, que le juge n’admet que pour des mesures brèves et circonscrites. Mais l’exception en France aime s’installer. Décrété en novembre 2015, après les attentats islamistes, l’état d’urgence a été prorogé six fois avant que la loi SILT de 2017 n’intègre certaines mesures, sous des formes adaptées, dans le droit commun. Si la contestation actuelle dure, la tentation sera grande. On se serait bien passé de l’alliance fortuite des black blocs et des pilleurs. On se serait bien passé du couvre-feu. Le second est le prix des premiers. Reste à ce qu’il ne devienne pas une habitude.