Christophe Lemaitre

Le gène de la vitesse, meilleur argument que la couleur de peau

Vendredi à Valence, Christophe Lemaitre a écrit une page de l'histoire de l'athlétisme en courant les 100 mètres en moins de dix secondes. Mais pourquoi les médias ont-ils insisté sur la couleur de sa peau autant que sur sa performance ?

Après tout, il est le 72e sprinteur à passer sous cette barre symbolique depuis l'Américain Jim Hines qui, le premier brisa cette barrière en 1968 à Mexico. A 9 secondes 98, Lemaitre est encore loin du record absolu établi par le Jamaïquain Usain Bolt de 9 secondes 58. (Voir la vidéo)

D'ailleurs, interrogé juste après la course, l'intéressé a simplement déclaré :

« Je réalise que j'ai fait un bon chrono, que j'ai battu le record de France. Il n'y a pas grand chose d'autre à expliquer. »

Résigné à entendre partout qu'il était le « premier Blanc » à réaliser l'exploit, il a ajouté :

« Il faut que je me fasse à cette idée. Parfois ça me fait sourire. »

Cette obsession de la couleur de peau agace d'ailleurs Teddy Tamgho, le spécialiste du triple saut, qui l'a fait savoir :

« Je ne comprends pas vraiment le fait qu'on en fasse autant sur une distinction de couleur. Pourquoi les Blancs ne courraient pas vite ? »

95 % des sprinteurs possèdent le même gène

En réalité, la couleur de peau n'a rien à voir dans le fait de courir vite, mais la génétique peut jouer un rôle, expliquent plusieurs experts.

Si la « race » n'est pas une notion retenue par les scientifiques, en revanche un « gène de la vitesse » pourrait être une des raisons de cette performance.

Une équipe de l'Institut de recherche neuromusculaire de Sydney a en effet mis en évidence un variant du gène ACTN3, appelée « R » et que l'on retrouve chez la plupart des sprinteurs, tandis que la variante « X » donne une prédisposition pour l'endurance.

La forme R de l'ACTN3 « produit l'alpha-actinine-3, une protéine qui augmente la force et la vitesse de contraction des fibres musculaires rapides », peut-on lire sur un document diffusé par la Fondation suisse antidopage, qui précise, citant les recherches australiennes, que :

« 95 % des sprinters étudiés possédaient au moins un gène de la forme R et 50 % en avaient même deux. »

Rachel Irving, chercheur à l'université des West Indies, confirme certaines prédispositions :

« Une analyse de l'ADN de 200 Jamaïquains de niveau olympique montre que 80 % disposent du variant RR. » [soit le redoublement du fameux gène R, ndlr].

On ignore si Christophe Lemaitre est doté de ce gène.

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