Sénatoriales dans le Rhône : Sébastien Michel, tête de liste LR, défend une droite modérée et revient sur les divisions de son camp.
La nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits a chamboulé l'ordonnancement de la liste LR pour les sénatoriales au début de l'été. Sébastien Michel, maire d'Ecully, le remplace après avoir l'impasse sur un poste de vice-président à la Métropole pour se consacrer à sa vie professionnelle. "C’est quelque chose que je n’avais pas forcément envisagé. Mais, à un moment donné, quand les conditions sont réunies, il faut se poser la question : où est-ce que je peux être le plus utile ? En tant que maire depuis 2020, j’ai très souvent râlé, pesté contre le fait qu’on était souvent empêchés, entravés par l’État, par les règlements, par les normes qui étaient votées au niveau national. Et donc, oui, j’ai pris la décision, fort de la sollicitation d’un certain nombre de collègues élus, de Catherine Di Folco et de mon parti, de la majorité sénatoriale, puisque j’ai le soutien de la majorité sénatoriale, qui va au-delà des LR avec l’Union centriste. J’ai décidé d’y aller en me disant que c’était peut-être bien aussi d’avoir des maires ancrés sur le terrain et d’apporter une forme de renouvellement que je conjugue avec l’expérience de ma numéro 2, Catherine Di Folco", justifie-t-il.
Sur sa route, il croisera une autre liste estampillée de la majorité sénatoriale de droite et menée par Christophe Guilloteau, président LR du département du Nouveau Rhône. "Je regrette cette division. Effectivement, nous, avec Catherine Di Folco, on a tendu la main à de multiples reprises aux différents candidats. Ça n’a pas réussi, ça n’a pas fonctionné. C’est sûr que ce serait sans doute mieux, en termes de lisibilité et de clarté, si on était tous réunis", déplore-t-il.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Sébastien Michel
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale, qui est de retour après l’été pour cette rentrée studieuse. Une rentrée politique qui va être animée, notamment par les élections sénatoriales. Aujourd’hui, nous recevons Sébastien Michel. Vous êtes tête de liste de la liste Les Républicains pour ces élections sénatoriales.
C’est une forme de surprise de vous voir là. Le candidat officiel devait être François-Noël Buffet. Il a été nommé Défenseur des droits, il y avait donc une place à prendre, mais on ne s’attendait pas forcément à vous, puisqu’on en était resté au fait que vous aviez été réélu maire d’Écully en mars et que vous aviez décliné des postes de vice-président à la Métropole de Lyon en disant que vous préfériez vous consacrer à votre ville et à votre carrière professionnelle. Et là, on vous retrouve prêt à tout abandonner si vous êtes élu le 27 septembre. Qu’est-ce qui justifie ce changement de pied professionnel et politique ?
La vie politique est pleine de surprises. C’est vrai que c’est quelque chose que je n’avais pas forcément envisagé. Mais, à un moment donné, quand les conditions sont réunies, il faut se poser la question : où est-ce que je peux être le plus utile ? En tant que maire depuis 2020, j’ai très souvent râlé, pesté contre le fait qu’on était souvent empêchés, entravés par l’État, par les règlements, par les normes qui étaient votées au niveau national. Et donc, oui, j’ai pris la décision, fort de la sollicitation d’un certain nombre de collègues élus, de Catherine Di Folco et de mon parti, de la majorité sénatoriale, puisque j’ai le soutien de la majorité sénatoriale, qui va au-delà des LR avec l’Union centriste. J’ai décidé d’y aller en me disant que c’était peut-être bien aussi d’avoir des maires ancrés sur le terrain et d’apporter une forme de renouvellement que je conjugue avec l’expérience de ma numéro 2, Catherine Di Folco.
Sur le papier, votre liste est la grande favorite des élections sénatoriales, puisque c’est finalement la transposition quasi mécanique des élections municipales qui ont eu lieu en mars dernier et où on a vu la droite conquérir des villes, conquérir aussi la Métropole de Lyon, même si elle fournit assez peu de grands électeurs, et maintenir ses positions dans le Nouveau Rhône, qui compte pour quasiment un tiers des grands électeurs. Sauf que la droite, qui s’était unie à Lyon pour les métropolitaines et pour les municipales, se désunit complètement pour les sénatoriales. Il n’y a pas moins de quatre listes de droite. Comment expliquez-vous cette division ? Parce qu’en plus, ce qui est particulier, c’est que vous dites que vous représentez la majorité sénatoriale, mais le dissident numéro 1, Christophe Guilloteau, peut dire la même chose ?
