Le sénateur écologiste Thomas Dossus dénonce la radicalisation de la droite au Sénat et appelle la gauche à faire bloc lors des sénatoriales dans le Rhône.
Avant que l'ancien président écologiste de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, ne dépose une liste dissidente à gauche, Thomas Dossus, séanteur sortant, espérait profiter des divisions de la droite pour faire aussi bien qu'en 2020 et mener la liste qui arrivera en tête des élections sénatoriales dans le Rhône. Thomas Dossus justifie le périmètre de sa liste d'union de la gauche sans les Insoumis : "À Lyon ou ailleurs, les Insoumis siègent dans nos oppositions. Donc, c’est une élection d’élus. Aujourd’hui, je n’allais pas demander à des élus qui vivent des conseils municipaux avec des Insoumis dans leur opposition de voter pour une liste qui pouvait les faire élire au Sénat. C’était, à mon avis, incompréhensible et illisible, sachant que nous-mêmes, nous siégeons dans l’opposition aux villes insoumises".
Le sénateur sortant appelle surtout à l'union de la gauche pour se poser en contre-pouvoir au Sénat où la droite devrait rester majoritaire : "On a vu une droite dériver au Sénat de façon très dure et c’est pour ça que, moi, j’appelle au sursaut et au rassemblement le plus large de la gauche pour qu’on puisse envoyer le maximum de sénateurs et sénatrices de gauche au Sénat".
L'entretien a été réalisé avant que l'ancien président écologiste de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, ne dépose une liste dissidente à gauche.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Thomas Dossus
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Thomas Dossus. Bonjour. Vous êtes sénateur sortant Les Écologistes et tête de liste pour un nouveau mandat sur une liste d’union de la gauche qui rassemble Les Écologistes, les socialistes, les communistes et Place publique. Sans les Insoumis. En fait, on est à peu près sur ce qui s’est passé aux municipales à Lyon et aux métropolitaines, avec plus ou moins de bonheur. Est-ce que vous espérez que, cette fois-ci, l’issue sera plus positive ? Puisque vous êtes sur le rassemblement qui a perdu la Métropole, on peut le voir comme ça.
Oui, c’est aussi le rassemblement qui a gagné à Lyon, à Villeurbanne. Effectivement, c’est un périmètre politique que les élus, en tout cas les grands électeurs, connaissent bien, sur lequel j’avais déjà fait une campagne en 2020, qui était arrivée en tête aux élections sénatoriales. Et donc, j’espère réitérer ce score, en tout cas au moins arriver en tête dimanche 27 septembre. Effectivement, c’est un périmètre qui est lisible, sur lequel on regroupe les forces politiques qui gouvernent actuellement à Lyon, Villeurbanne et dans d’autres villes de gauche. Et effectivement, on va essayer de reproduire ce qu’on a fait en 2020, et je pense que c’est le plus lisible.
Pourquoi c’est le plus lisible ? Parce qu’il n’y avait pas d’envie de travailler avec les Insoumis, de manière réciproque ?
Non, l’enjeu, c’est qu’on comprenne bien ce qu’on fait. À Lyon ou ailleurs, les Insoumis siègent dans nos oppositions. Donc, c’est une élection d’élus. Aujourd’hui, je n’allais pas demander à des élus qui vivent des conseils municipaux avec des Insoumis dans leur opposition de voter pour une liste qui pouvait les faire élire au Sénat. C’était, à mon avis, incompréhensible et illisible, sachant que nous-mêmes, nous siégeons dans l’opposition aux villes insoumises.
Le problème, ou en tout cas l’enjeu, c’est que les Insoumis ont conquis des villes sur la gauche et que, quelque part, ça a créé un clivage qui, six mois après l’élection municipale, était compliqué à résorber. Et qui est illustré aussi par la présence d’Hélène Geoffroy, ancienne maire de Vaulx-en-Velin, battue par un candidat insoumis aux élections municipales. La perte de ces trois villes, est-ce qu’elle peut se traduire par la perte d’un siège ? Vous aviez gagné trois sièges en 2020. La gauche a été plutôt sur le reculoir aux élections municipales. On dit souvent que les sénatoriales, c’est une transposition quasi mécanique des dernières élections municipales. Est-ce que ça veut dire que vous partez déjà en sachant qu’il y a un siège de perdu ?
