Quatre ans de prison, dont un an ferme, ont été requis contre Cyril P., l’ambulancier qui a mortellement percuté Iris, 15 ans, et Warren, 17 ans, le 22 août 2022 alors qu’ils circulaient à trottinette sur le quai Maréchal Joffre, dans le 2e arrondissement de Lyon.
Un peu plus de quatre ans après les faits, l’heure était aux réponses pour les familles. Cyril P., l’ambulancier mis en cause dans la mort d’Iris et Warren, il y a quatre ans, comparaissait ce jeudi 22 octobre devant la 6e chambre correctionnelle de Lyon pour homicide involontaire et violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence.
Les faits remontent au 22 août 2022. En cette fin d’après-midi d’été, Iris, 15 ans, et Warren, 17 ans, circulent à trottinette électrique sur le quai Maréchal Joffre, dans le 2e arrondissement de Lyon. Le jeune couple, alors qu’il se trouve dans la voie réservée aux bus et aux mobilités douces, est violemment percuté par une ambulance qui arrive derrière lui aux alentours de 18 heures. Iris et Warren décéderont sur le coup. L’homme qui conduisait le véhicule, titulaire d’un permis probatoire presque vidé de ses points, n’aurait pas dû être autorisé à conduire ce type de véhicule, mais une dérogation de l’Agence régionale de santé (ARS) lui avait permis de travailler malgré tout. Au moment des faits, il avait été appelé par le SAMU, via l’entreprise "Ambulances lyonnaises", pour transporter un patient souffrant d’une intoxication alimentaire.
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"Je voulais respecter les délais"
En témoignait la salle comble ce jeudi, l’affaire bouleverse toujours autant. Mais à la barre, Cyril P. n'a finalement pas apporté toutes les réponses que les familles attendaient. La question de la vitesse a notamment occupé une large partie des débats ce jeudi. Parti de l’avenue Félix Faure (3e et 7e arr.), pour rejoindre le cours Gambetta, le pont de la Guillotière puis le quai Maréchal Joffre/Tilsitt, le prévenu n'aura finalement pas su l'indiquer clairement. "Entre 50 et 70km/h, mais je ne regardais pas le compteur." "Je pense que vous êtes en mesure d’estimer votre vitesse après des années à conduire et faire des missions", lui répond alors la présidente, alors que la vitesse est limitée à 30 km/h sur le quai. Les témoignages rapportés sont tout aussi accablants. Des policiers en civil, témoins du passage de l’ambulance avant le drame, ont décrit une vitesse "largement au-dessus" de celles autorisées. "Entre 70 et 80 km/h", estimeront-ils. Également qualifié comme "agité" et "donnant des grands coups de volant", Cyril P. répondra simplement : "Je conteste." Adepte de la vitesse à l’obtention de son permis de conduire, le prévenu de 40 ans aujourd’hui assure avoir été plus prudent avec l’âge. Pourtant, il cumule les amendes pour excès de vitesse et son permis sera suspendu en 2017. Au moment des faits, il lui restait deux points sur son permis de conduire probatoire.
Quant à son arrivée sur le quai Maréchal Joffre, Cyril P. a assuré que les conditions de visibilité étaient "très bonnes" quelques instants avant le drame. "Je vois la trottinette environ 40 mètres avant. Je vois que le conducteur me voit et qu’il serre à droite, donc je me serre à gauche pour le dépasser et après, je ne comprends pas", expliquera-t-il, alors que, là aussi, des témoins décriront un "écart" et une "embardée" de sa part. Interrogé par les avocats de la partie civile, Cyril P. aura bien été en peine de justifier son absence de freinage, déclarant qu’il pensait pouvoir dépasser la trottinette d’Iris et Warren sans danger. "Mauvais choix d’appréciation. Je voulais respecter les délais et je n’y pense pas à ce moment", lancera-t-il alors, complètement acculé. Et la présidente de lui répondre : "C’est bien ça le problème monsieur. Dans ce dossier, tout le monde voit l’accident arrivé, sauf vous." Assurant voir vu "une prise d’infos" dans le regard de Warren, soit que le jeune comprenait qu’une ambulance arrivait, Me Florence Vincent s’agacera. "À 20 mètres, vous arrivez à interpréter un regard ? J’ai du mal à entendre ou comprendre cela", lancera-t-elle. Le prévenu niera aussi en bloc n’avoir allumé ses avertisseurs sonores que quelques secondes avant le drame, comme l’ont signalé plusieurs témoins.
