Le fleuron isérois des matériaux semi-conducteurs a annoncé un partenariat avec le chinois ZenSemi, pour produire des puces spécialisées dans les secteurs de l'IA, des véhicules électriques et de la robotique.
Quelques mois auparavant, Soitec recourait au chômage partiel sur son site historique. L'essoufflement du marché des smartphones avait fragilisé le groupe. Aujourd'hui, l'entreprise renoue avec la croissance. À Bernin, où elle emploie
1 600 salariés, la direction vient de sceller un accord avec ZenSemi, une fonderie spécialisée installée à Guangzhou, dans le sud de la Chine.
L'IA et l'automobile, nouveaux moteurs de croissance
L'explosion de l'intelligence artificielle générative et l'électrification massive des transports redessinent la demande mondiale. En particulier, le marché des puces de puissance connaît une croissance inédite. Ces composants n'ont rien à voir avec les puces de calcul produites par Nvidia. En effet, leur rôle consiste à gérer l'acheminement de l'énergie. Sans elles, ni les data centers d'IA, ni les robots humanoïdes, ni les véhicules électriques ne peuvent fonctionner.
C'est précisément sur ce segment que Soitec déploie sa technologie « Power-SOI ». Concrètement, il s'agit de plaques de silicium ultra-fines déposées sur une couche isolante. Couplée au procédé de fabrication BCD de ZenSemi, cette architecture présente un avantage décisif. Elle permet d'intégrer la haute tension et les circuits de contrôle sur une seule et même puce. Les premiers tests menés avec un client clé sont concluants. « Notre mise en œuvre basée sur le SOI permet une réduction d'environ 30 % de la taille de la puce par rapport aux procédés traditionnels », souligne René Jonker, directeur produit chez Soitec. Le gain s'accompagne d'une fiabilité thermique renforcée et d'un meilleur rendement énergétique.
Le pari industriel de la Chine
Pour passer du prototype à la production de masse, Soitec a choisi un partenaire au profil unique. ZenSemi opère en effet la première usine au monde de plaques 300 millimètres. Celle-ci est exclusivement dédiée aux procédés spécialisés.
Par ailleurs, le choix est avant tout pragmatique. La Chine compte la première flotte mondiale de véhicules électriques. Elle investit également des sommes considérables dans les infrastructures d'intelligence artificielle. En s'adossant à un industriel local, l'isérois s'ouvre un accès direct à ce marché gigantesque. Du côté chinois, l'ambition est clairement assumée. « Nous allons rapidement monter en puissance notre capacité de fabrication SOI-BCD 300 millimètres pour servir les sociétés de conception chinoises et les clients mondiaux », affirme Ruby Yan, vice-président ventes et marketing chez ZenSemi.
Le contexte géopolitique reste pourtant tendu, sur fond de restrictions technologiques occidentales. Soitec prend donc soin de préciser que la production issue de cette alliance desservira un marché mondial, et non strictement chinois. Pendant ce temps, son voisin de Crolles, STMicroelectronics, traverse une lourde restructuration. À l'inverse, l'entreprise de Bernin choisit d'accélérer plein est pour sécuriser son avenir technologique. Une stratégie validée immédiatement par la bourse : +8,4% à l'ouverture.
