Il y a 20 ans : Allo ! Bron ? Je vous reçois 7 sur 7
par Thomas Frénéat
IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE - Le mois de janvier 1998 est marqué d'une pierre blanche pour tous les opérateurs téléphoniques, ou presque. France Télécom perd son monopole sur les téléphones, et laisse au privé un vaste marché à conquérir. A Lyon, Cegetel entame les hostilités en fanfare.
Aujourd'hui, on a du mal à s'imaginer qu'à une époque il n'y avait qu'un seul opérateur téléphonique, de surcroît géré par l'État. Et pourtant, pendant des années ce fut le cas dans l'Hexagone, jusqu'à ce que ce monopole vole en éclats début 1998. Cegetel, filiale de la Compagnie générale des eaux, est le premier à s'engouffrer dans la brèche et lance son "7" en grande pompes, à Lyon. Voulant se démarquer de son concurrent public, Cegetel laisse tomber le "0" au début des numéros de téléphone et instaure le "7". La première démonstration d'un appel passé sur le réseau Cegetel se fait à Bron, avec tout un parterre d'élus, dirigeants d'entreprises et autres prix Nobels.
Un article paru dans Lyon Capitale n°157 le mercredi 4 février 1998, signé par Gilles Leluc.
Allo ! Bron ? Je vous reçois 7 sur 7
Vendredi 30 janvier, la région lyonnaise a eu l'insigne honneur d'inaugurer le Lancement du 7 par Cegetel. Le nouvel opérateur télécom, filiale de la Compagnie générale des eaux (CGE), peut désormais s'attaquer au marché du particulier. La guerre du téléphone avec France Télécom est enfin déclarée.
Qu'il y en avait du beau monde sur le plateau du centre d'exploitation du réseau de Télécom Développement situé à Bron pour cette ouverture du marché des télécommunications I Jean-Marie Messier pour la CGE et Louis Gallois pour la SNCF côté grands patrons ; Christian Pierret, secrétaire d'Etat chargé de l'Industrie et Jean-Jacques Queyranne, secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-Mer (et ex-maire de Bron) côté grandes huiles ministérielles. Le tapis rouge était déroulé et sur l'écran géant distillant multitudes d'images accrocheuses à la gloire de Cegetel, le public allait voir ce qu'il allait voir. Chacun leur tour, les grands pontes décrochèrent le combiné et tapotèrent les 10 chiffres d'un illustre correspondant. Le prix Nobel de physique Georges Charpak pour Christian Pierret, l'escrimeuse championne olympique Laure Flessel pour Jean-Jacques Queyranne, la navigatrice Isabelle Autissier et l'entraineur des Bleues Aimé Jacquet pour deux collégiens priés de jouer les innocents aux mains blanches. C'est alors que le miracle se produisit. A la place du 0, premier des 10 chiffres, les hommes d'estrade appuyèrent sur le 7 et tout ce beau monde s'ébaudit. Au bout du fil, il ne sembla pas que ce soit l'imitateur Laurent Gerra mais bel et bien les illustres correspondants qui, de connivence affichée, finirent par répondre.
20 % du Rhône pas branché
Peu après la démonstration grandiose flashée par tous les photographes du pays, Jean-Marie Messier partit dans un éloquent discours sur le 7 en omettant de faire allusion aux 7 années de malheur qui guette quiconque ayant brisé un miroir. Car en rompant la glace du monopole de France Télécom sur le téléphone, le PDG de CGE dont Cegetel est la filiale n'insista pas sur les limites actuelles de la force de frappe de son groupe. En fait, pour des raisons techniques qui lient encore le nouvel opérateur à son concurrent France Télécom sur le réseau local, dans le Rhône comme en d'autres points des trois régions actuellement en service pour le 7, environ 20 % des abonnés devront attendre que France Télécom ait changé ses anciens commutateurs qui rendent impossible le passage du 0 au 7. Ainsi, autour de Lyon, les numéros commençant par 04 78 00, 01 ou 09 ne peuvent pas encore bénéficier des réductions d'au moins 10 % par rapport aux tarifs France Télécom que Cegetel fait miroiter aux futurs utilisateurs du 7.
Réductions un peu tirées par les cheveux
Pour s'y retrouver financièrement, l'abonné au 7 doit d'abord tenir compte d'un abonnement mensuel de 10 francs pour être client de Cegetel. Cet abonnement ne le dispense nullement d'être toujours client de' France Télécom puisque l'ex-opérateur public détient les accès au réseau local. Inévitablement, il faut passer par lui. Pour les communications interurbaines à moins de 30 kilomètres de chez soi, faire le 7 n'est donc d'aucun intérêt. La réduction du coût de l'appel ne peut s'effectuer que sur la partie du réseau Cegetel mis en place en étroit partenariat avec la SNCF. Une fois branché sur ce réseau longue distance (appels nationaux et internationaux), c'est à dire une fois passé l'autocom de France Télécom, l'abonné au 7 se voit proposer une myriade de réductions qu'il est difficile d'évaluer globalement. En fait, ces prix avantageux s'appliquent pour des gros volumes d'appels, sur des destinations précises (New York, Londres, Sydney) ou pendant des plages horaires assez restreintes (le samedi matin notamment, seule plage avantageuse par rapport à France Télécom). La facture est d'autant plus difficile à chiffrer que dans le même temps, France Télécom baisse régulièrement les prix de ses communications. Et l'offre de Cegetel ne se réfère qu'au tarif public sans rendre compte des tarifs "normalement" réduits de son concurrent. Exemple Cegetel promet une réduction des coûts en semaine de 19h à 8h. France Télécom applique déjà moins 50 % dans cette tranche horaire. On le voit. Le passage par le 7 ne profitera qu'aux appels longue distance et vers des correspondants ciblés. Mais Cegetel entend s'appuyer sur le vent de la nouveauté pour atteindre 20 % du marché des télécoms. Ce sera bientôt à Bouygues de. Venir complexifier cette ardente concurrence. Pour l'instant, ils sont 150 000 abonnés France Télécom à tenter conjointement l'aventure Cegetel.