Non, ça va être plus compliqué, effectivement, d’avoir le troisième siège à gauche. C’est là où va se jouer un peu cette élection. Mais j’espère que le Rhône enverra trois sénateurs de gauche, au final. J’espère qu’ils seront les trois sur ma liste, parce que je pense que, globalement, on a besoin aujourd’hui de faire bloc face à la droite. Les LR, quoi qu’ils en disent, sont extrêmement durs au Sénat. C’est la droite la plus réactionnaire actuellement en capacité d’impulser des changements législatifs. Et donc, on a besoin aujourd’hui de ce rassemblement. Moi, c’est ce que je porte. Je porte le rassemblement de la gauche pour aller le plus loin possible sur les résultats de dimanche 27 septembre. Parce que, encore une fois, on est dans un moment très compliqué où la droite s’est radicalisée et donc la gauche doit faire bloc.
La gauche est minoritaire au Sénat depuis quasiment une dizaine d’années. Elle a eu la majorité pendant trois ans sous la Ve République, sous François Hollande, à cheval sur la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Finalement, quelle est votre latitude ? Qu’est-ce que peut faire un groupe d’opposition plus ou moins fourni au Sénat ? Les résultats n’ont pas été bons à Lyon, ils ont été pires dans le reste de la France. La gauche est un peu tassée à cette élection municipale, pour être poli.
Mais la réalité, c’est qu’on arrive quand même à travailler au Sénat et à conquérir des majorités. Si je prends le mandat précédent, nous avons réussi à faire inscrire l’IVG dans la Constitution. C’est une impulsion qui est venue du groupe écologiste et qui a pu obtenir une majorité à l’Assemblée, au Sénat et au Congrès. Donc, on arrive parfois à travailler ensemble et, encore une fois, quand la droite va trop loin, on arrive à construire des majorités pour s’opposer aux pires dérives, avec le bloc central notamment. L’enjeu, il est là. L’enjeu au Sénat, c’est d’arriver à conquérir des majorités pour éviter que la droite dérive trop loin.
Il y a aussi une année présidentielle qui arrive et peut-être que le Sénat aura une importance puisque le Sénat, globalement, est un peu préservé de certaines poussées extrémistes à gauche ou à l’extrême droite que l’on peut voir dans les collectivités ou à l’Assemblée nationale. En revanche, que ce soit le RN ou LFI, ce sont des forces qui ne sont pas ou peu représentées au Sénat. Comment imaginez-vous le rôle du Sénat demain, avec peut-être un de ces deux partis au pouvoir ?
Alors attention, on réfléchit un peu en trompe-l’œil. Le Sénat, qui est vu comme un pôle de stabilité parce qu’il y a une majorité très claire, n’est pas à l’abri des tentations extrémistes. La réalité, c’est que la droite, aujourd’hui majoritaire au Sénat, est le moteur des pires reculs sociaux, environnementaux, ou même sur la loi immigration. On a vu que la droite a fait voter des tas de dispositions anticonstitutionnelles au Sénat. Ce n’est pas à l’Assemblée que ces dispositions ont été votées. Et donc, aujourd’hui, le Sénat est un pôle de stabilité, mais n’est pas à l’abri de la radicalité politique.
Vous le voyez comme peut-être un moteur d’une union des droites ?
Oui, c’est ce qu’on peut voir parfois. Parfois, il y a une forte proximité. On le voit depuis ma position dans l’hémicycle : on voit des dialogues fortement convergents entre les quelques sénateurs d’extrême droite et les propos qui sont tenus par certains sénateurs de droite, notamment tirés par leur président de groupe, Bruno Retailleau. On a vu une droite dériver au Sénat de façon très dure et c’est pour ça que, moi, j’appelle au sursaut et au rassemblement le plus large de la gauche pour qu’on puisse envoyer le maximum de sénateurs et sénatrices de gauche au Sénat.
Pour le coup, la droite locale, vous y êtes bien, avec la présence de pas moins de quatre listes estampillées plus ou moins Les Républicains. Est-ce que, finalement, la division de la droite peut vous offrir ce troisième siège ?
Évidemment. Évidemment que la division de la droite est, quelque part, une opportunité pour nous pour envoyer ce troisième siège de gauche. C’est notre objectif. La division de la droite, elle n’a pas lieu sur des lignes politiques. Elle a lieu sur des querelles personnelles, d’hommes surtout, puisque ce sont des hommes qui veulent évidemment être élus en prenant les têtes de liste et puis contourner, quelque part, la loi sur la parité. Et donc, on voit que la droite a ses vieux réflexes paternalistes. Aujourd’hui, on a besoin de s’appuyer là-dessus pour envoyer le troisième siège à la gauche.
