Philippe Lamy, président de l'association la Renaissance du Vieux-Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
À l’occasion des 80 ans de l'association la Renaissance du Vieux-Lyon, deux guides-conférencières diplômées, Delphine Godefroy et Stéphanie Petit, invitent, dimanche 18 octobre, à porter un autre regard sur l’un des quartiers les plus emblématiques de Lyon.
Louis Pradel a-t-il réellement envisagé de percer une grande voie à travers le Vieux-Lyon ? C’est autour de cette question intrigante que Stéphanie Petit propose une visite-enquête, au départ de Saint-Just. Dans les années 1960, la Renaissance du Vieux-Lyon s’était mobilisée contre un projet d’aménagement prêté au maire de l’époque, qui aurait bouleversé le quartier dans le prolongement du pont Maréchal Juin. Devenu l’un des épisodes marquants de l’histoire de l’association, ce combat soulève aujourd’hui de nouvelles interrogations. Car si le projet est resté dans les mémoires, certains chercheurs questionnent désormais son existence même. De Saint-Just jusqu’aux quais de Saône, Stéphanie Petit invite les participants à suivre les indices, à revisiter les faits et à démêler ce qui relève de l’histoire, de la mémoire collective ou de la légende.
Le président de l’association, Philippe Lamy, le reconnaît lui-même : "cela reste une interrogation. Il faut mener une enquête historique pour avoir la réponse." Une chose est sûre : entre Herriot et Pradel, le quartier souffrait d’une très mauvaise image, et la volonté de l’"assainir" était bien réelle. Reste à en trouver la trace écrite. "Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est de retrouver les éléments d’archives qui permettent de formaliser cette volonté. Nous n’avons pas encore retrouvé d’éléments complètement précis." De Saint-Just jusqu’aux quais de Saône, Stéphanie Petit invite les participants à suivre les indices, à revisiter les faits et à démêler ce qui relève de l’histoire, de la mémoire collective ou de la légende.
Lire aussi : Comment le Vieux-Lyon a échappé à la destruction il y a 60 ans

Après avoir exploré les mystères du passé, Stéphanie Petit propose cette fois de faire un bond de vingt ans dans le futur. Nous voici en 2046, année où la Renaissance du Vieux-Lyon célébrera son centenaire. À quoi ressemblera alors le quartier ? Quelles traces de notre époque laisserons-nous aux générations futures ? Et quel patrimoine choisirons-nous de préserver ou de réinventer ? Au fil d’une visite aussi insolite que prospective, la guide invite les participants à imaginer le Vieux-Lyon de demain, avec une bonne dose d’humour et de fantaisie. Une manière originale de porter un autre regard sur le patrimoine : non plus seulement comme un héritage à protéger, mais aussi comme un avenir à inventer collectivement.
Pour Philippe Lamy, le maître-mot sera l’adaptation : faire en sorte que le Vieux-Lyon reste "un quartier vivant, animé et dynamique, comme il l’est aujourd’hui, mais aussi un quartier préservé". Une adaptation au changement climatique, mais aussi aux évolutions de la société, avec des ménages et des logements de plus en plus petits. Le bâti ancien a des atouts, mais il n’a pas été conçu pour les défis actuels. Dans un périmètre inscrit à l’UNESCO, la tâche est délicate, sans être impossible : végétalisation, isolation des immeubles… "Nous avons déjà des pistes et un certain nombre d’exemples qui montrent que nous pouvons le faire sans que cela soit forcément visible."
L’enjeu reste celui qui a fait naître l’association : éviter que le quartier ne devienne un musée. Sur ses 33 hectares vivent environ 6 000 habitants, auxquels s’ajoutent les actifs (palais de justice, établissements d’enseignement et culturels, artisans d’art, commerçants) et les visiteurs, estimés entre 2 et 2,5 millions par an. "L’idée, pour conserver un quartier habité, est de maintenir un équilibre entre ces trois composantes : les habitants, les actifs et les touristes." Plutôt que de surtourisme, Philippe Lamy parle d’une "surdensité à certains endroits", notamment autour de la Longue Traboule, alors que vingt-quatr autres traboules ouvertes au public restent bien moins fréquentées.