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"Je voudrais que cet homme ne puisse plus jamais conduire"
Un prévenu qui "à l’issue d’une course folle, inouïe, a commis l’irréparable", estimera ainsi Me Jean-Marie Chanon lors des plaidoiries, mais aussi "l’impardonnable", "parce qu’en pleine connaissance, il va multiplier les imprudences et les fautes graves." Le manque de remise en question du prévenu aura par ailleurs été regretté du côté des parties civiles ce jeudi. "Je le dis avec une certaine forme de tristesse : l’ensemble de ces familles et de ces amis partiront en se disant que l’ensemble des réponses n’a pas été apporté", ajoutera quant à lui Me. Frédéric Doyez. Et Me Jean Sannier, avocat de Bertrand Pichene, le papa d’Iris, de trancher : "la mort était annoncée. L’accident allait arriver. Ça devait arriver."

À la barre, se tenant l’une à l’autre, Laure Cédat et Jessica Souchit ont décrit leur peine. "Iris est morte. Ma fille est morte. Et puis j’ai réalisé un jour qu’elle n’était pas simplement morte, mais qu’elle avait été tuée par un chauffard", pleurera Laure Cédat. Et d’ajouter : "Ce qui me révolte, c’est qu’un homme avec ce comportement et qui avait suscité tant d’alertes était encore derrière le volant. Je voudrais que cet homme ne puisse plus jamais conduire. Plus jamais." Iris, jeune adolescente "formidable, drôle, et énergique", dont le goût pour la justice aura donné la force à son père Bertrand Pichene de se battre pour sécuriser l’axe sur lequel elle a trouvé la mort. Jessica Souchit se souviendra, elle, de Warren comme d'un enfant "plein de vie", de son "précieux", son "parfait." "J’ai perdu mon premier fils, celui que j’ai eu à 20 ans et qui m’a fait devenir maman", confiera-t-elle enfin.
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4 ans de prison requis, dont un an ferme
Et il aura été difficile pour Me Tristan Jannot de passer derrière ces témoignages pour défendre son client, assis devant lui, recroquevillé sur lui-même, sa tête dans les mains. Décrivant le dossier comme "un drame humain", l’avocat expliquera que Cyril P. se trouvait dans une forme de "course" et "une logique financière" au moment des faits, face à la "pression verticale" exercée par son employeur. L’avocat a notamment demandé de rejeter la circonstance aggravante, c’est-à-dire la "violation manifestement délibéré d’une obligation de sécurité ou de prudence", arguant que son client avait fait "une succession de choix parce qu’il est pris dans un contexte particulier" et qu’il "ne le fait pas pour mettre en danger les autres usagers."
Lors des réquisitions, le ministère public déplorera enfin "le positionnement compliqué" de Cyril P. et une remise en question "qui n’existe presque pas." La procureure a notamment souligné qu’à partir du moment où la mission a été acceptée par le prévenu, elle n’était plus "simplement d’arriver dans le temps imparti de 30 minutes, mais aussi de ne pas mettre en danger les autres usagers de la route." Au regard des éléments du dossier, dont des images de caméras de vidéoprotection qualifiées comme "effarantes", le ministère public a donc requis quatre ans de prison, dont trois ans assortis d’une durée probatoire de deux ans avec exécution provisoire ; un an de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé et exécution provisoire ; une obligation de soins ; une obligation d’indemnités pour les parties civiles ainsi que pour les frais de justice engagés ; d’une peine complémentaire l’interdisant d’exercer le métier d’ambulancier à vie et d’une seconde peine complémentaire annulant son permis de conduire à vie assortie d’une interdiction de dix ans pour passer l’examen, soit la durée maximale.
"J’ai eu du mal à m’exprimer et j’en suis désolé. Je pense aux familles. Je n’ai rien d’autre à ajouter", déclarera finalement l’ambulancier entre des sanglots. Le délibéré sera rendu mardi 27 octobre.
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