Marie-Charlotte Garin, députée écologiste du Rhône, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
La majorité écologiste à la Métropole de Lyon veut poursuivre et renforcer ses politiques sociales en cas de second mandat. Invitée de 6 minutes chrono, la députée écologiste et tête de liste sur l’une des six circonscriptions lyonnaises pour les élections métropolitaines, Marie-Charlotte Garin a défendu le bilan du Revenu de solidarité jeunes (RSJ), présenté comme un marqueur fort de l’action métropolitaine. "Le Revenu de solidarité jeunes, et il faut rappeler que c’est vraiment une exception et une fierté lyonnaise, est un dispositif qui n’existe qu’ici", souligne-t-elle, rappelant qu’il vise les jeunes exclus des dispositifs classiques. Selon elle, des milliers de bénéficiaires ont été accompagnés, avec des résultats encourageants : "60 % d’entre eux ont vu leur situation s’améliorer". La majorité entend donc pérenniser le dispositif, avec l’ambition de l’étendre à terme au niveau national.
Face aux critiques sur la visibilité des politiques sociales, souvent éclipsées par les aménagements cyclables, la parlementaire assume les priorités de la majorité. Elle rappelle que les dépenses sociales représentent 1,2 milliard d’euros par an à la Métropole. "Ce n’est peut-être pas la partie la plus visible de l’iceberg, mais c’est au cœur de nos politiques", affirme-t-elle. Sur l’hébergement d’urgence, sujet de tensions avec le monde associatif, Marie-Charlotte Garin reconnaît que les besoins restent immenses mais met en avant les efforts engagés : "Plus de 800 places ont été ouvertes… Est-ce que c’est assez ? La réponse est non."
Une expérimentation sur la régularisation par le travail
La majorité écologiste souhaite également lancer une expérimentation visant certains publics précaires, notamment des jeunes majeurs issus de la migration et des mères isolées. Objectif : faciliter des parcours de régularisation par le travail, en lien avec l’État. La députée insiste sur le cadre légal : "La question du titre de séjour relève de l’État", tout en dénonçant une situation qu’elle juge incohérente. "Aujourd’hui on laisse des personnes dans une impasse administrative qui est à la fois cruelle et hypocrite", estime-t-elle, plaidant pour "assumer ce choix politique" afin de favoriser l’insertion.
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La retranscription complète de l'émission avec Marie-Charlotte Garin :
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Marie-Charlotte Garin. Vous êtes députée écologiste de Lyon et aussi tête de liste sur l’une des six circonscriptions lyonnaises pour les élections métropolitaines. On voulait revenir avec vous sur le programme social qui a été présenté par la liste de Bruno Bernard pour un éventuel second mandat. Il y a notamment la continuité de certaines politiques qui ont déjà été engagées, comme le Revenu de solidarité jeunesse. L’idée est de l’étendre pour toucher un public beaucoup plus large, ou simplement de continuer et de perpétuer cette expérimentation ?
Le Revenu de solidarité jeunes — il faut rappeler que c’est vraiment une exception et une fierté lyonnaise — est un dispositif qui n’existe qu’ici. L’idée est de venir comme un filet de sécurité pour les jeunes qui ne rentrent pas dans les cases des dispositifs existants au niveau national ou local. Des milliers de jeunes ont été accompagnés jusqu’à maintenant, avec des résultats positifs puisque 60 % d’entre eux ont vu leur situation s’améliorer après cet accompagnement. En général, ils sont accompagnés en moyenne six mois ; souvent cela dure moins de trois mois, avec un petit coup de pouce financier qui peut aller jusqu’à 420 euros. Ce dispositif fonctionne et vient combler un trou là où certaines politiques laissent les jeunes de côté. L’idée est donc bien de continuer ce dispositif, de le pérenniser. Évidemment, avec mon regard de parlementaire au niveau national, je souhaite que ce soit un dispositif que l’on puisse généraliser en France pour que ce ne soit pas seulement une fierté lyonnaise, mais un dispositif accessible à tous les jeunes de ce pays. Nous le voyons avec cette expérimentation que nous allons continuer à soutenir et renforcer : ça marche.
Quand on regarde dans le rétroviseur ce RSJ, Revenu de solidarité jeunes, c’est globalement le plus gros marqueur des politiques sociales de la majorité écologiste sortante. Quand on sait que les dépenses sociales représentent un tiers du budget de la métropole, ses compétences sont presque plus sociales qu’urbanistiques, et pourtant on n’en parle jamais. Est-ce qu’il y a eu une forme d’angle mort de la majorité écologiste sur ces dimensions sociales ?
C’est intéressant, parce qu’on a souvent tendance à se dire que les écologistes ne s’occuperaient que de l’environnement, alors que l’écologie touche évidemment aux politiques sociales, puisque nous avons une vision systémique des inégalités. Il se trouve que la Métropole de Lyon, avec la majorité de Bruno Bernard — donc les écologistes et la gauche unie derrière lui — a vraiment renforcé le budget comme jamais sur les questions de politique sociale. Aujourd’hui, les politiques sociales à la Métropole de Lyon représentent 1,2 milliard d’euros par an, et c’est énorme. Il y a les questions d’insertion pour les jeunes, mais aussi celles de l’autonomie, du handicap, de la protection de l’enfance, qui sont très fortes. Ce n’est peut-être pas la partie la plus visible de l’iceberg, mais c’est au cœur de nos politiques et de notre programme.
