“je ne suis pas certain que nous allons arriver à vivre encore des décennies dans la paix” Christian Delorme © Antoine Merlet
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Christian Delorme, prêtre engagé : “L’immigration est un besoin démographique”

Connu comme le “curé des Minguettes” dans l’Est lyonnais, Christian Delorme est l’un des initiateurs de la grande marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Aujourd’hui prêtre à Caluire, il s’est lancé dans trois jours de jeûne pour dénoncer la maltraitance des migrants à Calais. Lyon Capitale a rencontré ce dernier grand témoin du catholicisme social.

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?

Christian Delorme : J’ai du mal à me définir comme une grande gueule. Dans ma vie, j’ai souvent émis des contestations mais toujours avec le souci de trouver très vite un terrain d’entente. J’essaie de ne pas avoir une attitude qui crée la rupture dans la relation. Je me définis davantage comme quelqu’un qui essaie de pousser un cri, de temps en temps, en faveur des personnes en situation de détresse ou d’exclusion. Je pense que les pauvres, les exploités ont le droit d’être de grandes gueules. Pour ma part, ce n’est ni dans mon tempérament ni dans ma culture. Il est toutefois important d’être radical et de mener des actions ainsi.

Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui ?

Je suis plus inquiet que révolté. Ma génération a été majoritairement privilégiée avec les Trente Glorieuses et plus de 70 ans de paix. Ce n’était jamais arrivé dans l’histoire. Or, je m’aperçois que tout cela risque d’être ébranlé. Mon inquiétude ne se porte pas sur moi, je suis un vieux monsieur, mais sur les nouvelles générations. Sans être un oiseau de mauvais augure, je ne suis pas certain que nous allons arriver à vivre encore des décennies dans la paix. Je pense aux régimes populistes, au pouvoir de la Russie, au régime d’Erdogan en Turquie, au conflit Chine-USA, etc. et en parallèle à la montée d’idéologies mortifères en France. Ce sont des réminiscences d’un passé que nous avons combattu.


“Je ne suis pas certain que nous allons arriver à vivre encore des décennies dans la paix” Père Christian Delorme

Il y a de quoi être inquiet. S’il y a de la révolte ou de la colère, c’est devant l’incapacité des responsables politiques à voir plus loin que la prochaine élection. Personne ne se pose la question de ce que sera la société française dans 20 ans. Par exemple, nous savons tous que l’Europe est un continent vieillissant. Nous savons aussi que le renouvellement des populations ne se produit plus. Je pense que nous avons besoin de l’arrivée de populations jeunes. Et qu’entend-on dans le discours politique ? Fermons nos frontières ! C’est une vision court-termiste qui est aussi d’une inefficacité absolue.

Est-ce à dire que l’immigration est une espérance ?

J’en suis convaincu, et je ne suis pas le seul. Angela Merkel ne cesse de le dire. Si l’Europe veut continuer à exister comme un espace où la démocratie est vivante, il faut de nouvelles populations. Il ne s’agit pas d’accueillir n’importe comment. Aujourd’hui, contrairement à ce que l’on dit, nous ne sommes pas sous une pression migratoire incontrôlable. Nous pourrions avoir une vraie politique d’accueil avec des candidats à l’immigration. Pourquoi pas avec des contrats ? On pourrait avoir des formules avec des CDD et un plan de retour soutenu économiquement pour une création d’entreprise. Il y a beaucoup de choses impensées aujourd’hui. Quand je vois que ceux qui donnent la note ont des discours populistes…

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