Rémi Zinck, maire Les Ecologistes du 4e arrondissement de Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Après les scènes de pillage en marge de la manifestation du 17 octobre, Rémi Zinck dénonce des débordements prémédités : "On assiste à du pillage et à de l’opportunisme, mais aussi, il faut le dire, à du pillage organisé. Pendant que des gamins pillaient, ce qui est tout à fait condamnable, des adultes organisaient des pillages de manière beaucoup plus importante, et c’est tout aussi scandaleux". Le maire écologiste du 4e arrondissement déplore aussi que les revendications des manifestants et des lycéens aient été reléguées par les scènes d'émeutes urbaines. "On se rend compte depuis plusieurs années qu’aller manifester, même de manière pacifique, c’est aussi se mettre en danger. Ce n’est pas normal. Il y a donc sans doute des questions à se poser au niveau de l’État sur la manière dont on gère les manifestants et les manifestations, afin de permettre une expression démocratique tout à fait naturelle et constitutionnelle, tout en séparant les gens qui sont là pour casser", ajoute-t-il.
L'élu écologiste évoque aussi un sujet d'actualité dans son arrondissement avec l'ouverture de l'ancien internat Favre à 130 jeunes mineurs non accompagnés : "ces jeunes étaient dans ce square des Chartreux depuis plusieurs mois, voire plusieurs années maintenant, et dont personne ne voulait s’occuper (...) Lyon prend donc sa responsabilité parce qu’il est insupportable pour beaucoup de Lyonnais, dont je fais partie, de voir des jeunes à la rue. D’autant plus que nous avions désormais un bâtiment disponible. C’est donc naturellement que nous avons ouvert cette possibilité".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Rémi Zinck
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Rémi Zinck. Bonjour. Vous êtes maire Les Écologistes du 4e arrondissement, dont il devait être presque exclusivement question dans cet entretien consacré notamment à la situation des jeunes mineurs du jardin des Chartreux, qui ont été relogés par la Ville à l’internat Favre. Nous allons en parler, mais avant tout, je voulais revenir sur les événements de ce samedi 17 octobre en Presqu’île, avec une manifestation, puis un cortège de pilleurs et de casseurs qui ont dévalisé des boutiques et des commerces de la Presqu’île de Lyon. Nous avons aussi vu des attaques contre des symboles de l’État à Lyon, contre l’office du tourisme. C’est quelque chose que vous aviez connu personnellement dans le 4e arrondissement en 2023, puisque la mairie avait été en partie incendiée. Faites-vous comme Emmanuel Macron en parlant de factieux ? Est-ce qu’on en est là, en France, aujourd’hui ?
Avant de vous répondre, je voudrais d’abord apporter mes encouragements et mon soutien aux gens qui ont été victimes de ce qui s’est passé samedi. Les commerçants, c’est ce qui est le plus visible. Des commerces ont été détruits, avec aussi, sans doute pour eux, une meurtrissure dans leur chair en voyant leur travail anéanti par quelques minutes de pillage. Il y a aussi les manifestants pacifiques : certains ont pu manifester pacifiquement, mais leur message a été érodé par la manifestation des pilleurs et des casseurs.
Je me souviens très bien de ce que j’ai vécu à la mairie du 4e arrondissement il y a trois ans. Un mouvement d’émeutes se produit dans ces situations, où l’on a l’impression que les gens perdent la raison et s’en prennent à ce qui peut représenter pour eux le pouvoir. Cela peut être un bâtiment institutionnel, comme l’office du tourisme, ou un magasin qui représente une certaine forme de pouvoir économique. On assiste à du pillage et à de l’opportunisme, mais aussi, il faut le dire, à du pillage organisé. Pendant que des gamins pillaient, ce qui est tout à fait condamnable, des adultes organisaient des pillages de manière beaucoup plus importante, et c’est tout aussi scandaleux.
Étiez-vous à la manifestation, ou faut-il vraiment distinguer la manifestation de ce qui a eu lieu après, comme deux phénomènes distincts ?
Pour moi, il y a deux phénomènes distincts. Il y a des gens qui avaient la volonté de manifester, notamment des lycéens et ceux qui les soutiennent. On sentait bien depuis quelques jours que la tension montait. Le samedi est favorable à cela parce que les gens ne travaillent pas et sont disponibles. Il y a aussi les vacances scolaires. Cela a fait un cocktail un peu explosif qui était sans doute prévisible, que certains avaient en tout cas prévu pour profiter de cette situation, c’est certain.
Grégory Doucet a demandé à rencontrer le Premier ministre et demande plus de moyens policiers. Avez-vous l’impression qu’à Lyon, les forces de l’ordre peuvent encadrer, gérer et garantir la tranquillité publique en ce moment ?