Vous n’avez pas l’impression qu’on a davantage parlé de voies cyclables — de ces fameuses Voies lyonnaises — que des compétences sociales ? Quand on regarde les budgets, il y a une disproportion totale. Est-ce qu’il y a eu là une forme d’erreur des écologistes de ne pas assez mettre en avant ce qui pouvait être fait sur le plan social, même si la plupart des dépenses sociales sont des dépenses obligatoires ? Pour verser le RSA, par exemple, ce n’est pas la Métropole qui choisit à qui elle le verse.
Je crois qu’il y a un vrai sujet avec ce que l’on attend de la métropole et de ses compétences clés — par exemple le RSA ou les aides à l’autonomie — et ce qui a été plus visible ou plus médiatisé. Il y a aussi d’autres sujets dont on a parlé dans les médias, par exemple la question de l’hébergement d’urgence. Cela a été un sujet central parce que nous faisons face à une situation dramatique à Lyon, avec des centaines d’enfants qui dorment dehors. Pour le coup, ce n’était pas forcément une prérogative portée par la Métropole de Lyon dans le passé, mais depuis que nous sommes en responsabilité, ce sont 3 000 personnes qui ont été mises à l’abri. En 2019, c’étaient 40 personnes. Cela montre qu’il y a eu des choix politiques qui n’étaient pas évidents au regard de nos compétences, mais qui ont été faits au nom de l’hospitalité et de la mise à l’abri des publics les plus précaires.
Mais sur l’hébergement d’urgence, vous faites face à des associations qui vous reprochent de ne pas en faire assez : il y a encore trop de gens à la rue, trop de familles à la rue. Certaines estiment que la Métropole n’en a pas toujours fait assez et que la Ville de Lyon a été beaucoup plus proactive en la matière. Est-ce un constat que vous partagez ?
Les associations sont toujours dans leur droit — et c’est légitime — de dire qu’on ne fait pas assez tant qu’il y aura des gens qui dorment dehors. Il n’y a pas de doute là-dessus. Tant que des enfants dorment dehors à Lyon et partout en France, les associations doivent être là pour secouer toutes les personnes qui peuvent agir. Cela veut dire l’État en premier lieu, puisque c’est sa compétence, puis les collectivités et les parlementaires. Moi-même, j’ai été interpellée, et c’est notre rôle. Ce que l’on peut dire, c’est que les moyens mis sont inédits. Il y a 13 sites d’hébergement d’urgence qui ont été créés. Plus de 800 places ont été ouvertes pour mettre des gens à l’abri : c’était inédit sur le territoire. Est-ce que c’est assez ? La réponse est non. On peut toujours faire plus et mieux, et c’est ce que nous continuerons à faire en lien avec la Ville de Lyon et avec nos parlementaires, comme je l’ai fait jusqu’à maintenant pour interpeller le gouvernement. La mise à l’abri reste une compétence de l’État.
Le mandat précédent qui s’achève comportait cette expérimentation sur le RSJ. Là, vous voulez expérimenter sur une partie du public concerné par l’hébergement d’urgence, notamment les mineurs non accompagnés : une expérimentation sur la régularisation de ces migrants. Quelle est l’idée, et en avez-vous la compétence ?
Il y a deux publics visés par cette expérimentation : les mères isolées avec enfants de moins de trois ans — qui sont déjà un public de la Métropole de Lyon — et les jeunes migrants majeurs. La métropole a des compétences en matière d’insertion économique.
Des mineurs non accompagnés qui sont devenus majeurs ?
On parle en tout cas de majeurs dans le cadre de cette expérimentation. C’est important de le préciser, car le droit a son importance et nous avons aujourd’hui un vrai sujet avec la question des MNA à Lyon. L’idée est de se dire qu’aujourd’hui on laisse des personnes dans une impasse administrative qui est à la fois cruelle et hypocrite. On sait très bien que notre pays a besoin de personnes qui travaillent, et il y a beaucoup de personnes sans papiers — ou qui demandent une régularisation — qui arrivent jusqu’à nous. Cette expérimentation consiste à dire : il y a des gens qui sont déjà dans la société, insérés sur notre territoire, et qui veulent travailler. La métropole propose d’être pionnière en la matière et d’accompagner ces régularisations par le travail, en lien avec l’État et les services de la préfecture.
Mais vous ne pouvez pas le faire vous-même : il faut que la préfecture donne son accord. La métropole n’a pas les moyens de délivrer une nationalité ?
Bien sûr. La question du titre de séjour relève de l’État. Mais il existe déjà des voies de régularisation par le travail qui sont aujourd’hui trop peu utilisées ou utilisées de manière assez hypocrite. J’ai été frappée, lorsque j’ai été élue parlementaire, d’apprendre que sur le site de la préfecture existait un formulaire permettant aux employeurs de déclarer qu’une personne a travaillé pour eux sous une fausse identité pendant un certain temps, afin de soutenir une demande de régularisation. Cela montre qu’il y a une forme d’hypocrisie sur la régularisation par le travail. Nous pensons qu’il faut assumer ce choix politique — qui est un choix de société et de vivre-ensemble — en travaillant collectivement avec les associations, les publics concernés et la préfecture pour aller vers des solutions permettant aux personnes de vivre dignement et de s’insérer encore davantage dans la société.
Merci beaucoup, Marie-Charlotte Garin, d’avoir répondu à notre invitation et à nos questions. On se retrouve très bientôt pour une nouvelle édition de 6 minutes chrono. Au revoir et merci à tous.