Informations pratiques :
- "Louis Pradel a-t-il vraiment voulu éventrer le Vieux-Lyon ?"
Dimanche 18 octobre à 15h et samedi 24 octobre à 14h30
- "Le Vieux-Lyon… en 2046"
Dimanche 18 octobre à 10h et samedi 14 novembre à 14h30
- "Lyon à l’épreuve de l’UNESCO"
Dimanche 18 octobre à 16h dimanche 1er novembre à 16h et samedi 21novembre à 16h
Réservation obligatoire sur la page HelloAsso de la Renaissance du Vieux-Lyon
Durée : 2h
Tarif : 5 € par visite
La retranscription intégrale de l'entretien avec Philippe Lamy
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Philippe Lamy. Bonjour.
Bonjour Guillaume.
Philippe Lamy, vous êtes président de l'association Renaissance du Vieux-Lyon. L'association fête ses 80 ans cette année. Beaucoup de choses sont organisées, notamment des conférences assez intéressantes. Deux conférences vont avoir lieu ces prochains jours. Une première sur le thème : « Pradel a-t-il vraiment voulu éventrer le Vieux-Lyon ? » Nous allons en parler. Et une autre conférence sur le Vieux-Lyon en 2046. Une première question : Pradel a-t-il réellement voulu éventrer le Vieux-Lyon ?
Cela reste une interrogation. Il faut mener une enquête historique pour avoir la réponse.
Parce que l'association Renaissance du Vieux-Lyon s'est justement créée à partir de cette idée que le Vieux-Lyon allait être détruit, avec la volonté de sauver le quartier. Aujourd'hui, on se rend compte que nous n'avons pas forcément les documents écrits, les traces ou les preuves écrites de cette volonté de destruction.
Ce sont justement ces traces que nous recherchons. Nous savons que, globalement, entre Herriot et Pradel, le Vieux-Lyon avait une très mauvaise image. Il existait donc une volonté d'assainir le Vieux-Lyon. Je crois que l'on parlait même d'« équarrir le Vieux-Lyon » à une certaine époque.
Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est de retrouver les éléments d'archives qui permettent de formaliser cette volonté. Nous n'avons pas encore retrouvé d'éléments complètement précis. Et si nous affirmons que Pradel n'a pas voulu démolir ou détruire le Vieux-Lyon, nous ne trouverons pas non plus d'éléments qui le disent.
Cette question demeure donc. Tous les Lyonnais ont grandi avec cette idée que le Vieux-Lyon avait été menacé de destruction. Cela n'enlève rien à l'action de l'association Renaissance du Vieux-Lyon, grâce à laquelle le quartier a pu être sauvé. Parlons maintenant de l'avenir, parce que l'intérêt de ces 80 ans est de regarder en arrière, mais surtout de regarder devant soi. À quoi pourrait ressembler le Vieux-Lyon en 2046 ? Quels seront les objectifs ?
Le Vieux-Lyon en 2046, c'est l'une de nos pistes de réflexion. L'idée sera sans doute celle de l'adaptation. Il faudra faire en sorte que le Vieux-Lyon reste un quartier vivant, animé et dynamique, comme il l'est aujourd'hui, mais aussi un quartier préservé, puisque nous avons un patrimoine Renaissance exceptionnel.
Quand vous parlez d'adaptation, vous pensez notamment à l'adaptation au changement climatique ?
Au changement climatique, mais aussi aux changements de société. Nous savons que les ménages sont de plus en plus petits et que nous vivons dans des logements de plus en plus petits. Il s'agit donc d'une adaptation globale à la vie moderne, dont fait effectivement partie le changement climatique.
Nous savons que les bâtiments anciens possèdent des qualités pour faire face à ces évolutions, mais ils ne sont pas parfaits non plus, puisqu'ils n'ont pas été construits à une époque où le changement climatique se posait dans les mêmes termes. Il faut donc mettre en œuvre tout ce qui est nécessaire pour qu'ils restent habitables.
