Les Blanchisseuses de Marie Petiet, 1882 – Huile sur toile, musée Petiet, Limoux © Philippe Benoist – Images Bleu-sud, Limoux, Musée Petiet

Exposition dans le Haut-Beaujolais : rendre visible le travail des femmes à travers l’art

La manufacture du Haut-Beaujolais fait dialoguer ses collections avec des œuvres provenant d’autres musées et révèle la réalité du travail des femmes aux XIXe et XXe siècles.

À une heure de Lyon, près du somptueux lac des Sapins et son aire de baignade écologique unique en Europe, la Manufacture du Haut-Beaujolais à Thizy-les-Bourgs est à découvrir cet été.

Ouverte en 1880 et fermée en 1981, elle fabriquait entre autres les couvertures de la célèbre marque Le Chameau et a contribué avec ses 120 employés au développement de l’industrie textile dans le Beaujolais.

Rénovée par la communauté d’agglomération de l’Ouest Rhodanien, elle devient un écomusée – lieu conçu comme ayant un rôle social pour témoigner d’une histoire et faire réfléchir au travers de l’art sur des enjeux contemporains – qui propose outre un riche programme culturel et une Micro-Folie (galerie d’art numérique et ludique), deux expositions passionnantes.

La première (permanente) raconte avec des machines impressionnantes, vidéos et produits, l’histoire industrielle du territoire ; la seconde (temporaire et sous le commissariat de Laura Favre) Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques aborde au travers d’objets ethnologiques, tableaux, sculptures et photos, le travail des femmes, sa réalité et ses représentations aux XIXe et XXe siècles, accueillant notamment trois œuvres prêtées exceptionnellement par le musée d’Orsay dans le cadre de l’opération qu’il mène : “100 œuvres qui racontent le travail”.

Ces périodes choisies ne sont pas anodines car le XIXe siècle a été déterminant dans la structuration d’idéaux qui perdurent, rappelant qu’à cette époque l’industrie textile est l’un des premiers employeurs de femmes qui, contrairement à ce qu’on croit, ont intégré les usines bien avant le départ des hommes à la guerre.

Entre invisibilité du travail, clichés et évolutions

Prouvant que les femmes ont de fait toujours travaillé, l’exposition traite plusieurs thématiques. Le travail domestique : un travail invisible nommé aujourd’hui travail productif, axé sur l’attention aux autres – enfants, mari, foyer, malades – qui permet de maintenir la main-d’œuvre en forme pour aller travailler et dont les tâches se professionnaliseront progressivement (comme pour les infirmières bénévoles ou les blanchisseuses) mais toujours dans un rapport au travail influencé par l’essentialisme du XIXe qui considère que les différents sexes ont des attributs innés : douceur et soin pour les femmes, aventure et force pour les hommes.

Machine à coudre Singer modèle 15, 1927

Le travail à domicile, source de complément de salaire pour le foyer, qui favorise l’exploitation par les patrons avec horaires à rallonge et faible rémunération et les maintient au foyer pour s’occuper des enfants. L’apparition de la machine à coudre favorisera l’industrialisation du travail à domicile, la fameuse Singer exposée ici témoigne cependant d’une ambivalence entre émancipation et exploitation.

L’entrée des femmes dans l’usine démontre que c’est vraiment l’industrialisation qui a fait naître “la problématique de l’ouvrière” car elle fait sortir définitivement les femmes de la maison, leur travail devenant salarié et visibilisé. La société se demande alors si elles pourront s’occuper des enfants, les rendre solides et en bonne santé, la morale questionne le fait qu’hommes et femmes non mariés se trouvent dans un même lieu, tandis qu’elles sont interdites de cafés et de cabarets, comme l’apparition d’une indépendance financière. Très présentes dans l’industrie textile, les femmes le sont aussi dans les bureaux, il était admis que leur habilité à coudre améliorait la frappe sur le clavier de la machine à écrire.

La Famille aux champs, Marie Caire-Tonoir, 1890. Collection musée de la Vallée, Barcelonnette © T. Bayaud

Les femmes paysannes : les “plus silencieuses des femmes” évoque le fait qu’elles sont les plus invisibilisées, assignées à l’assistance au mari qui va de la basse-cour à la transformation des produits, au marché et à l’entretien du foyer tandis que l’homme est au labour et sur les foires. Ponctué de sculptures de femmes au corps contraint et courbé, cet espace distille un flot d’émotions prégnantes.

Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques – Jusqu’au 20 décembre à la Manufacture du Haut-Beaujolais, Thizy-les-Bourgs – lamanufacture.hautbeaujolais.fr

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