Herminée Nurpétlian, directrice du festival Lyon BD
Herminée Nurpétlian, directrice du festival Lyon BD

Lyon BD : "l'idée n'est pas de reconstruire, mais de repartir sur des bases qui existent"

Herminée Nurpetlian, nouvelle directrice du festival international Lyon BD, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Lyon BD souffle cette année ses vingt bougies, non sans avoir traversé quelques turbulences. Pour relancer l'événement, l'association a fait le choix d'une directrice au profil inattendu : Herminée Nurpetlian, ancienne responsable du livre à l'Institut français du Liban, une femme de lettres qui apporte un regard neuf sur le le festival international Lyon BD.

Herminée Nurpetlian arrive à Lyon avec dix ans d'expérience dans l'organisation d'événements littéraires à Beyrouth. "Ces dix dernières années, j'étais à l'Institut français du Liban en tant que chargée du livre et du débat d'idées" explique-t-elle. C'est là qu'elle a fait ses armes sur le Salon du livre francophone de Beyrouth, qu'elle décrit comme "l'événement littéraire historique, le rendez-vous d'automne de chaque année, né au lendemain de la guerre civile".

Au fil des crises qui ont secoué le Liban, elle a appris à s'adapter. "Au Liban, c'est toujours comme ça : il faut s'adapter, se réinventer, retomber sur ses pattes", confie-t-elle. Mais après une décennie, l'envie d'ailleurs s'est imposée : "j'en avais fait le tour. Le milieu culturel est relativement restreint, et celui du livre l'est encore davantage. J'avais envie de franchir une étape."

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Reconstruire sur des fondations solides

Lyon BD n'est pas arrivé à ses 20 ans sans encombre. Covid, instabilité des équipes, désengagement de certaines tutelles : le festival a connu des années difficiles, comme beaucoup de structures culturelles. Un projet ambitieux de lieu pérenne dédié à la bande dessinée a notamment pesé lourd. "C'est un projet qui a toute sa pertinence pour une ville comme Lyon, mais qui est peut-être arrivé au mauvais moment", analyse-t-elle.

La feuille de route de la nouvelle directrice ? Non pas reconstruire à partir de zéro, mais "repartir de ce qui a fait le succès historique du festival", notamment ses partenariats internationaux avec une quinzaine de pays. C'est d'ailleurs par ce biais qu'elle a elle-même connu Lyon BD : "à l'Institut français, nous avions créé un partenariat fort avec Lyon BD pour imaginer un festival de bande dessinée à Beyrouth."

Dans un secteur bousculé, la crise du festival d'Angoulême en a été le révélateur, Herminée Nurpetlian défend une vision de l'événementiel culturel à l'écoute de ses créateurs. "La bande dessinée aujourd'hui n'est plus ce qu'elle était il y a quinze ans, ni même il y a dix ans. Il y a des évolutions profondes, de nouvelles revendications", observe-t-elle. Pour elle, "un festival a précisément ce rôle : accompagner les autrices et les auteurs, être à leur écoute".

Pour cette édition anniversaire, le festival accueillera une centaine d'auteurs, illustrateurs et scénaristes, sous le signe de la Méditerranée, une thématique portée par l'Institut français de Paris dans le cadre d'une saison culturelle internationale.

Un regard neuf sur le financement public

Venue d'un pays où la culture survit principalement grâce au mécénat privé, la nouvelle directrice porte un regard décalé sur le modèle français. "Lorsque j'arrive ici et que je constate l'accompagnement des collectivités, leur volonté de donner une place importante à la culture, j'ai un regard extérieur. Cela me donne encore plus envie de préserver ce modèle." Mais Herminée Nurpétlian sait que ce modèle est sous pression. Sa priorité sera de "diversifier les ressources financières" et de "développer d'autres formes de financement", pour ne pas faire reposer l'avenir du festival sur un seul pilier.

>> Le festival Lyon BD se tiendra les 12, 13 et 14 juin. Plus d'informations sur le site de Lyon BD

Journée professionnelle 
Vendredi 12 juin 2026
Théâtre Comédie Odéon, 6 rue Grolée, Lyon 2e

Festival
Samedi 13 et dimanche 14 juin
De 10h à 18h
Hôtel de Ville Place des Terreaux, Lyon 1er


La retranscription intégrale de l'entretien avec Herminée Nurpletlian

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Herminée Nurpetlian. Bonjour. Vous êtes la directrice du festival Lyon BD qui fête cette année ses 20 ans. On va en parler. J'avais juste une première question sur votre parcours, parce que vous avez un parcours qui est quand même atypique. Vous venez de Beyrouth. Qu'est-ce qui vous a convaincue de prendre la direction d'un festival du livre qui vit aussi une période un peu difficile ? Il y a eu deux années compliquées.

Tout à fait. Un peu comme beaucoup de structures culturelles aujourd'hui qui souffrent financièrement. Cela correspondait très bien à mon parcours au moment où j'en étais dans ma vie professionnelle.

Ces dix dernières années, j'étais à l'Institut français du Liban en tant que chargée du livre et du débat d'idées. J'avais pu gravir les échelons au fil du temps. J'avais commencé avec le Salon du livre francophone de Beyrouth, qui est vraiment l'événement littéraire historique, le rendez-vous d'automne de chaque année, né au lendemain de la guerre civile.

Je viens vraiment d'un parcours littéraire, tant par mes études que par mon activité professionnelle. Travailler pour le Salon du livre, sur la programmation et l'accompagnement des auteurs, a été une véritable chance pour moi.

