Ali Harbaoui boulangerie Paneo
Ali Harbaoui, co-gérant de la boulangerie Paneo, à Bron

"Nous allons faire appel" assure Ali Harbaoui

Ali Harbaoui, gérant de la boulangerie Paneo, à Bron, au coeur d'un conflit judiciaire avec le Sytral Mobilités, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Un rassemblement est prévu jeudi 5 février devant sa boulangerie pour interpeller sur sa situation.

Le gérant de la boulangerie Maison Paneo à Bron, Ali Harbaoui, ne décolère pas. Le 23 janvier dernier, le juge de l'expropriation du tribunal judiciaire de Lyon a fixé le montant des indemnités de rachat d'une une partie de la boulangerie à un peu plus de 38 000 euros.

"Nous allons faire appel. Nous ne sommes pas d'accord avec cette Métropole. Nous étions en discussion avec eux. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Nous envoyer directement au juge. Automatiquement, nous faisons appel. Nous avons dix salariés. Ces dix salariés-là, ils vont être à la rue. Ils ont des crédits, ils ont des dettes, des familles."

"38 000 euros, ce n'est pas ce qui va nous permettre de reconstituer une boulangerie. Le juge aurait mieux fait de mettre un euro symbolique", s'indigne le gérant. Le projet lui ferait perdre 40 % de sa surface et huit places de parking, essentielles pour sa clientèle de passage.

La boulangerie, située route de Genas, très fréquenté par les Brondillants, risque de perdre une partie de son parking ainsi qu'une de ses annexes en raison d'un projet de Voie lyonnaise et de bus à haut niveau de sécurité (BHNS). Le projet de BHNS figurait déjà dans le plan local d'urbanisme de la précédente mandature. La majorité écologiste actuelle l'a cependant modifié en y intégrant une Voie lyonnaise C'est l'ajout de cette piste de 3 mètres de large qui a contraint le Sytral Mobilités à procéder à des expropriations.

"Nous sommes un oasis dans ce quartier désert"

"Lorsqu'on a signé le PLU en 2015, ils étaient censés nous préempter de 2,80 mètres. En 2019, ils ont changé de stratégie, donc ils sont passés à 5,80 mètres. 5,80 mètres, c'est 40 % de la surface totale. Donc c'est huit places de parking en moins."

Avec plus d'un million d'euros de chiffre d'affaires annuel et dix salariés, Ali Harbaoui estime que cette amputation réduirait son activité de 50 à 65 %. Le gérant dénonce un manque de dialogue et craint pour l'avenir de ses employés et de ses quatre apprentis.

"Nous sommes une oasis dans le quartier. Avant, ce quartier-là, c'était un désert. Aujourd'hui, les commerces sont vivants. La clientèle, le quartier est animé. Il y a de la sécurité. Le quartier est embelli. Mais malheureusement, cet impact-là va faire en sorte que ce quartier va être déraciné. Ça va être un lieu de squat et nos commerces vont être détruits à petit feu. Aujourd'hui, ce commerce fait beaucoup de belles choses. Il ramène de la proximité, il crée du lien et tout ça va être perdu."


La retranscription intégrale de l'entretien avec Ali Harbaoui

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Ali Harbaoui, qui est gérant de la boulangerie Paneo à Bron. Bonjour. Merci d'être venu sur le plateau. Avant d'attaquer, je vais quand même recontextualiser l'histoire pour laquelle vous êtes venu parler. La boulangerie Maison Paneo, c'est à Bron. Elle est au cœur d'un conflit avec le Sytral Mobilités, qui est l'autorité organisatrice des transports dans la métropole de Lyon. Le Sytral veut faire passer un projet de bus BHNS et de Voie lyonnaise sur la route de Genas, sur laquelle votre boulangerie est installée. Alors vous, gérant, vous parlez d'une boulangerie qui est amputée de moitié. Le Sytral assure qu'il ne s'agit que d'une petite annexe et que toutes les places de parking seraient restituées. Face à ce blocage, le Sytral a saisi la justice, qui a rendu son jugement. Le tribunal judiciaire, le 23 janvier dernier, vient de fixer les indemnités qui vous seront versées à 38 294 euros exactement pour racheter une partie de votre boulangerie. C'est moins que ce que vous attendiez. Etes-vous déçu par ce jugement ?

Très déçu. Très, très déçu. Malheureusement, 38 000 euros, ce n'est pas ce qui va nous permettre de reconstituer une boulangerie. Si vous voulez, nous, lorsqu'on a signé le PLU en 2015, ils étaient censés nous préempter de 2,80 mètres.

La Voie lyonnaise.

Voilà, la Voie lyonnaise. En 2019, ils ont changé de stratégie, donc ils sont passés à 5,80 mètres. 5,80 mètres, c'est 40 % de la surface totale. Donc c'est huit places de parking en moins.

Vous perdez huit places ?

Voilà, on perd huit places, sachant que c'est une grosse structure. On fait plus d'un million d'euros de chiffre d'affaires. On a dix salariés, trois à quatre apprentis formés tous les deux ans. Donc on parle d'une grosse affaire. On bosse avec pas mal de producteurs locaux, tout simplement, comme Maréchal Fraîcheur..

