Littérature : un bouleversant portrait d’aïeux

La rentrée littéraire de septembre 2025 avait couronné une tendance particulière. Celle qui consiste à se pencher sur l’existence intime d’aïeux plus ou moins lointains.

Emmanuel Carrère avec Kolkhoze, Anne Berest avec Finistère ont superbement illustré ce mouvement. Tandis que Laurent Mauvignier obtint un Goncourt bien mérité avec La Maison vide, une émouvante fresque familiale.

Retrouvera-t-on cette tendance lors de cette nouvelle rentrée littéraire ? Il est trop tôt pour le dire. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec Après Mireille, l’écrivain lyonnais Robin Josserand (auteur de deux romans remarqués, Un Adolescent amoureux et Prélude à son absence) livre un portrait de son arrière-grand-mère, Mireille Calmet, à la fois touchant et complexe.

Une femme qu’il n’a pas connue puisqu’elle est décédée en 1989, trois ans avant sa naissance. Mais il s’est plongé dans les deux livres qu’elle a publiés, Sous le signe du triangle et Le Pain blanc.

Le premier fait le récit de sa déportation en 1944, elle était résistante et a probablement été dénoncée. Le second est une autofiction inspirée par son enfance d’orpheline, confiée à l’assistance publique puis à une famille d’adoption.

Malgré ces témoignages de première main, sa vie demeure nimbée de mystère. Parce que la (sur)vie dans un camp de concentration relève de l’indicible. Et parce qu’après son retour à la vie civile, celle qui fut une femme héroïque devint une mère et une grand-mère fracassée, au caractère âpre et rugueux, pas des plus commodes…

Si bien que sa famille n’a pas vraiment entretenu sa mémoire, quand elle ne l’a pas occultée. Robin Josserand mène l’enquête, scrute les rares photos et documents qu’il parvient à exhumer, revient sur les lieux tragiques de son existence.

Opiniâtrement, il interroge les membres de sa descendance qui l’ont connue. Tout particulièrement son grand-père, avec qui se noue une relation indéfectible. Au point que, dans une sorte de bascule, le portrait de l’arrière-grand-mère devient le portrait du grand-père. Et c’est bouleversant.

Après Mireille – Robin Josserand, éditions Mercure de France, 160 p., 18 €.

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