Eric Dejean-Servières, président des salons Préventica

"L'IA va générer de nouveaux stress au travail" (Eric Dejean-Servières, président de Préventica)

Eric Dejean-Servières, président de Préventica, salon dédié à la santé, la sécurité et la qualité de vie au travail, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Plus vite, plus de tâches, plus de pression : avec l'intelligence artificielle, nos conditions de travail risquent de se durcir, prévient Éric Dejean-Servières, président de Préventica,. "Si, du fait que l'IA existe, on vous demande trois fois plus de choses […], cela va générer, bien sûr, de nouveaux stress". Pour lui, l'IA, c'est avant tout "plus vite, plus fort, plus souvent, plus rapide, plus immédiat".

Pas question pour autant de la diaboliser : outil de prévention ou nouveau risque ? "C'est les deux." Il compare l'IA au télétravail, d'abord présenté comme idéal après le Covid, avant de révéler son lot de stress, de mauvaise ergonomie et d'isolement. Résultat : beaucoup de salariés demandent aujourd'hui à revenir au bureau.

Ce débat s'inscrit dans un changement plus profond des attentes. Au-delà du salaire, les salariés, et surtout les plus jeunes, veulent "beaucoup de sens, beaucoup de sécurité, beaucoup de qualité de vie au travail". La prévention ne se limite plus aux accidents : elle inclut la santé mentale et le bien-être, car vie professionnelle et vie personnelle sont liées. "La santé est un tout", résume-t-il.

C'est cette évolution que suit Préventica, qui fête sa 50e édition du 6 au 8 octobre à Eurexpo Lyon, avec environ 500 exposants et 15 000 professionnels attendus. Autrefois consacré à la santé-sécurité, le salon est désormais celui de la santé et de la qualité de vie au travail. Son message : des salariés bien dans leur travail sont aussi plus efficaces, et l'entreprise y gagne. Une "action globale positive".


La retranscription intégrale de l'entretien avec Eric Dejean-Servières

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de « 6 minutes chrono ». Nous accueillons aujourd’hui Éric Dejean-Servières, président de Préventica. Du 6 au 8 octobre, Préventica célèbre sa 50e édition à Eurexpo Lyon. Santé mentale, intelligence artificielle, management, prévention des risques : à peu près 500 exposants et 15 000 professionnels sont attendus autour des grandes mutations du travail. Cela fait partie du top 10 des salons à Lyon. Ce que je disais : 50e édition, et vous observez le travail en Auvergne-Rhône-Alpes depuis 25 ans. Quelle est, selon vous, la transformation la plus profonde que vous avez vue au fil des éditions ?

C’est une vaste question. Il y a beaucoup de transformations. Vous l’avez dit, la vocation de Préventica depuis 25 ans, c’est effectivement d’observer les mutations, d’observer les populations, les gens qui arrivent sur le marché du travail. Aujourd’hui, ce qu’on peut dire, c’est qu’on est à un croisement. On a des générations X, Y qui arrivent dans le monde du travail, et puis on a des gens de 40, 45 ans, des gens de 60 ans. On s’aperçoit que les comportements et les attentes sont assez différents entre ce qu’étaient les attentes des gens il y a 40 ans et celles des juniors aujourd’hui.

On a toujours parlé, pour la jeune génération, de quête de sens avant tout.

Quête de sens, exactement. Aujourd’hui, un jeune qui arrive sur le marché du travail, au-delà de son salaire et de l’intérêt du boulot, veut beaucoup de sens, veut beaucoup de sécurité, veut beaucoup de qualité de vie au travail, de bienveillance. C’est pour cela qu’il y a 25 ans, notre salon, Préventica, c’était le rendez-vous pour la santé et la sécurité au travail. Aujourd’hui, c’est le salon pour la santé et la qualité de vie au travail. Aujourd’hui, c’est cela, l’attente des collaborateurs.

La question que je voulais vous poser, c’est qu’effectivement, dans la prévention, on est un peu passé de la sécurité physique à la santé globale, finalement. C’est un peu cela, quand même ?

Exactement. On est passé de la santé physique à la santé mentale, au bien-être au travail, à la qualité globale de l’environnement de travail. Aujourd’hui, vous avez raison de parler de santé globale parce que la santé globale, c’est la santé d’un individu. Un individu travaille et vit aussi au niveau personnel. Aujourd’hui, on a l’habitude de dire que la santé est un tout. D’ailleurs, une chute qui se produit à la maison peut entraîner un problème au travail et, également, une maladie professionnelle contractée dans le cadre du travail va générer des problématiques au niveau personnel. Cela veut dire qu’effectivement, dans nos études, dans nos analyses, dans nos conférences, on a tendance à regarder globalement la personne qui travaille et sa santé, sa santé globale.

Le sujet dont on parle forcément, c’est l’IA. La conférence d’ouverture porte justement sur l’impact de l’IA sur la qualité de vie et les conditions de travail. Est-ce qu’on peut dire que l’IA est d’abord un outil de prévention ou un nouveau facteur de risque à prévenir ?

On va dire que c’est les deux, comme tout, comme le télétravail, par exemple. Quand on a fortement développé le télétravail après le Covid, on a dit : "C’est génial, c’est l’idéal", notamment pour les jeunes qui veulent moins de trajets, peut-être plus de confort, etc. Le télétravail, c’était génial : on peut le faire, on travaille chez soi, avec son rythme, avec ses horaires. Mais on s’est vite aperçu que le télétravail engendrait des problèmes, tout simplement de stress, d’inconfort. Celui qui travaille chez lui n’a pas forcément un bureau adapté, un siège adapté. Il a peut-être un tout petit écran. Et, au final, il a beaucoup moins de relations avec ses collègues. Comme l’être humain a besoin de relations avec les autres, on s’est aperçu que le télétravail n’était pas la solution idéale. Aujourd’hui, beaucoup de salariés demandent à revenir dans l’entreprise. Pour l’IA, c’est pareil. L’IA, bien sûr, c’est une révolution. Bien sûr que cela apporte beaucoup de choses, non seulement dans le travail, mais dans toutes les activités, dans la vie personnelle. Mais qu’est-ce que signifie l’IA ? Cela veut dire : plus vite, plus fort, plus souvent, plus rapide, plus immédiat.

Donc, les conditions de travail peuvent en être impactées ?

Les conditions de travail, forcément, vont en être impactées. Pendant le Covid, on disait qu’on avait mis un coup de projecteur sur les soignants. Les soignants étaient vraiment harcelés d’actualité et d’activité dans leur travail. Il fallait gérer plus de patients, il fallait passer plus de temps, faire plus d’heures, avoir plus d’activité, plus d’improvisation, etc. Aujourd’hui, c’est pareil pour l’IA : si, du fait que l’IA existe, on vous demande trois fois plus de choses, on va vous demander de préparer vos interviews beaucoup plus rapidement, d’en faire beaucoup plus chaque jour, etc. Cela va générer, bien sûr, de nouveaux stress. Ce qui nous intéresse chez Préventica, c’est de regarder le monde du travail en général, dans tous les secteurs d’activité, à l’hôpital, dans la fonction publique, dans l’industrie, et de regarder quel est le meilleur ratio entre l’organisation du travail, la qualité de vie et la satisfaction au travail. Sachant que, derrière, des collaborateurs satisfaits et cohérents seront plus efficients et que c’est donc positif pour l’entreprise. C’est une action globale positive.

"Action globale positive" , ce sera le dernier mot de notre entretien. Merci, en tout cas, d’être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Et pour plus d’informations sur l’actualité lyonnaise : www.lyoncapitale.fr. À très bientôt. Merci, au revoir.

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