Cyril P., l’ambulancier mis en cause dans la mort d’Iris Pichene et Warren Bistoquet le 22 août 2022 sur le quai Maréchal-Joffre (2e arr.) a été condamné ce mardi 27 octobre à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis. Il lui est également interdit de repasser l'examen du permis de conduire pendant sept ans. Une déception pour les parties civiles qui demandaient dix ans.
Plus de quatre ans après le drame, Cyril P., l'ambulancier qui a renversé Iris Pichene, 15 ans, et Warren Bistoquet, 17 ans, le 22 août 2022 a été reconnu coupable ce mardi 27 octobre d'homicide involontaire et violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Il a été condamné à cinq ans de prison dont quatre avec sursis par le tribunal judiciaire de Lyon. Il effectuera le reste de sa peine sous bracelet électronique, assortie d'une obligation de soins, d'indemniser les parties civiles et de justifier sa situation professionnelle. Une interdiction de passer l'examen du permis de conduire pendant sept ans a également été prononcée, ainsi que l'interdiction à vie d'exercer le métier d'ambulancier. Lors de l'audience du 22 octobre, le ministère public avait requis quatre ans de prison, dont trois ans assortis d’une durée probatoire de deux ans avec exécution provisoire et un an de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé et exécution provisoire.
Le jour des faits, Cyril P. avait violemment percuté le jeune couple qui circulait à trottinette électrique sur le quai Maréchal-Joffre, dans le 2e arrondissement de Lyon, alors qu’il se trouvait dans la voie réservée aux bus et aux mobilités douces. Titulaire d’un permis probatoire sur lequel il ne restait que deux points, Cyril P. n’aurait pas dû être autorisé à conduire ce type de véhicule, mais une dérogation de l’Agence régionale de santé (ARS) lui avait permis de travailler malgré tout. Au moment des faits, il avait été appelé par le SAMU, via l’entreprise "Ambulances lyonnaises", pour transporter un patient souffrant d’une intoxication alimentaire.
La justice "n'a pas répondu à nos attentes"
"Un sentiment de colère." C'est par ces mots que Jessica Souchit, maman du jeune garçon tué, résume la décision de justice ce mardi. Alors que les parties civiles avaient demandé une interdiction de dix ans pour repasser le permis de conduire, elles estiment "légère" la peine finalement prononcée, alors que Cyril P. n'avait par ailleurs pas respecté son contrôle judiciaire depuis mars 2025. "Notre peine va durer toute notre vie. Elle ne s'arrête pas aujourd'hui. Encore une fois, nous avions confiance en la justice et elle n'a pas répondu à nos attentes", déplore la maman de Warren.
À ses côtés, Laure Cédat, estime que cette décision de justice "n'est la fin de rien du tout", parce que "la peine continue". "On ne veut pas laisser que du chagrin après cette tragédie. Aujourd'hui on a besoin que les choses changent, que la loi change, que toutes les questions qui sont liées à la mort de nos enfants restent ouvertes pour que l'on change les choses sur le partage de la voirie, sur le système des ambulances privées, et sur la question des violences routières", poursuit-elle, plaidant pour que la mort d'Iris et Warren "serve à quelque chose." "Sept ans ce n'est pas assez", tranche la maman d'Iris. Elle ajoute : "Cet homme ne devrait plus jamais avoir le droit de conduire parce que c'est la seule chose qui ferait justice pour les familles." Laure Cédat, Jessica Souchit et Bertrand Pichene, le papa d'Iris, promettent d'ailleurs de se mobiliser pour faire évoluer la loi sur les homicides routiers, rentrée en vigueur après le drame. "On portera ça fort, de partout où l'on pourra pour dire que la seule justice pour les familles qui puisse exister c'est d'empêcher ces gens, qui sont des dangers publics, de conduire", conclut-elle.
Cyril P. voulait remplir sa mission "dans les délais"
Lors de son audience, le 22 octobre dernier, l’ambulancier, âgé de 40 ans aujourd’hui, avait peiné à apporter des réponses aux familles, notamment sur sa vitesse largement excessive le jour de l’accident, estimée à 90 km/h par un expert sur un axe limité à 30 km/h. Il expliquait alors devoir remplir sa mission "dans les délais". Cyril P. assurait par ailleurs ne toujours pas comprendre comment s’était produit l’accident, soulignant que les conditions de visibilité étaient "très bonnes" quelques instants avant le drame. "Je vois la trottinette environ 40 mètres avant. Je vois que le conducteur me voit et qu’il serre à droite, donc je me serre à gauche pour le dépasser et après, je ne comprends pas", déclarait-il à la présidente, alors que, là aussi, des témoins avaient décrit un "écart" et une "embardée" de sa part. "C’est bien ça le problème, monsieur. Dans ce dossier, tout le monde voit l’accident arriver, sauf vous", lui avait rétorqué la présidente.
