Barack Obama et Spiderman : le duel des grands

Aux Etats-Unis, ce comics (autrement dit bande dessinée) s'est rapidement classé parmi les meilleurs ventes de l'histoire de l'édition en s'arrachant à plus de 500 000 exemplaires. Retour sur une histoire qui n'est pas raccord avec les plans des scénaristes.

Le monde des comics books se partage entre deux géants de l'édition. D'un côté Marvel (Spider-man, X-men, Iron man, Captain America...), de l'autre DC (Batman, Superman, Wonder Woman, Flash...). Au milieu les indépendants ramassent les miettes. Depuis toujours, les scénarios sont influencés par le monde politique et l'Histoire. Dans les années 40, Captain America combattait les nazis. En 2007, il préfère s'opposer à son gouvernement qu'il juge liberticide. Pire, le héros à la bannière étoilée prend position contre Guantanamo. Malgré elle, l'administration Bush a réussi à se mettre à dos les plus grands super héros. L'élection d'Obama change la donne. Les scénaristes se retrouvent coincés entre plusieurs années de prises de positions anti-gouvernementales et la volonté de saluer l'espoir qui vient de naître. Ainsi, les aventures de Spider-man et Barack Obama révèlent l'étrange dualisme d'une industrie qui ne sait plus sur quel pied danser.

Obama, un président pour mieux vendre l'homme araignée
En moins de six pages, l'homme-araignée aide le nouveau président à déjouer un complot. Paradoxalement, dans son univers et en marge de ces événements, Spider-man est menacé de mort par des agents de ce même gouvernement. Dès lors la rencontre avec Obama rompt radicalement avec le reste des aventures de l'homme-araignée. La légèreté ambiante surprend et frôle la naïveté. La résolution presque enfantine de l'intrigue ne manquera pas d'étonner les habitués. L'éditeur Marvel légitime cette décision en expliquant qu'il a appris qu'Obama était fan de Spider-man et qu'il fallait marquer l'événement. Pas la peine d'être spécialiste des comics pour constater que cette histoire n'a été créée que dans une logique purement commerciale. L'industrie est en crise et rares sont les super-héros à dépasser les 100 000 ventes mensuelles. Ce demi-million d'exemplaires vendus est une exception qui ne se reproduira pas avant quelques années.

En outre, les autres séries de la compagnie laissent à penser que les scénaristes ne s'attendaient pas à une victoire du Démocrate. Dans les dernières parutions d'Iron man, ou bien des célèbres Vengeurs, le gouvernement est autant corrompu que sous l'ère Bush. Au milieu, Obama fait figure de marionnette désemparée, incapable de voir qu'il s'entoure des mauvaises personnes. Quatre mois après son investiture, les choses n'ont toujours pas changé. Le monde des comics reste entouré d'une certaine aura de rébellion. Le maintien d'une alliance entre le président et les héros ne serait sans doute pas bien accueilli par la communauté des fans. Depuis le célèbre Watchmen d'Alan Moore ou bien Batman : Dark knight de Frank Miller, le pouvoir politique représente souvent une forme d'oppression. L'idée fut magnifiée en 2000 avec l'élection de Lex Luthor à la présidence. Dès lors, difficile de revenir à l'époque où Superman allait demander conseil à Kennedy. Malgré toute sa bonne volonté, Obama restera du côté de ceux qui dominent.
Au final, le seul vrai soutien d'Obama, antérieur à son élection, est venu d'une maison d'édition indépendante. Dans la série Savage Dragon, le scénariste Eric Larsen n'a pas eu peur d'afficher ses opinions directement sur la couverture. Plus politisé, le dessinateur Alex Ross fut le premier à représenter Obama dans la célèbre posture de Superman. Quelques années auparavant, il peignit le portrait d'un George Bush vampirisant la statue de la liberté. Après l'élection, les réactions furent timides. Marvel se contenta de la rencontre Obama/Spider-man, DC dévoila un monde où un superman noir avait accédé à la fonction suprême. Mais tout cela reste encore marginal. Fin avril, une petite maison d'édition sortira un comics sur Michelle Obama, en espérant connaître le succès de Marvel.

Pour en revenir à la sortie française, Panini a pensé aux lecteurs qui ne seraient pas intéressés par l'aventure entre l'araignée et le président. Le comics est accompagné d'une histoire où Spider-man s'allie à Wolverine. Bien écrite et dotée d'un scénario sympathique, elle surpasse allègrement l'histoire qui a monopolisée l'attention. Vendue 4 euros 95 pour 160 pages, le prix est plus qu'honnête. Le grand public appréciera, les fans seront sans doute plus circonspects.

Spider-man et les Héros Marvel, sortie le 22 avril 2009, premier volume à 4 euros 95, sept autres volumes suivront au prix de 8€95.

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