Quand vous avez monté votre business plan pour vous installer, il y avait des places de parking, c'est-à-dire que là, ça risque d'impacter votre chiffre d'affaires, qui est de quoi ?

Je pense que ça va être entre 50 et 65 % de perte. du chiffre d'affaires. Parce qu'eux, ils veulent juste des vélos, tout simplement. Des vélos, des vélos cargo. Aujourd'hui, on bosse beaucoup avec des gens qui prennent leur voiture, comme les pompiers, comme les policiers. Donc ils ont besoin de parking. Comme les ambulanciers, les hôpitaux, ainsi de suite. Donc le matin, ils s'arrêtent avant de prendre la route. Ils ont besoin du parking. Un ambulancier, demain, on ne va pas lui mettre un vélo cargo. Il ne pourra pas transporter des gens.

Alors, il y a les deux versions. Il y a votre version. Il y a la version du Sytral qui dit que non, et qui "il n'a jamais été question de raser la boulangerie" . Finalement, je vais dire malheureusement, pourquoi il y a ces deux versions ?

Malheureusement, c'est le pot de fer contre le pot de terre. Le pot de fer est solide, donc il va écraser le pot de terre. Tout simplement, c'est la discussion qu'on a depuis le début. On avait une concertation, on en a discuté longuement, mais malheureusement, nous ne sommes pas entendus, parce que nous, nous sommes un petit pot de terre. Aujourd'hui, nous sommes une oasis dans le quartier. Avant, ce quartier-là, c'était un désert. Aujourd'hui, les commerces sont vivants. La clientèle, le quartier est animé. Il y a de la sécurité. Aujourd'hui, le quartier est embelli. Mais malheureusement, cet impact-là va faire en sorte que ce quartier va être déraciné. Ça va être un lieu de squat et nos commerces vont être détruits à petit feu. Aujourd'hui, ce commerce fait beaucoup de belles choses. Il ramène de la proximité, il crée du lien et tout ça va être perdu.

Parce que là, clairement, vous me disiez que votre chiffre d'affaires pourrait être impacté jusqu'à 60 %. Mais là, concrètement, est-ce que vous allez faire appel de cette décision ?

Bien sûr, nous allons faire appel. Automatiquement, nous faisons appel. Nous ne sommes pas d'accord avec cette métropole, malheureusement, qui ne nous fait que du mal, qui fait croire qu'ils sont en discussion. Nous étions en discussion avec eux. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Nous envoyer directement au juge. Nous, nous leur demandions des solutions, comme nous mettre des Algeco sur un terrain pour pouvoir continuer. Nous avons quand même dix salariés. Ces dix salariés-là, ils vont être à la rue. Ils ont des crédits, ils ont des dettes. J'ai des salariés qui ont acheté. J'ai des familles. Moi, derrière, j'ai mes crédits. J'ai quatre apprentis. Ils vont être où ? Leur école va leur couper la formation et ils vont être à la rue.

Je reviens sur le juge qui vous a accordé 38 000 euros. Mais vous, finalement, pour vous en sortir, cette indemnisation, vous souhaiteriez combien ?

Sincèrement, il aurait mieux fait de mettre un euro symbolique, parce que 38 000 euros, ça ne va rien faire.

Il n'y aura aucun impact de reconstruction. Je comprends, mais vous, il vous faudrait combien ? Très sincèrement.

Sincèrement, il faut venir chiffrer ça. Ce n'est pas à moi de vous le donner. Il faut des gens spécialisés là-dedans qui viennent, qui savent le bâti, la perte de chiffre d'affaires, mes salariés qui vont se retrouver à la rue, mes apprentis qui n'auront plus d'école. Tout ça, ce n'est pas à moi de le chiffrer. Moi, je ne peux pas vous dire 400 000, 500 000, 600 000. C'est à des gens spécialisés qui doivent venir.

En tout cas, vous, monsieur Harbaoui, vous allez faire appel de cette décision sinon c'est le dépôt de bilan ?

Moi, j'ai mis ma vie dans ce commerce. J'ai mis toutes mes économies. Aujourd'hui, j'ai du mal à dormir. Aujourd'hui, je souffre, je souffre. Et malheureusement, je suis avec une métropole et un Sytral qui me font croire qu'ils sont à l'écoute, qu'ils m'aident, alors que tout ça est totalement faux. Je suis prêt à venir ici avec le Sytral et la métropole en discuter pour que tout le monde soit au courant de ce qui se passe. Tout ce qu'on vous dit, malheureusement, c'est du faux et du faux et du faux. Nous, on veut des solutions concrètes. On veut protéger notre commerce. On veut protéger la boulangerie, qui est une gastronomie française, qui doit perdurer et qui est en perdition. Aujourd'hui, le métier de boulanger, il n'y a plus beaucoup de jeunes qui veulent le faire. C'est pour ça qu'aujourd'hui, on a la chance d'avoir une maison qui crée du bien dans ce village de Bron, qui fait de bonnes choses, et aujourd'hui, on doit le protéger. C'est un poumon, c'est une oasis.

En tout cas, monsieur, merci d'être venu sur le plateau. J'ai bien entendu votre message. Rendez-vous est pris avec le Sytral, pourquoi pas pour organiser sur ce plateau un débat. Merci beaucoup. Merci. Pour plus d'informations, www.lyoncapitale.fr. À très bientôt.

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