Payre
©Elise Julliard

Renaud Payre : "Bref, le front républicain est mort"

Pourtant prévisible, le duel Macron/Le Pen n’a pas produit la réaction anti-FN de 2002 où le second tour entre Jacques Chirac et Le Pen père avait offert 82,21 % au premier. Aujourd’hui, la stratégie du front républicain a du plomb dans l’aile. Pour Renaud Payre, le directeur de Sciences Po Lyon, ce front est même "mort". Une mort qui oblige à réfléchir sur la structuration politique des nouvelles générations.

Lyon Capitale : De la France insoumise au parti Les Républicains, ce que l'on appelle le "front républicain" semble bel et bien enterré alors qu'en 2002, des manifestations monstres et relativement spontanées se sont levées partout en France pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen. Comment analyser ce changement ?

Renaud Payre : On voit bien qu'on n'est absolument plus dans le contexte de 2002. On a tous en mémoire les nombreuses manifestations dans les villes de France suite à l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour qui n’était pourtant qu'à 17 %. Il y a quinze ans le rapport au FN était ce qui structurait la politique. Le rejet n'est plus le même aujourd'hui.

"Les personnes nées dans les années 1990 et 2000 n'ont plus les mêmes comportements politiques que les générations antérieures"

Justement qu'est-ce qui a changé ? Pourquoi une nouvelle génération d'électeurs semble ne plus croire en ce front républicain ?

Ce qui jusqu’ici a marqué des générations d’électeurs qui se sont structurés dans un rejet du FN, n'opère plus. Après les désillusions de la gauche au pouvoir, il y a tout de même eu un vote PS. Ce parti était vu comme l'incarnation de la défense de droits et donc comme la plus grande opposition au FN. Même les gens nés dans les années 1980 se sont politisés avec cette conception de la gauche. Aujourd'hui, les personnes nées dans les années 1990 et 2000 n'ont plus les mêmes comportements politiques que les générations antérieures. Ce à quoi il faut ajouter une certaine désillusion. C'est ce qui a pu composer l'électorat Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon fait partie de cette gauche qui s'est structurée dans le rejet et qui s’oppose viscéralement au Front national. Pourtant, il fait partie de ceux qui ne se prononceront pas quant au positionnement à adopter au second tour. Comment analyser ce revirement entre 2002 et 2017 ?

Ce que l'on peut trouver surprenant, c'est qu'il avait le soir du premier tour, une opportunité réelle de se présenter comme le représentant de la première force de gauche. Une sujet qu'il, visiblement par déception, n'a pas du tout abordé. Par ailleurs, sa position de 2017 n'est en rien comparable à celle de 2002 et il prend très clairement le risque de perdre une partie de ses soutiens qu'il avait obtenu durant les dernières semaines de campagne en coalisant une forme de vote utile à gauche chez les personnes qui hésitaient entre Hamon et lui.

Le ni-ni "laisse un goût amer"

Concernant la droite, le front républicain est critiqué depuis un moment ?

À droite, cette stratégie de dire "ni Macron, ni Le Pen" n'est pas nouvelle, mais on voit qu’elle divise la classe politique chez Les Républicains comme c’est le cas à Nice avec la divergence de point de vue entre Éric Ciotti et Christian Estrosi. Mais cette position laisse un goût amer quand on sait que durant les élections régionales les listes PS, dans les Hauts-de-France et en région Paca, ont pris sans hésitation la décision de se retirer pour faire barrage au FN. Bref, le front républicain est mort.

Cette situation inédite va forcément être abordée par les sciences sociales et politiques. En tant que directeur de Sciences Po Lyon, quelles sont, selon vous, les questions que ce nouveau fait politique posent ?

Comme je l'ai dit, il sera intéressant de comprendre pourquoi certains reviennent sur ce qui a structuré leur vote auparavant et comprendre ce qu'est aujourd'hui la structuration politique des jeunes générations. Après le second tour, il sera également intéressant de regarder si le Front national gagne des voix ou non. Marine Le Pen a gagné près d'un million de voix entre les élections régionales de 2015 et cette élection présidentielle (6 421 426 au 1er tour de l'élection présidentielle de 2012, contre 6 820 477 pour le FN aux régionales en 2015 et 7 679 493 à l'élection présidentielle de 2017 Ndlr). Il semble que son socle grandit et il faudra comprendre si sa stratégie de dédiabolisation crée un effet cliquet, c’est-à-dire que les électeurs qui viennent à voter FN continuent de le faire dans les élections à venir.

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1 commentaire
  1. Kasneh - 27 avril 2017

    Les temps ont changé. Il y a 15 ans Mélenchon appelait à voter Chirac contre Lepen. Aujourd'hui il ne donne toujours pas de consigne de vote !

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