Nadia Debbache assure la défense de la jeune fille ayant déposé plainte pour “viols et agressions sexuelles aggravés” à l’encontre du père Plessy, alors directeur de l’institution des Chartreux.
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Affaire Plessy : “On retrouve la volonté de minimiser les faits et de protéger l’institution”

Nadia Debbache assure la défense de la jeune fille ayant déposé plainte pour “viols et agressions sexuelles aggravés” à l’encontre du père Plessy, alors directeur de l’institution des Chartreux. Ancienne avocate de l’association de victimes “La Parole libérée” dans l’affaire Barbarin, elle revient sur le détail de ses accusations. À retrouver en kiosque dans notre numéro du 25 septembre.

Vous qualifiez les faits subis par votre cliente de “viols et agressions sexuelles aggravés”. Quels éléments juridiques fondent cette qualification ?

Cette qualification s’impose par deux critères prévus par la loi : la position d’autorité du mis en cause, directeur général des Chartreux et supérieur de l’institution, et la vulnérabilité de ma cliente. Pour moi, cette qualification ne faisait aucun doute en prenant en considération la loi du 6 novembre 2025 modifiant la définition du viol. L’enquête initiale, ouverte sur signalement d’une enseignante, ne visait que des agressions sexuelles aggravées. C’est lors du dépôt de notre plainte que nous avons demandé l’extension aux faits de viol aggravé.

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Le diocèse affirme que la jeune fille avait elle-même utilisé le mot “relation” et qu’il ne pouvait pas qualifier les faits. Pourquoi ce terme ne vous convient pas ?

C’est odieux d’affirmer cela. Ma cliente a contacté la cellule d’écoute du diocèse alors qu’elle était complètement déboussolée, dissociée et traumatisée, incapable d’analyser ce qu’elle vivait. En examinant les échanges, on s’aperçoit que ce mot vient de la cellule d’écoute elle-même. Employer le mot “relation” sous-entend un rapport consenti. Le diocèse prétend ne pas trancher, mais il prend position et valide la thèse d’une relation partagée. Dès la sortie du communiqué du diocèse le 2 septembre, j’ai envoyé un courriel puis un courrier exigeant une rectification. Ils n’ont jamais répondu. Résultat : ma cliente a été insultée sur les réseaux sociaux et a subi une forte décompensation constatée par son psychiatre.

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De quels éléments disposez-vous quant au mécanisme d’emprise subi par votre cliente ?

Le premier contact a eu lieu alors qu’elle était mineure. Connaissant sa vulnérabilité, le mis en cause s’est immiscé dans sa vie jusqu’à l’isoler de tous les adultes référents dont ses propres parents. Il a écarté sa psychologue en affirmant qu’elle ne servait à rien. Il cumulait toutes les casquettes : directeur, supérieur religieux, guide spirituel et même médecin, prétendant avoir étudié la médecine au séminaire. Il lui posait des diagnostics, lui prescrivait du repos et lui interdisait de voir des docteurs. Il a aussi exercé un chantage au suicide et des menaces, affirmant que tout révéler le détruirait. C’est de l’emprise totale et de la contrainte absolue.

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Comment les alertes ont-elles été lancées et comment l’affaire a-t-elle fini par parvenir à la gendarmerie ?

Aux Chartreux, le système d’alerte était verrouillé car tout remontait au directeur général, qui réprimandait ensuite la victime d’avoir parlé de son mal-être au personnel des Chartreux. Ma cliente a cherché de l’aide à l’extérieur au printemps via notamment S.O.S Amitié, Nightline et une messagerie diocésaine basculée vers la cellule d’écoute début juin. Le 16 juin, une enseignante a alerté le vicaire général qui l’a renvoyée vers la cellule d’écoute. Là, son contact de la cellule d’écoute a reconnu qu’elle avait “déjà deviné” qui était concerné. Devant l’absence de réaction du diocèse, alors que ma cliente échangeait avec eux depuis des semaines, l’enseignante a fait un signalement à la brigade des mineurs le 19 juin. C’est ce signalement qui a enclenché l’enquête. Pendant ce temps, entre le 5 juin et le 3 juillet, les viols se poursuivaient, entraînant consécutivement des blessures physiques sur ma cliente.

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Quels dysfonctionnements précis reprochez-vous à la cellule d’écoute du diocèse dont vous demandez l’audit ?

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