Je regrette cette division. Effectivement, nous, avec Catherine Di Folco, on a tendu la main à de multiples reprises aux différents candidats. Ça n’a pas réussi, ça n’a pas fonctionné. C’est sûr que ce serait sans doute mieux, en termes de lisibilité et de clarté, si on était tous réunis. Mais je vois finalement, dans cette pléthore d’offres politiques, que les grands électeurs auront le choix et qu’il faut s’en remettre à eux. Vous parliez de favoris. Moi, j’ai beaucoup d’humilité dans cette élection. On fait ce travail de terrain jour après jour, heure après heure, pour aller rencontrer les grands électeurs et, in fine, ce sont eux qui auront le dernier mot. Donc, moi, je m’en remets au bon sens des grands électeurs du territoire pour faire le meilleur choix. Vous savez, on vit dans un monde, dans une société de plus en plus fragmentée, de plus en plus divisée. Force est de constater que la classe politique n’est pas épargnée. Je le regrette parce que, pour moi, la politique, ça doit être avant tout du collectif et des convictions. J’observe que c’est malheureusement de moins en moins le cas et je ne peux que le déplorer.
Mais qu’est-ce que ça change, par exemple, pour un grand électeur de droite, un conseiller municipal LR ou sympathisant LR, de voter pour vous ou pour Christophe Guilloteau ? Est-ce qu’il y a fondamentalement quelque chose qui change ? C’est un concours de popularité, si j’ose dire, c’est l’élection du délégué de classe, ou il y a quand même une ligne politique légèrement différente ?
Sur la ligne politique, j’aurais tendance à dire qu’il n’y a pas beaucoup de différences. On incarne aussi deux territoires différents, des générations différentes, peut-être des manières de faire de la politique différentes. Et, une fois de plus, moi, je ne suis pas dans cette campagne pour parler de mes rivaux. Je suis là dans cette campagne pour porter des thématiques, pour porter une méthode et pour aller crier très fort à Paris qu’il y a trop de normes, qu’on n’a plus d’autonomie dans nos collectivités et que je pense que les solutions dont a besoin le pays viendront beaucoup plus du territoire que du national. Et donc, c’est ça que j’ai envie de porter, beaucoup plus que de commenter les listes et les positions des uns ou des autres.
Vous avez plutôt, vous, une étiquette de droite modérée localement, ce qui était aussi, par exemple, le cas de François-Noël Buffet. La droite sénatoriale, elle, est peut-être un peu plus à droite. Est-ce que c’est la conception que vous en avez ? Est-ce que vous pouvez vous sentir à l’aise dans ce qu’est la majorité sénatoriale, qui, souvent, a eu tendance à durcir les lois du gouvernement ?
J’observe surtout que la majorité sénatoriale est diverse. Il y a M. Marseille avec l’UDI, donc il y a quand même une vraie composante centriste. Après, vous avez raison, moi, je m’inscris dans une tradition de droite modérée. Je l’ai toujours défendue, y compris en portant des thématiques sur la transition écologique et sur d’autres sujets. Je me sens parfaitement à l’aise. Je pense que François-Noël Buffet était parfaitement intégré à la majorité sénatoriale. Il a d’ailleurs eu des responsabilités éminentes, en tant que président de la commission des lois notamment. Et donc, moi, je m’inscris dans cette lignée-là, qui correspond, je crois, assez bien à l’ADN de ce qu’est notre Métropole de Lyon : ce besoin d’ouverture, de dialogue, de modération, de nuance dans un monde qui en manque cruellement.
Parce que comment envisagez-vous, vous, le rôle de sénateur ? On présente souvent le Sénat comme un contre-pouvoir. Là, c’était aussi un outil qui permettait d’ajuster des majorités, vu qu’il n’y en a pas en ce moment à l’Assemblée nationale. Comment vous projetez-vous dans le futur, avec les élections présidentielle et législatives qui vont peut-être aussi rebattre les cartes ?
Il y a trois choses. D’abord, premièrement, je crois que le Sénat, c’est le pôle de stabilité aujourd’hui qui permet à la République de continuer à tenir debout. On voit ce qui se passe et le spectacle souvent désolant qui est offert à l’Assemblée nationale. Le Sénat, c’est un pôle de stabilité. Ça travaille sur le fond, sur les textes, et moi, j’ai envie d’y contribuer. Puis, derrière, vous avez raison, il y a une élection présidentielle qui arrive l’année prochaine et donc il y a deux possibilités. Soit un candidat de la droite et du centre, quel qu’il soit, même si j’ai ma préférence, est élu, et il faudra, je crois, des sénateurs et des parlementaires courageux pour voter des textes avec beaucoup d’ambition, notamment sur le sujet de la dépense publique et de la simplification. Soit, malheureusement, le pays passera dans les extrêmes, je pense notamment à Madame Le Pen, et, dans ce cas-là, il faudra des élus encore plus droits dans leurs bottes et des sénateurs courageux qui soient capables de jouer ce rôle de contre-pouvoir pour éviter que le pays ne s’abîme.

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