Si le président du Medef Rhône-Alpes reconnaît "des signes favorables" de la part du Gouvernement, il assure que la croissance, en 2015, sera trop faible pour envisager une inversion de la courbe du chômage.
Présent à Jouy-en-Josas (Yvelines), pour les universités d'été du Medef, le président du syndicat patronal dans la région Rhône-Alpes est revenu, pour Lyon Capitale, sur le climat économique en cette rentrée.
Lyon Capitale : En juillet, le président de la République affirmait que "la reprise économique est là, mais encore trop fragile". Etes-vous d'accord avec ce constat pour la région Rhône-Alpes ?
Bernard Gaud : On avait sorti au mois de juin, comme chaque trimestre, notre note de conjoncture économique, dans laquelle nous mettions effectivement en avant le fait que beaucoup d'indicateurs étaient en bonne voie. Tout de suite, nos adhérents et nos branches ont tous insisté sur le fait qu'il ne fallait pas s'emballer et que cette croissance restait extrêmement fragile. Du coup on avait baissé la présentation d'un cran et on a bien fait quand on voit les chiffres depuis (notamment une croissance nulle, en France, au 2e trimestre de l'année 2015, NDLR).
Pourquoi Rhône-Alpes, qui a eu des chiffres du chômage plutôt positifs le mois dernier, semble mieux s'en sortir que les autres régions ?
Sans aller jusqu'à mieux s'en sortir, les chiffres en Rhône-Alpes sont en tout cas moins mauvais. Cela s'explique par le fait que c'est une région extrêmement diversifiée, avec des équilibres entre le monde agricole, l'industrie, les commerces, les services. Cette diversité des pôles d'activité est une chance contrairement à des régions, notamment PACA, qui s'appuie beaucoup sur le tourisme. Donc forcément, Rhône-Alpes s'en tire moins mal que les autres.
"Le monde de l'éducation dénigre le travail, notamment manuel, depuis des décennies"
La croissance fragile entrevue depuis le début de l'année permet-elle d'espérer une amélioration sur le front du chômage dans les mois à venir ?
Une inversion de la courbe du chômage suppose une croissance autour de 2 %. Les plus optimistes, aujourd'hui, annoncent autour de 1,2 % en 2015. Donc il n'y aura pas d'inversion. Au même moment, il y a 400 000 emplois non pourvus. C'est le paradoxe. On est en décalage avec un chômage très fort qui ne baisse pas et des métiers qui restent en forte tension.
Depuis des décennies, le monde de l'éducation a dénigré le travail, notamment manuel. On préfère pousser des jeunes à devenir expert comptable plutôt qu'agent de maîtrise. C'est très profond. Ça ne va pas se retourner du jour au lendemain.
En plus du système éducatif, le Medef réclame aussi une profonde réforme du Code du Travail. Pierre Gattaz, ce mercredi matin encore, appelle à la mise en place de la flexisécurité, à travers notamment la suppression du CDI.
Les deux doivent se mener de front. C'est comme dans une entreprise. Vous avez toujours des actions à court terme et des plans à moyen et long terme.
La flexisécurité, c'est une question d'organisation du travail et des conditions de fonctionnement du Code du travail. C'est quelque chose qui pourrait rapidement être modifié, avec une réforme de la législation du travail. C'est une décision politique qui se prend ou pas. Il y a eu des occasions ratées, notamment la négociation récente autour de la loi sur le dialogue social qui a échoué. On n'était pas très loin d'aboutir mais les partenaires sociaux ne se sont finalement pas mis d'accord.
"L'instabilité législative et parlementaire est terrible pour les chefs d'entreprise"
Dans une tribune publiée dans les Echos, Manuel Valls assure que les crédits du pacte de compétitivité ne seront pas réévalués, alors qu'une partie de la gauche réclame une réorientation de ces crédits, des entreprises vers les ménages. C'est rassurant ?
Par rapport à il y a un an, il y a quand même un certain nombre de signes qui sont positifs et favorables. Par contre, il faut attendre les faits. Il faut admettre que le Premier ministre et son ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, qui sera là demain (jeudi, NDLR) maintiennent le cap qu'ils s'étaient donnés, parfois contre vents et marées dans leur propre camp.
Le même Manuel Valls, pourtant, lors du Congrès du PS, a signé une motion qui prône ouvertement une telle réorientation. Tous ces débats au sein de la majorité sont-ils un frein à la reprise économique ?
Il y a les mots et les faits et la seule chose qui comptera, ce seront les faits. Mais il était important que le Premier ministre écrive ce qu'il a écrit dans les Echos à la veille des universités d'été du Medef.
Quelle est la première demande des chefs d'entreprise ? Qu'on soit dans un système stable. Une décision fiscale est ce qu'elle est. Elle peut être très néfaste, mais si elle est maintenue, on peut s'ajuster. Ce qui est terrible, ce sont les allers-retours permanents sur des décisions, l'instabilité législative et parlementaire. Je me répète, mais arrêtons de modifier les choses. Stabilité, stabilité, stabilité.

Ce monsieur est un grand comique : il prétend que le monde de l’éducation dénigre le travail. En réalité, ce sont lui et ses pairs qui le dénigrent. Il suffit de voir, pour s’en convaincre, l’estime dans laquelle est portée le salarié par son patron : un mouchoir kleenex qui coûte toujours trop cher, quand bien même il est déjà mal payé. Le second point important : les dizaines de milliards — ce tombereau d’argent public — déversés aux entreprises ont été totalement inutiles et n’ont bien servi qu’à enrichir un peu plus leurs propriétaires. Le patron du MEDEF, Gattaz, avait promis un million d’emploi ; il y en a eu … zéro ? Du racket du début à la fin.