@Fanny Mokas / Lyon Capitale

"On ne fait jamais l'unanimité... Moi je fais du Bafé Gomis"

@Fanny Mokas / Lyon Capitale ()

Entendu comme témoin assisté en juin dernier dans une affaire de viol supposé*, Bafétimbi Gomis, qui refuse d’évoquer le sujet dans les médias, a choisi comme réponse le terrain. Malgré de bonnes prestations et une certaine régularité, le style de jeu de l’attaquant lyonnais provoque pourtant toujours des débats dans les travées de Gerland. L’occasion d’une entrevue passionnante avec un joueur pieux et extrêmement attachant. (Entretien paru dans Lyon Capitale daté de décembre 2012).

Lyon Capitale : Vous avez atteint votre 250e match en Ligue 1, à Sochaux, le 11 novembre 2012. Quel bilan avez-vous envie de tirer de toutes ces années ?

Bafétimbi Gomis : Je suis content, c’est un beau chiffre. Je suis au milieu de ma carrière. En tant qu’attaquant, j’ai une moyenne d’un but tous les trois matchs. Ça montre une certaine régularité. Je n’ai pas eu jusqu’à présent – je touche ma tête – de grandes blessures. Cela prouve mon sérieux au niveau de mon hygiène de vie, tout ce travail invisible au niveau de la préparation. Je suis loin d’avoir raccroché les crampons, ce n’est donc pas un aboutissement. Je ne suis pas vieux, mais, avec la répétition des matchs, mon corps souffre, donc à moi de faire attention à tout ça, afin d’être le plus performant possible.

Vous êtes un joueur atypique. Vos détracteurs vous trouvent lent, maladroit devant le but, tandis que vos admirateurs apprécient votre style de jeu, votre combativité sur un terrain. Comment expliquez-vous cette différence d’appréciation ?

Vous savez, on ne fait jamais l’unanimité. Moi, je fais du Bafé Gomis. Je suis quelqu’un qui mouille le maillot et se bat. Je pense avoir une importance au sein du groupe. À la fin de la carrière d’un attaquant, on regarde le nombre de buts qu’il a marqués, s’il a été efficace. Si, aujourd’hui, je joue dans un club comme l’OL, que je suis sélectionné en équipe de France, c’est sûrement dû à mes qualités. Trouvez-vous certaines critiques justifiées ? Ça dépend. Je ne me prends pas la tête. Il m’arrive d’avoir des discussions franches avec le coach, qui me fait part de ce qui ne va pas.Et là,ce sont des critiques constructives. Ça me sert à progresser. Les critiques de certains supporters peuvent l’être aussi, mais il y a également une part de passion et parfois c’est plus très objectif. Mais je ne leur en veux pas. Je sais également, car certain supporters me l’ont confié, qu’ils étaient critiques à mon égard car ils n’avaient pas digéré mon passage à Saint-Étienne. Ceci dit, j’ai conscience de ma marge de progression.

Quel est votre style de jeu ?

Je suis un attaquant qui peut prendre la profondeur, garder les ballons devant et aider le bloc à remonter. Mais, le plus important, c’est de marquer des buts.

Évoquons l’ambiance au sein du groupe. Quelles différences avez-vous notées entre la saison dernière et celle-ci ?

Écoutez, l’équipe a été rajeunie. Certains nous ont rejoints, les jeunes déjà présents la saison dernière ont pris de la maturité. Ils progressent au quotidien. Le fait d’avoir remporté la Coupe de France et de s’être hissés en finale de la Coupe de la Ligue nous a permis d’engranger de la confiance. Cela a donné un second élan à l’OL. Avec tous les départs à l’intersaison et toutes les rumeurs concernant Michel [Bastos] et moi, on avait peur, on ne savait pas trop où on allait. D’avoir remporté le trophée des Champions contre Montpellier [en juillet dernier à New York], champion de France en titre, nous a mis sur de bons rails. On a pu aborder le championnat de la meilleure des manières. On a la chance d’avoir un entraîneur qui croit au projet du club. C’est un vrai gone ! Il nous a retransmis ces valeurs-là. On adhère tous à son message. On tire tous dans le même sens, et cela se ressent sur le terrain.

@Fanny Mokas / Lyon Capitale ()

Avez-vous un plan de carrière bien établi ?

Non, il y a des temps de passage. Je ne peux pas dire à l’avance que je vais rester tant d’années dans un club. Lorsque je suis arrivé à Saint-Étienne, je ne pensais pas rester dix ans. Quand je suis arrivé à Lyon, dès la première année, on m’annonçait partant. Au final, ça fait quatre ans que je suis ici. L’essentiel, c’est d’avoir une progression chaque année. Je viens tous les jours à l’entraînement avec cette idée. En travaillant, on apprend tous les jours.

Malgré votre passé stéphanois, êtes-vous devenu un Lyonnais à part entière ?

Je ne vais pas dénigrer mon passé stéphanois. Je suis fier d’avoir été formé là-bas, d’avoir rencontré des personnes qui m’ont inculqué des valeurs. Maintenant, je suis content d’être Lyonnais. J’ai fait le choix, si tout se passe bien, et si Dieu le veut, de vivre à Lyon à la fin de ma carrière. Mon fils [Dione] est né ici, alors, quoi qu’il arrive, c’est un gone. J’apprécie la ville, la région et les Lyonnais... J’ai attrapé le virus et ce n’est pas pour me déplaire (rires).

