Suzanne de Baecque © Marie Clauzade

“Mémoire de fille” au TNP : la toute première fois d’Annie Ernaux

En ouverture de saison au TNP, Sarah Kohm propose une adaptation scénique “augmentée” du roman d’Annie Ernaux, Mémoire de fille. Avec l’excellentissime Suzanne de Baecque.

Que certains puissent critiquer l’engagement idéologique, à l’extrême gauche, d’Annie Ernaux,
soit. Mais en ce qui concerne son œuvre littéraire, qui lui a valu le prix Nobel de littérature en 2022, on peut difficilement en contester la force et la justesse.

Son roman, Mémoire de fille, sorti en 2016 chez Gallimard,est emblématique de la manière dont elle parvient à toucher ses lecteurs. De son écriture sobre et dépouillée, qu’elle qualifie elle-même de “plate”, elle revit, 58 ans plus tard, sa jeunesse et son adolescence.

On retrouve la description de son milieu familial (son père qui tient un café-épicerie dans une petite ville de province, Yvetot), déjà présente dans La Place (prix Renaudot en 1984).

Mais surtout, elle revient sur l’été 1958 et sa première relation sexuelle. Elle est alors une séduisante jeune fille de 18 ans qui participe à une colonie de vacances dans l’Orne. Elle rencontre un jeune homme, un moniteur, avec qui elle va passer sa première nuit d’amour (ou ce qu’elle imagine comme telle).

Cette expérience, à la fois troublante et brutale, va douloureusement la marquer à jamais. Elle se remémore avec précision les détails de ces instants, l’attente, la peur, le désir, la brutalité, la douleur. Elle raconte l’onde de choc provoquée par ce moment et interroge la jeune fille qu’elle a été en passant de l’écriture d’hier à celle d’aujourd’hui.

Paroles féminines et féministes

C’est ce récit que la metteuse en scène allemande Sarah Kohm, épaulée par la comédienne Veronika Bachfisher, a adapté pour la scène, il y a quatre ans, à la Schaubühne de Berlin.

Elle recrée ce spectacle en France, pour le TNP, avec l’excellente Suzanne de Baecque (que l’on a vue aux Célestins dans Tenir debout et Quichotte). La comédienne incarne tour à tour la jeune Annie Ernaux de 1958 et l’écrivaine de 2016 (qui a alors 76 ans). Mais aussi elle-même puisqu’elle raconte sa propre “première fois” en 2012.

Autant de paroles féminines, féministes, qui se répondent, et engendrent une profonde réflexion sur la confusion entre désir et violence. Ainsi que sur la manière dont une blessure intime peut traverser toute une vie.

Mémoire de fille –Du 10 au 20 septembre au TNP de Villeurbanne

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