Benjamin Badouard
Benjamin Badouard

Métropole de Lyon : "la majorité de Mme Sarselli vote contre tout ce qui a été proposé auparavant", déplore Benjamin Badouard

Benjamin Badouard, conseiller écologiste métropolitain, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Le conseil métropolitain de ce lundi 28 septembre a acté la suppression du RSJ (revenu de solidarité jeunes) mis en place par la majorité métropolitaine écologiste lors du mandat précédent, honorant rapidement une promesse de campagne de Véronique Sarselli. "Le RSJ s’adresse aux jeunes qui n’ont vraiment rien, qui passent entre les mailles du filet et ne bénéficient d’aucune aide (...) Cet arrêt brutal est difficile. Je crains qu’avec l’arrêt des dispositifs qui permettaient de loger et d’accompagner les jeunes, ainsi que d’autres mesures comme l’encadrement des loyers, nous retrouvions de plus en plus de ces jeunes à la rue, dans des squats ou aux mains de marchands de sommeil", regrette Benjamin Badouard.

Le conseiller métropolitain s'agace aussi des orientations de la Métropole de Lyon sur le pont de l'Université où la majorité a abandonné un projet de passage de la Voie lyonnaise 8 : "j’ai l’impression, la majorité de Mme Sarselli vote contre tout ce qui a été proposé auparavant, surtout dès que cela touche aux vélos. Sur le pont de l’Université, c’est très problématique. Nous avions lancé les études en vue des travaux sur ce pont, indispensables en raison du vieillissement de sa structure. Nous avions prévu de modifier la voirie, ce qui est logique puisque les déplacements évoluent avec le temps. Aujourd’hui, quatre voies automobiles vont dans le même sens. C’est le seul endroit à Lyon où il y en a quatre dans le même sens : une véritable autoroute urbaine".

La retranscription intégrale de l'entretien avec Benjamin Badouard

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Benjamin Badouard. Vous êtes conseiller métropolitain écologiste. Avant d’évoquer les sujets abordés au conseil métropolitain de ce lundi, je voulais revenir sur l’actualité de dimanche : les élections sénatoriales dans le Rhône. Les écologistes perdent un sénateur, mais c’était presque anticipé. En revanche, la gauche a perdu un siège au Sénat. Il y avait plusieurs listes, notamment celle de Bruno Bernard, qui s’est montée in extremis. Est-ce cette liste qui a coûté un siège à la gauche ? Avez-vous pu constater, lors de ces élections sénatoriales, le prix de la désunion ?

Il semble bien. C’est dommage, nous sommes déçus. Nous avions un accord local et surtout national avec les Verts. Je réponds aussi en tant que membre de la direction des Écologistes : il y avait un accord national grâce auquel nous pouvions gagner des sièges ailleurs, ce qui n’a pas été le cas, malheureusement, notamment du fait de cette désunion locale. C’est malheureux : la gauche perd une place au Sénat dans le Rhône.

Pour reprendre une expression consacrée dans le sport, comment vit le groupe à la Métropole ? Bruno Bernard, qui a présidé la Métropole et qui fait partie de votre groupe, a été l’un des acteurs, presque à la surprise générale, de cette désunion. Cela va-t-il laisser des traces en interne à la Métropole ?

Il y aura évidemment un temps d’atterrissage, parce que ce n’était pas prévu et que cela ne faisait pas partie de l’union de départ. Il y aura un temps d’atterrissage, mais je ne doute pas que nous repartirons rapidement. Et puis, je ne sais pas si nous avons la chance, ou surtout la malchance, d’avoir une droite en face de nous à la Métropole qui fait que nous avons vraiment de quoi nous concentrer.

Venons-en justement à ces dossiers métropolitains. Lors de la séance plénière de ce lundi, l’abandon d’un projet que vous, les écologistes, aviez lancé a été acté : une voie lyonnaise qui devait emprunter le pont de l’Université. La Métropole dirigée par Véronique Sarselli a choisi de préserver le nombre de voies réservées aux automobiles. Est-ce anecdotique ? S’agit-il simplement d’un tronçon de voie lyonnaise de 200 mètres qui ne se fera pas, sur un réseau de 250 kilomètres ? Ou est-ce, pour vous, le début d’un grand recul pour les pistes cyclables ?