C’est ce qu’elles devraient faire tout au long de l’année. Hélas, on se rend compte depuis plusieurs années qu’aller manifester, même de manière pacifique, c’est aussi se mettre en danger. Ce n’est pas normal. Il y a donc sans doute des questions à se poser au niveau de l’État sur la manière dont on gère les manifestants et les manifestations, afin de permettre une expression démocratique tout à fait naturelle et constitutionnelle, tout en séparant les gens qui sont là pour casser.
Est-ce que la Ville peut faire quelque chose ? Nous avons vu Grégory Doucet aller rencontrer les commerçants, pour lesquels il était, d’une certaine manière, le représentant de l’État, de la République, et qui lui ont reproché son action, alors que le maintien de l’ordre dans la manifestation ne relève pas de la police municipale, mais de la police nationale. Est-ce que la Ville doit faire quelque chose si l’État ne le fait pas ?
Ce n’est pas du tout dans les prérogatives de la police municipale de rétablir l’ordre. Vous parliez de Grégory Doucet, qui a parfois été vilipendé alors qu’à ses côtés se trouvait le préfet, et c’est là qu’est la responsabilité. C’est un peu injuste. C’est aussi le jeu de la notoriété qui provoque ce genre de réactions. On peut également mettre cela sur le compte de la colère et de la peur que peuvent éprouver les habitants. Des réactions se produisent, mais une fois cela passé, à quelques jours de cet événement, il faut aussi retrouver la raison, voir quelles en sont les causes et ce que chacun peut faire. Dans ce domaine, l’État a un grand rôle à jouer.
Il peut être question de l’État dans l’autre sujet dont nous allons parler maintenant : l’internat Favre, qui accueille aujourd’hui 140 jeunes mineurs qui étaient dans un campement au jardin des Chartreux. La Ville de Lyon les a mis à l’abri, tout en rappelant que ce n’est pas sa compétence. Vous vous êtes félicité de cette décision en tant que maire du 4e arrondissement. Qui aurait dû le faire ?
On sait que ce sont des jeunes qui sont arrivés, qui sont mineurs. Ce sont des adolescents, il faut le rappeler, ils ont moins de 18 ans. Ils ont été déboutés de leur demande de reconnaissance de minorité dans un premier temps et font appel devant la justice, devant le juge des enfants, pour faire reconnaître cette minorité. Entre ces deux temps judiciaires, il y a un vide qui fait que personne ne s’en occupe : ils sont à la rue. C’est ce qui s’est passé pour ces jeunes qui étaient dans ce square des Chartreux depuis plusieurs mois, voire plusieurs années maintenant, et dont personne ne voulait s’occuper.
Nous avons « profité » de l’internat Favre, qui s’est libéré après avoir précédemment accueilli des adolescents, pour pouvoir les accueillir. En quelques semaines, nous avons organisé l’aménagement de l’intérieur, le transfert de ces jeunes et leur recensement, de manière à les mettre à l’abri, à pouvoir suivre leur parcours judiciaire de reconnaissance de minorité et à les accompagner dans leur scolarité. C’est déjà le cas, puisqu’ils sont, pour la plupart, scolarisés par des associations, afin qu’ils puissent s’intégrer dans notre République. C’est l’objectif.
Ce lieu va leur être ouvert pendant combien de temps ?
Ce lieu leur est ouvert pendant 18 mois. Nous avons pris un certain nombre de jeunes qui étaient aux Chartreux, auxquels nous avons ajouté quelques autres jeunes mineurs qui n’étaient pas dans le square des Chartreux. Nous arrivons à un effectif d’environ 130 jeunes, ce qui correspondait à notre capacité d’accueil à l’intérieur de l’internat.
Une capacité d’accueil qui est presque déjà sous-dimensionnée au regard des besoins, quand on regarde les différents campements qui peuvent exister un peu partout dans la ville de Lyon.
D’autant plus sous-dimensionnée que les communes périphériques, notamment de droite, refusent d’accueillir des mineurs alors qu’elles ont des locaux. Il y a un rejet des communes périphériques, qui se disent que Lyon peut se débrouiller, alors qu’il s’agit d’une compétence métropolitaine dans certains cas, et de l’État aussi. Lyon prend donc sa responsabilité parce qu’il est insupportable pour beaucoup de Lyonnais, dont je fais partie, de voir des jeunes à la rue. D’autant plus que nous avions désormais un bâtiment disponible. C’est donc naturellement que nous avons ouvert cette possibilité. Il n’y a pas eu beaucoup de discussions. Cela a été une décision rapide à prendre parce que c’était une décision partagée.

Il n'y a pas de la place dans sa mairie ?