Avec le temps, nous avons transformé ce salon en festival, compte tenu des crises que le Liban a traversées ces dernières années. Il fallait s'adapter. Au Liban, c'est toujours comme ça : il faut s'adapter, se réinventer, retomber sur ses pattes.

Mais au bout de dix ans, je sentais que j'en avais fait le tour. Le Liban n'est pas très grand, le milieu culturel est relativement restreint, et celui du livre l'est encore davantage. J'avais envie de franchir une étape, de faire autre chose et aussi de changer d'environnement de travail et de territoire.

Vous prenez donc la direction du festival Lyon BD qui fête ses 20 ans. Il a bien failli ne pas y arriver. Il y a eu plusieurs crises : le Covid, une instabilité des équipes, un désengagement des tutelles. Comment reconstruire un festival fragilisé ?

L'idée n'est pas vraiment de reconstruire, mais de repartir sur des bases qui existent déjà.

C'est un festival qui a été très reconnu, qui a connu un âge d'or, notamment durant ses quinze premières années d'existence sous la direction historique de Mathieu Diez, qui l'a véritablement fait grandir.

Il y a effectivement eu quelques années compliquées, dues notamment à un projet très ambitieux : celui de déménager dans des locaux afin d'imaginer un lieu pérenne dédié à la bande dessinée tout au long de l'année. C'est un projet qui a toute sa pertinence pour une ville comme Lyon, mais qui est peut-être arrivé au mauvais moment.

L'idée est donc de repartir de ce qui a fait le succès historique du festival, notamment ses riches partenariats internationaux avec une quinzaine de pays, dont le Liban. C'est d'ailleurs de là que vient le lien entre nous. À l'Institut français, nous avions créé un partenariat fort avec Lyon BD pour imaginer un festival de bande dessinée à Beyrouth.

Le lien vient de là. L'objectif était donc de reprendre contact avec les partenaires existants, de regagner leur confiance et d'accompagner une transition progressive, car le monde de la bande dessinée a beaucoup évolué ces dernières années.

Vous me tendez une perche avec ce mot de transition. Nous avons regardé ce qui s'est passé à Angoulême. Le Festival international de la bande dessinée a traversé une crise qui a opposé des auteurs et certains éditeurs à l'association organisatrice. Cela a secoué tout le milieu. Vous dites justement que Lyon BD doit être dans un mouvement de transition perpétuelle. Qu'est-ce que cela signifie exactement ?

Cela signifie s'adapter, avant tout à la profession. La bande dessinée aujourd'hui n'est plus ce qu'elle était il y a quinze ans, ni même il y a dix ans.

Il y a des évolutions profondes, de nouvelles revendications. Il faut accompagner ces transformations. Je pense qu'un festival a précisément ce rôle : accompagner les autrices et les auteurs, être à leur écoute et jouer un rôle important dans la vie d'un livre, d'une bande dessinée et d'un artiste.

Cette année, pour les 20 ans, vous recevez combien d'autrices et d'auteurs ?

Nous accueillons une bonne centaine d'autrices et d'auteurs, ainsi que des illustratrices, illustrateurs et scénaristes.

Avec un thème consacré à la Méditerranée, si je ne me trompe pas ?

Oui, il y a un thème autour de la Méditerranée. C'était déjà une orientation définie par ma collègue directrice artistique.

On me pose souvent la question : est-ce que cela vient de moi ? C'est une thématique qui me tient évidemment à cœur, mais il s'agit en réalité d'une réponse à un appel lancé par l'Institut français de Paris, qui définit chaque année des axes prioritaires et des saisons culturelles.

La saison Méditerranée est actuellement dans sa phase de clôture. Elle a été lancée pour sa deuxième année à Marseille et se terminera en octobre. Le festival Lyon BD s'inscrit donc dans cette programmation globale placée sous le signe de la Méditerranée, portée par l'Institut français de Paris.

J'aurais quand même une dernière question. Vous disiez que, de manière générale, le secteur culturel traverse une période compliquée, notamment parce que les financements publics diminuent. Dans ce contexte, votre modèle est-il tenable sur le long terme ?

L'un des rôles majeurs que j'aurai à assumer avec mon arrivée sera justement de diversifier les ressources financières.

L'association a beaucoup reposé sur le financement public ces dernières années. Elle a notamment été fortement accompagnée par la Ville.

Quand je viens de Beyrouth, c'est une réalité nouvelle pour moi. Dans le contexte dans lequel je travaillais, les projets culturels étaient financés principalement par des fonds privés et du mécénat. Le financement public, je l'ai très peu connu.

J'ai donc passé dix ans à organiser des salons du livre et des festivals sans apport public. Lorsque j'arrive ici et que je constate l'accompagnement des collectivités, leur volonté de donner une place importante à la culture, ainsi que les nombreux rendez-vous organisés entre acteurs culturels, j'ai un regard extérieur.

Cela me donne encore plus envie de préserver ce modèle et de le faire évoluer. C'est quelque chose qu'il ne faut pas perdre.

L'idée est donc de diversifier davantage les ressources et de développer d'autres formes de financement.

Diversifier, donc. En tout cas, il y aura une adaptation du festival et la recherche d'un nouveau modèle. Je le rappelle, le festival se tiendra les 12, 13 et 14 juin. Pour plus d'informations, vous retrouverez tous les renseignements sur lyoncapitale.fr. À très bientôt. Merci beaucoup.

Merci beaucoup à vous.

Merci pour votre accueil.

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