Nous le constatons depuis quelques mois : un peu par principe, j’ai l’impression, la majorité de Mme Sarselli vote contre tout ce qui a été proposé auparavant, surtout dès que cela touche aux vélos. Sur le pont de l’Université, c’est très problématique. Nous avions lancé les études en vue des travaux sur ce pont, indispensables en raison du vieillissement de sa structure. Nous avions prévu de modifier la voirie, ce qui est logique puisque les déplacements évoluent avec le temps. Aujourd’hui, quatre voies automobiles vont dans le même sens. C’est le seul endroit à Lyon où il y en a quatre dans le même sens : une véritable autoroute urbaine. Je pense que cela date à peu près des années 1960. Nous avions donc prévu deux voies automobiles, parce qu’il y a aussi beaucoup moins de voitures sur ce pont : 30 % de moins en cinq ans. Nous avions également prévu une voie pour les bus, parce que nous voulons développer les transports en commun, ainsi que la suite de la voie lyonnaise, déjà présente sur le pont de l’Université, pour rejoindre ensuite la rive droite du Rhône. Sur la rive droite, si le projet se fait, il sera toujours possible de le réaliser. Il existe aussi une possibilité de sortie : aujourd’hui, les vélos circulent avec les bus et peuvent donc quitter cette voie lyonnaise 8.

Vous auriez pu envisager un scénario avec trois voies automobiles, peut-être sans voie de bus en site propre, mais avec une piste cyclable. Cela aurait pu être un compromis. Vous évoquiez le projet de la rive droite : faudra-t-il trouver des compromis entre la Ville de Lyon écologiste et une Métropole qui ne l’est plus ?

À ce jour, nous sommes ouverts à la discussion. La Métropole avait dit qu’elle mènerait les projets en consultant les maires. Or, nous n’avons pas du tout été informés de cette décision, ce qui est problématique. Nous sommes prêts à retravailler la voirie sur le pont. Nous verrons ensuite quel compromis peut être trouvé. Aujourd’hui, c’est un passage en force. Nous tendons la main à la Métropole pour revoir ce projet et permettre aux vélos de quitter les trottoirs. Il faut avoir à l’esprit qu’aujourd’hui, des milliers de cyclistes et de piétons se croisent sur les trottoirs de ce pont, et que c’est dangereux. Les cyclistes ne veulent pas circuler sur la chaussée parce qu’il y a quatre voies automobiles : c’est une autoroute urbaine, comme je l’ai dit. Ils se retrouvent donc coincés sur les trottoirs avec les piétons. C’est problématique. Nous sommes ouverts à la discussion et souhaitons que ce projet évolue.

Un autre projet que vous aviez porté durant le mandat précédent a été abandonné lors du conseil métropolitain de ce lundi. Cette fois, il n’y a pas de surprise, puisque c’était un engagement de campagne de Véronique Sarselli : la suppression du RSJ, le revenu de solidarité jeunes, dispositif expérimental porté par la Métropole de Lyon. La droite expliquait qu’on ne pouvait pas faire de chèque en blanc aux jeunes et que le bilan était finalement assez famélique : le dispositif ne leur permettait pas forcément de retrouver un parcours de vie plus classique.

J’invite vraiment la droite à discuter avec les jeunes aidés par le RSJ lorsqu’elle dit que le bilan est famélique. Nous avons entendu hier, en conseil, des exemples et des témoignages de jeunes qui ont été aidés. Ce RSJ leur permet vraiment de sortir de la misère. Il leur permet de trouver un emploi.

Pour toucher le RSJ, il faut avoir moins de 25 ans.

Tout à fait. Le RSJ s’adresse aux jeunes qui n’ont vraiment rien, qui passent entre les mailles du filet et ne bénéficient d’aucune aide. Il avait, et a encore aujourd’hui, pour objectif de les aider à trouver un emploi, une formation ou tout simplement un logement, et même à retrouver leur dignité. On commence par là. Cet arrêt brutal est difficile. Je crains qu’avec l’arrêt des dispositifs qui permettaient de loger et d’accompagner les jeunes, ainsi que d’autres mesures comme l’encadrement des loyers, nous retrouvions de plus en plus de ces jeunes à la rue, dans des squats ou aux mains de marchands de sommeil. Nous ne comprenons pas la politique de la Métropole aujourd’hui. Les associations qui travaillent sur la solidarité ne la comprennent pas non plus. C’est un vrai problème, c’est effrayant.

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