J'imagine que c'est plus compliqué pour ce patrimoine qui fait partie du périmètre inscrit à l'UNESCO. Il existe des règles à respecter et on ne peut pas faire n'importe quoi en matière de bâti. Est-ce plus compliqué d'adapter ces bâtiments au changement climatique ?
C'est à la fois plus compliqué, mais cela donne aussi des pistes d'action, puisque nous avons une bonne partie de ce bâti qui est déjà très agréable à vivre. Une autre partie devra être adaptée.
Il faut donc trouver les bonnes solutions qui préservent ce patrimoine tout en permettant cette adaptation. Cela passe notamment par la végétalisation et l'isolation des immeubles. Nous avons déjà des pistes et un certain nombre d'exemples qui montrent que nous pouvons le faire sans que cela soit forcément visible.
Si nous nous projetons dans 20 ans, l'objectif pour le Vieux-Lyon est donc de préserver son histoire, son âme et son bâti, tout en évitant qu'il devienne un musée. C'était d'ailleurs l'objectif initial de l'association Renaissance du Vieux-Lyon : faire en sorte que ce quartier ne devienne pas un musée.
Oui, le Vieux-Lyon est un petit quartier. Il représente finalement 33 hectares et c'est un quartier complètement habité.
Combien compte-t-il d'habitants aujourd'hui ?
Nous estimons sa population entre 5 000 et 6 000 habitants, plutôt 6 000. Il y a les habitants, mais aussi ceux que nous pourrions appeler les actifs, c'est-à-dire les personnes qui viennent y travailler tous les jours. Nous avons le palais de justice, beaucoup d'établissements d'enseignement, de nombreux établissements culturels et beaucoup d'artisans d'art que l'on ne voit pas forcément dans l'espace public, mais qui sont bien présents. Nous avons également des commerces, avec une véritable activité commerciale. Enfin, la troisième composante, ce sont les visiteurs et les touristes, qui sont toujours nombreux. L'idée, pour conserver un quartier habité, est de maintenir un équilibre entre ces trois composantes : les habitants, les actifs et les touristes.
Il me semble avoir lu que le Vieux-Lyon accueillait, bon an mal an, entre 2 et 2,5 millions de visiteurs. Vous me direz si mon chiffre est exact.
Oui, sans doute. C'est aussi ce que l'on dit pour Fourvière, mais il s'agit à peu près du même ensemble.
Peut-on parler de surtourisme dans le Vieux-Lyon ? Est-ce un terme approprié ?
Je pense que nous avons peut-être une surdensité à certains endroits. Nous savons qu'il existe trois ou quatre points particuliers où il y a peut-être trop de monde. Mais à l'échelle de l'ensemble du quartier, il existe des secteurs où l'on peut vivre tranquillement.
Quels sont ces quatre points ?
Nous avons deux ou trois traboules qui s'enchaînent autour de la Longue Traboule et qui sont effectivement surfréquentées par les visiteurs. Mais à côté de cette Longue Traboule, nous en avons 24 autres qui sont ouvertes au public et dans lesquelles il y a beaucoup moins de monde.
Un travail va donc être mené sur ce sujet, notamment avec la Ville, j'imagine ?
Oui. Pour le moment, notre idée est de limiter un peu le nombre de visiteurs. Il faut également souligner que l'office de tourisme prend des mesures assez importantes, notamment avec les petits audiophones qui permettent aux guides de ne plus parler fort dans les traboules pendant les visites.
Un guide de bonnes pratiques de visite a également été mis en place pour permettre de respecter véritablement les habitants.
Pour en savoir plus sur ces visites, sur la question « Pradel a-t-il voulu éventrer le Vieux-Lyon ? » et surtout sur l'avenir du Vieux-Lyon en 2046, rendez-vous sur lyoncapitale.fr. Merci Philippe Lamy d'être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Pour plus d'informations, rendez-vous évidemment sur www.lyoncapitale.fr. À très bientôt !
