Philippe Meirieu entre déception et amertume

Grosse désillusion pour Philippe Meirieu. Le candidat Europe Écologie-Les Verts, investi par le Parti socialiste dans la 1ère circonscription du Rhône, a perdu son duel contre le candidat dissident, soutenu par Gérard Collomb, Thierry Braillard. Entre ambiance plutôt fraîche à son local de campagne et charge sonnée contre le maire de Lyon à la préfecture, récit d’une soirée aux côtés d’un des grands perdants de ce premier tour.

Météo maussade et température fraiche, à l’extérieur comme à l’intérieur du local de campagne de Philippe Meirieu. Pour le premier tour des élections législatives, nombre de regards étaient tournés vers la 1ère circonscription du Rhône, où le candidat EELV investi par le parti socialiste était opposé à Thierry Braillard, candidat dissident soutenu par Gérard Collomb. Une sorte de primaire intégrée, sous haute tension, au cours de laquelle Philippe Meirieu a accusé son concurrent de surfer sur la confusion, en utilisant les signes du parti socialiste, comme son logo.

A 19h45, le local du quartier du Point du Jour est quasiment vide. Une poignée de militants est là qui dresse un buffet et installe un vidéoprojecteur. "Nous n’avons toujours aucun chiffre local" assure-t-on alors. Quelques minutes avant 20h, Philippe Meirieu fait son entrée. Plutôt détendu et serein, il annonce d’emblée qu’il n’y aura pas de résultats locaux "avant un moment". Seul, studieux face à l’écran sur lequel est diffusé la soirée électorale de France 2, il prend des notes sur les tendances nationales. Peu de sympathisants sont présents, pas même sa suppléante, Nathalie Perrin-Gilbert. "Ils assistent aux dépouillements dans les bureaux de vote", justifie-t-on dans l’entourage du candidat.

La défaite

Le cas Meirieu semble surtout intéresser les journalistes qui ont convergé vers son local. Le candidat se prête d’ailleurs volontiers aux interviews, en assurant "se montrer disponible dans la soirée", pour mieux commenter les résultats. Mais à 20h45, en même temps qu’il reçoit les premiers SMS lui annonçant les grandes tendances, Philippe Meirieu se montre moins loquasse. On lui glisse des mots à l’oreille, lui montre des résultats reçus par SMS. Le vent tourne. Il se retranche dans un petit bureau du local avec un collaborateur et son fils. Un véritable conclave. Dans la salle, les premiers militants qui étaient dans les bureaux de vote commencent à arriver, la mine grave.

Thierry Braillard est deuxième, devant Meirieu. Pas de déclaration. Philippe Meirieu s’est isolé avec ses proches collaborateurs pour écrire son discours. Il refuse désormais toutes les sollicitations de médias et "ne fera qu’un seul discours, à la préfecture à 22h30". "Il ne s’exprimera pas en dehors", confirme son directeur de campagne. Nathalie Perrin-Gilbert, sa suppléante, arrive au local, souriante, satisfaite "d’avoir mené une campagne digne et honnête". De leur côté, les militants qui sont arrivés peu à peu, fulminent. Ils dénoncent les méthodes de campagne des équipes de Braillard, évoquant "des faits graves survenus dans l’après-midi".

Pour la plupart d’entre eux, "cette élection fera l’objet d’une réclamation sans aucun doute". Isolé depuis presque 1h30, la sortie de Philippe Meirieu se fait attendre. Quand enfin il pousse la porte de son bureau, il adresse quelques mots de remerciement à la cinquantaine de personnes venue pour le soutenir, offre une accolade à sa suppléante et rejoint la préfecture où il doit s’exprimer.

La charge

Lorsqu’il fait son entrée sous les dorures de la République, le candidat déçu croise Gérard Collomb. Le maire de Lyon lui serre la main, hausse les épaules et se contente d’ajouter "et ben écoutez… voilà…" en affichant un sourire. Meirieu ne s'arrête pas. Il entame son discours, devant un parterre de journalistes qui se sont agglutinés autour de lui. Un discours musclé, clairement dirigé contre le maire de Lyon et son "poulain". D'emblée, il semble viser l’édile lyonnais : "Je regrette très fortement l’abstention, qu’il faut entendre comme le signe, sinon d’un désintérêt, au moins d’un scepticisme, sur l’importance de ces élections législatives. Permettez-moi de penser que le cumul des mandats, l’absentéisme des parlementaires, le clientélisme des élus n’y sont pas pour rien".

Et de dénoncer " des mensonges répétés" contre lui et une "campagne de désinformation dont [il a] été victime". Il juge même que "cette élection a été transformée en plébiscite par le Maire de Lyon qui a engagé tout son poids pour faire élire celui qu’il pensait être le meilleur défenseur de l’intérêt d’une ville dont il se pense être le propriétaire. Et de sonner la charge, le menton haut et le regard sévère : "je suppose que ni lui, ni le Maire de Lyon ne souhaitent le soutien d’un ‘khmer vert, apparatchik, arriviste et opportuniste sans convictions’. Néanmoins j’appelle solennellement les électeurs de gauche à se mobiliser pour battre la droite dimanche prochain".

Mais déjà Philippe Meirieu évoque l’avenir : "pour ce qui me concerne, je continuerai aussi mon combat, sous des formes que je n’ai pas encore déterminées, pour la démocratie, et au service indéfectible, comme je l’ai toujours fait, des plus faibles, des plus démunis contre toutes les formes d’oppression quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent". Sans s'attarder, à peine son discours terminé, refusant toute interview, Philippe Meirieu tourne les talons et quitte rapidement la préfecture.

à lire également
Michel Havard, Georges Fenech, Najat Vallaud-Belkacem et Philippe Meunier © Tim Douet (montage LC)
L’année 2017 a laissé sur le carreau de nombreux élus et ministres. Les obligeant parfois à reprendre le cours d’une carrière professionnelle laissée en jachère, voire jamais construite. Si le matelas du cumul des mandats a amorti des chutes, certains heurtent le mur du réel. Tour d’horizon des battus et des recasés.
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut