Deux jours après les violences du samedi 17 octobre, les conséquences des pillages restent visibles dans le centre de Lyon. Pour les commerçants touchés, l’heure est au nettoyage et aux démarches auprès des assurances.
Ce lundi 19 octobre, la Presqu’île lyonnaise a retrouvé le calme. Mais un calme presque angoissant, témoignant du chaos du 17 octobre. Derrière les passants et les touristes qui déambulent dans les rues, les dégâts du week-end restent bien visibles. Certains s’arrêtent devant les vitrines brisées, d’autres sortent leur téléphone pour photographier les devantures dégradées. De l’Hôtel de Ville à la place Carnot, les commerces portent encore les traces des violences survenues en marge de la mobilisation contre la vie chère.

Tags, vitres fracassées, portes forcées ou boutiques entièrement pillées… Les dégâts varient d’une enseigne à l’autre. Par endroits, l’odeur des fumées et des gaz lacrymogènes persiste et remonte dans les narines. Pour les commerçants, derrière les pertes matérielles, c’est aussi le sentiment d’avoir vu des années de travail mises à mal en quelques heures seulement.
"J’ai eu peur pour ma boutique, mais surtout pour ma vie"
Virgine, fleuriste au kiosque situé place de la République, a été directement exposée aux débordements. "On n’avait pas forcément pris de précautions. On a juste eu le temps de sortir", raconte-t-elle. La fleuriste explique avoir fermé vers 13h30, lorsqu’elle a vu arriver "plein de personnes habillées tout en noir". "Comme on est situé en plein centre, on est toujours au cœur des émeutes, donc on doit toujours être à l’affût en cas de débordement", explique-t-elle.

Cette fois, la peur a dominé ses sentiments. "J’ai eu peur pour ma boutique, certes, mais surtout pour ma vie, car on ne sait pas jusqu’où ils peuvent aller." Les vitres de son kiosque ont été dégradées. Si aucun pillage n’a été commis, les réparations s’annoncent néanmoins coûteuses. "On va attendre les assurances. On ne peut faire que ça malheureusement et prier pour ne pas que ça recommence", résume-t-elle.
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Nettoyer pour rouvrir le plus tôt possible
Dans une boutique de cigarettes électroniques de la Presqu’île, le constat est encore plus lourd. Julie (prénom modifié) a retrouvé son commerce ce lundi matin complètement saccagé après le passage des casseurs. "Je passe les trois quarts de ma vie ici, donc ça m’attriste car j’ai l’impression que tous mes efforts sont partis en fumée", confie la responsable. "Pour le moment, on nettoie et on essaie de tout remettre en place le plus rapidement possible pour pouvoir accueillir nos clients." Mais la perspective d’un nouveau rassemblement ce samedi 24 octobre commence à gagner les esprits. "On fera tout le nécessaire pour mettre en sécurité les produits", prévient-elle. Pour l’heure, le montant des dégâts reste difficile à chiffrer. Dans cette seule boutique, il pourrait toutefois atteindre plusieurs milliers d’euros.

Un responsable d’un magasin de vêtements de sport fait lui aussi face à un bilan particulièrement lourd. Pourtant, son enseigne avait anticipé les risques en fermant ses grilles. Les protections n’ont pas résisté aux dégradations. À l’intérieur, il ne reste que quelques paires de chaussures et quelques vêtements. Le reste a été volé ou saccagé. Là encore, le montant définitif des pertes n’est pas encore connu, mais il pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Au fil des rues, les réactions des passants traduisent la consternation face à l’ampleur des dégradations. "C’est une catastrophe. Comment peut-on être aussi violent, n’avoir aucune pitié pour ces pauvres commerçants ?", s’indigne une habituée des lieux. Un message revient régulièrement dans les témoignages recueillis : "Courage à vous". Clotilde, qui habite le 6e arrondissement de Lyon, dit avoir été particulièrement touchée par les images laissées par les violences. "Ça me fait mal au cœur pour les commerçants, ils n’ont rien demandé. Et surtout, ça fait peur, car il risque d’y avoir de nouveaux rassemblements", confie-t-elle.

Entre 150 et 200 commerces touchés
Au total, 162 commerces auraient été attaqués et pillés selon l’association My Presqu’île. Philippe Valentin, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne, évoquait ce lundi une estimation comprise entre 150 et 200 commerces. Face à cette situation, Véronique Sarselli a annoncé le déblocage d’un fonds d’urgence de 10 millions d’euros par la Métropole de Lyon pour venir en aide aux commerçants et artisans touchés. La CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne mobilise également une aide de 3 000 euros par commerçant concerné. À ce dispositif s’ajoute une aide de 1 500 euros proposée par la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA), cumulable avec celle de la CCI.
Ces annonces représentent un premier soutien, mais le retour à la normale prendra du temps pour certains commerces. D’autant plus qu’il faut déjà se préparer à l’acte II du mouvement, annoncé ce samedi 24 octobre.
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