La naissance de votre fils a-t-elle changé votre vie de footballeur et d’homme ?

Il m’arrive parfois de rentrer chez moi un peu déçu, un peu fâché d’un entraînement raté ou d’un mauvais match. Et quand je le vois, je le prends dans mes bras et j’oublie tout. Je me dois d’être là pour lui. J’ai réussi pas mal de combats dans ma vie, mais celui-ci, c’est le plus dur. C’est celui qui me fait le plus peur. Je souhaite inculquer à mon fils des valeurs et des principes. Je me dois de réussir son éducation.

Quel est votre rapport à la religion ? Vous pensez que cela vous a aidé dans votre carrière ?

Oui, ça m’a donné de la force, de la volonté... Être un bon joueur, tout le monde en travaillant peut y parvenir. Mais être un bon coéquipier, quelqu’un de bon, c’est déjà plus compliqué. Je ne vais pas vous mentir, je n’ai pas toujours été un saint. J’ai fait des conneries, gamin, il m’est arrivé de voler dans des supermarchés. J’ai grandi dans un quartier difficile et j’étais le petit facilement influençable. Je dois beaucoup au football, car c’est une famille. Mes différents entraîneurs ont joué avec moi parfois le rôle d’un père. Bernard Lacombe, lorsqu’il voit que je ne suis pas bien, il me passe un coup de fil et il me dit : “Bafé, n’oublie pas la chance que tu as d’être footballeur.” Ces paroles te remettent en place. Un homme comme Bernard [Lacombe], je l’ai connu grâce au foot. Cela m’a permis de rencontrer des gens formidables.

De l’extérieur, on a le sentiment qu’au sein d’un vestiaire de foot on s’intéresse uniquement aux fringues, aux jeux vidéo...

Non, non, non. Détrompez-vous. Dans un vestiaire, il y a des personnes très intelligentes et les centres d’intérêt sont divers et variés. Certains aiment lire, d’autres jouer aux jeux, aller au ciné ou sortir boire un verre. Bref, chaque personne est différente. D’où la difficulté pour un entraîneur de composer avec des sensibilités différentes, des egos différents. Le football demande d’énormes sacrifices. Il y a un gros travail invisible. C’est un don de soi, car on donne son corps à la science. Il faut aussi pouvoir évacuer.

Vous aimez bien la mode. Pour quelle raison êtes-vous toujours bien habillé ?

Déjà, je m’habille pour moi et non pour flamber. J’aime bien les habits. Cela vient de mon en- fance. Quand mon père m’emmenait à l’école ou à l’église, même si on ne roulait pas sur l’or, il tenait absolument à ce que je sois propre et bien habillé. J’avais les chaussures trouées pour traîner et jouer au foot et les belles chaussures pour l’école et l’église. J’ai gardé ça. Dès mes premiers salaires, j’ai acheté de beaux habits. Même si j’aime les couleurs, j’essaie d’être sobre. Je ne veux pas être arrogant. Je me vois pas mettre un jean troué avec le caleçon apparent (sourire). C’est important l’image qu’on dégage, la façon d’être habillé... ça en dit beaucoup sur la personne.

@Fanny Mokas / Lyon Capitale ()

Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux. C’est pour mieux contrôler votre image ?

C’est bien de pouvoir partager mon quotidien de footballeur à travers les réseaux sociaux. Poster une photo d’un déplacement, d’une coulisse, raconter mes journées, ce n’est pas grand-chose. J’aime bien communiquer, dialoguer avec les fans. Je ne surjoue pas, j’essaie d’être le plus naturel possible. Vous jouissez plutôt d’une bonne image.

Que souhaitez-vous qu'on dise à votre sujet ?

Que je suis quelqu’un qui a reçu une bonne éducation. Le football génère beaucoup d’argent et on catalogue souvent les footballeurs comme des personnes inaccessibles, très bling-bling. Croyez-moi, ce vestiaire lyonnais est composé de joueurs simples et accessibles.

On veut bien vous croire. Seulement, le fossé se creuse considérablement entre les footballeurs et le grand public. Certains d’entre vous vivent vraiment dans leur bulle...

Le regard des autres change aussi. Lorsque des amis vont dans un restaurant, on leur dit qu’il n’y a plus de place, alors que si c’est moi qui arrive, là, comme par hasard, il n’y a pas de problème. Je ne trouve pas cela normal. Il faut aussi parfois tourner les choses à l’envers. Et si certains joueurs sont mal entourés et n’ont pas le recul nécessaire, c’est logique qu’ils prennent le melon.

On a tout de même entendu certains joueurs se plaindre car ils avaient dû voyager en TGV en seconde et non en première...

Mais ça, c’est plus lié à l’ego. Au fond, je suis persuadé qu’il y a très peu de joueurs méchants. On a l’habitude d’être dorlotés et chouchoutés. On s’occupe de nous depuis l’âge de 14 ans. Je ne nie pas certains écarts de conduite, mais j’ai le sentiment qu’il y a des progrès et des améliorations. Personnellement, je fais en sorte de regarder les journaux télévisés, cela permet de voir ce qui se passe autour de nous. La France traverse des moments économiques et sociaux difficiles. On n’a pas le droit, nous footballeurs, de mal nous comporter.

* L’affaire est en cours d’instruction.

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