Le père Christian Delorme a reçu la médaille de la Ville de Lyon le 9 juillet. (Clemence Margall)

"Il a parlé sans prendre notre voix" : le père Christian Delorme honoré de la médaille de la Ville de Lyon

Le père Christian Delorme a reçu, jeudi 9 juillet, la médaille de la Ville de Lyon, honorant son engagement sans faille envers les minorités et les personnes dans le besoin.

"Compagnon de lutte", "porte-voix", "un ami", "une référence". Les qualificatifs viendraient presque à manquer pour décrire le père Christian Delorme. Figure religieuse de la lutte pour l’égalité des droits, des minorités et contre le racisme, le "curé des Minguettes", originaire du quartier de la Guillotière, n’a cessé de vouer sa vie aux causes qui lui étaient chères. En 1975, il s’alliera par exemple aux prostituées de Lyon pour occuper l’église Saint-Nizier, dans le 1er arrondissement, pour dénoncer les violences et discriminations de la police envers les travailleuses du sexe. Aux côtés de Toumi Djaidja, Djamel Atallah et du pasteur Jean Costil, Christian Delorme sera également à l’initiative de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Une vie de combats, qu'une liste exhaustive ne saurait résumer, saluée et honorée ce jeudi 9 juillet par la médaille de la Ville de Lyon.

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"Ne jamais accepter que l'on touche à un seul être humain"

"Je suis très impressionné par votre présence nombreuse. À la fois heureux de vous retrouver toutes et tous, et embarrassé, presque, de me retrouver au cœur de cette cérémonie à laquelle j’ai pourtant consenti", s’est d’abord amusé le père Christian Delorme. S’il a toutefois accepté d’être honoré ce jeudi, c’est avant tout pour alerter sur la "période dangereuse" que l’on connaît "ici en France et un peu partout dans le monde", "où une grande partie des progrès moraux, sociaux, juridiques et politiques hérités du Conseil national de la Résistance (…) sont gravement menacés."

Tout au long de son discours d’une dizaine de minutes le "curé des Minguettes", aura placé l’autre au centre, appelant, très ému, les uns et les autres à lutter contre la résurgence de l’antisémitisme et du racisme. "Je voudrais que nous puissions nous promettre de ne jamais accepter que l’on puisse toucher à un seul cheveu d’un juif parce que juif, à un seul cheveu d’un musulman parce que musulman, à un seul cheveu d’un noir parce que noir, à un seul cheveu de tout être humain en raison de son origine, de sa religion, de ses opinions philosophiques ou politiques, de son orientation sexuelle." Le père Christian Delorme a enfin remercié le maire de Lyon pour son action. "Toutes ces années, vous avez eu le souci de mettre en place une politique d’hospitalité qui permet de secourir autant qu’elle le peut. Pour cela, c’est moi, ce soir, qui vous dit un merci tout particulier", a-t-il confié à Grégory Doucet, lui aussi, ému aux larmes.

Le maire de Lyon a, lui, salué "ces gestes" qui disent "toute l’extrême cohérence" de l’homme d’Église. "Fidèle à la tradition humaniste de Lyon, ville d’imprimeurs, de feuilles qui circulent, de textes qui déplacent le regard… Vous arrivez, vous aussi, à interpeller la société pour rendre visibles les vies qu’elle ne veut pas voir", a-t-il déclaré. Et de résumer : "Vous accompagnez sans confisquer. Vous organisez, rédigez. Vous aidez les paroles oubliées à se tenir droites dans l’espace public. Ce geste reviendra souvent : rendre audible sans prendre la place." Un engagement "qui appartient surtout au présent, a encore souligné l’édile, qui continue de travailler notre manière de regarder la vie et de nous demander où se situent nos seuils, nos angles morts." Et qui oblige enfin "à écouter les voix blessées, inquiètes, qui n’ont pas toujours les codes, les voix qui demandent une place dans la cité."

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"Il a parlé sans prendre notre voix"

Quelques instants plus tôt, plusieurs témoignages de proches et amis sont venus confirmer l’humilité et l’engagement qui caractérisent le père Christian Delorme. "En 1975, citoyennes et prostituées en ont eu marre d’être stigmatisées, marre d’être tuées, en ont eu marre des arrestations de la police, marre de la menace d’être enfermées à la prison de Montluc et d’avoir cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête qui aurait pu leur retirer la garde de leurs enfants", a raconté Cybèle Lespérance. Et d’ajouter : "Christian Delorme a rapidement compris comment être un allié efficace. Il était là, il était présent, avait pris le temps de nous connaître. Il s’est fait crayon, dactylo… Il a parlé sans prendre notre voix." Saluant par ailleurs "un compagnon de lutte" et "un pilier sur lequel s’appuyer", la jeune femme l’a enfin remercié de s’être "exposé aux stigmates des personnes stigmatisées" afin de leur venir en aide. Un soutien aux "marginaux" confirmé quelques instants plus tard par Ibrahima Diallo et Ibrahim Koné, anciens demandeurs d’asile. "Le père Delorme nous a soutenus moralement, matériellement et dignement. Il nous a accompagnés pour obtenir nos droits auprès de la Métropole de Lyon. Pour nous, le père est une référence", a souri l’un deux.

Farid L’Haoua, membre de l’association de solidarité avec tous les immigrés (ASTI) a préféré l’image du puzzle pour décrire sa relation avec le "curé des Minguettes", filant la métaphore d’une vie parsemée de rencontres décisives. "J’ai toujours admiré cette façon d’appréhender la violence par la non-violence. Tu es un ami, un grand frère, une référence dans ce que je veux encore dire. Et je te dis à demain, parce que le chemin vers la justice, l’égalité et l’unité est loin d’être atteint", a-t-il confié à Christian Delorme. Une amitié et une admiration partagée par Michael Barer et Ruth Quazama, co-fondateurs de l'association Les Racines de Demain, qui se sont dits "très heureux de la reconnaissance" faite à l’action "incroyable" menée au fils des années par Christian Delorme, notamment pour le dialogue interreligieux.

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