élection à Lyon urne bulletin vote
© Tim Douet

Municipales : 30 % des habitants du Rhône non comptabilisés ?

Une circulaire du ministère de l'Intérieur a modifié les règles de comptabilisation des résultats électoraux. Désormais seuls les candidats des villes dont la population est supérieure à 9000 habitants se verront attribuer des nuances politiques, rendant ainsi invisibles 50 % de la population française et 27,7 % de la population du Rhône.

Dans une circulaire envoyée aux préfets le 7 janvier dernier, Christophe Castaner a indiqué les nouvelles règles de comptabilisation des résultats électoraux. Désormais, les communes de moins de 9 000 habitants ne seront pas prises en compte dans l’attribution d’une couleur politique au niveau national. Jusqu'ici cette règle s'appliquait aux communes de moins de 1000 habitants.

Lors des élections, les services de l'État attribuent des nuances politiques en fonction des positionnements des candidats. On retrouve par exemple (Com) pour les Communistes, (FI) pour la France insoumise, (DVG) pour Divers Gauche, (REM) pour La République en Marche, (LR) ou (DVD) pour Les Républicains et Divers droite ou encore (RN) pour le Rassemblement national. En tout, 24 nuances sont codifiées. L'objectif est d'harmoniser les résultats pour créer au niveau national une grille de lecture plus simple à analyser et ainsi en tirer des enseignements sur les rapports de force en présence. Ainsi, selon l'AFP en passant le seuil à 9 000 habitants minimum, le gouvernement va exclure de la comptabilisation nationale 96 % des communes françaises et près de 50 % de la population.

La métropole de Lyon moins impactée que le département du Rhône

Selon le dernier recensement de l'Insee, la métropole de Lyon compte 1 385 927 habitants dans ses 59 communes. Parmi eux, 144 325 vivent dans une des 34 communes comptant moins de 9000 âmes, soit 10 % de la population du Grand Lyon. Dans le département du Nouveau-Rhône, les chiffres sont bien plus importants. En tout, 365 727 personnes parmi les 457 392 habitants du département vivent dans une commune de moins de 9000 habitants. Soit près de 80 % de la population. En clair, seules les villes de Villefranche-sur-Saône, Belleville-en-Beaujolais, Genas, Brignais et Tarare comptent plus de 9000 habitants. En tout, c’est donc 27,7 % des habitants du département, métropole incluse, qui seront invisibilisés par cette circulaire.

Si au niveau local cette modification ne change rien, au niveau national, aucune information ne remontera au ministère de l'Intérieur pour les villes de moins de 9000 habitants. Du “machiavélisme électoral”, selon le député LR de l’Ain Damien Abad qui a déposé en recours devant le Conseil d'État. “C'est extrêmement préoccupant. Elle est là pour camoufler des résultats de La République en marche qui seront, je pense, médiocres, dans ces élections municipales”, a critiqué de son côté Patrick Kanner, président des sénateurs du Parti socialiste (PS).

À l’inverse, les maires des communes rurales ont salué la circulaire du ministère de l’Intérieur expliquant “s’agissant des villages et des communes rurales, la vie politique relève d’une pratique bien différente et peu comparable aux enjeux partisans des villes”. Selon l’Association des maires ruraux de France (AMRF), le “nuançage s’immisce dans le débat local et le fausse” en faisant entrer des candidats “dans une classification administrative étriquée”.

Qu'est-ce que ça change pour le Grand Lyon et le Rhône ?

Selon les calculs du Parisien, en prenant en compte les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 où Nathalie Loiseau a obtenu 22,4 % des suffrages, le parti présidentiel augmenterait de 1,5 point son score (23,9 %) tandis que le Rassemblement national, 23,3 %, chuterait à 19,2 % si les seules villes de 9000 habitants et plus étaient comptabilisées.

Dans le département du Rhône, qui a très largement voté pour LREM (26,25 %) devant EELV (17,21 %) et le Rassemblement national (16,98 %) lors des dernières européennes, la modification introduite par cette circulaire ne changerait pas fondamentalement les résultats.

Pour la métropole de Lyon, en ne comptant que les communes de plus de 9000 habitants, le score de LREM aux Européennes passerait de 27 % (ancien mode de calcul) à 26,4 % (nouveau mode), celui d'ELLV de près de 18 % à 18,4 % et celui du RN de 14,8 % à environ 14,6 %.

Concernant le département du Rhône sans les chiffres métropole, en concernant le même mode de calcul et en retirant les communes de moins de 1000 habitants, le score de LREM tomberait de 24,8 % (ancien mode de calcul) à 24,5 % (nouveau mode), celui d'ELLV de 15,3 % à 13,7 % et celui du RN augmenterait pour passer 21,6 % à environ 22,2 %. Moins de grand chamboulement donc au niveau local, mais une invisibilisation au niveau national de près de 28 % de la population du Rhône.

Contacté par Le Parisien, le ministère de l'Intérieur a d'abord expliqué que les scores des villes de moins de 9000 habitants “ne seraient pas intégrés dans la communication des résultats globaux” avant d'expliquer finalement que des “arbitrages” doivent encore être rendus pour savoir si les résultats des candidats avec étiquettes des “petites villes” seront intégrés.

à lire également
4 commentaires
  1. JANUS - 21 janvier 2020

    Tambouille électorale. A vomir !

  2. Limas69 - 21 janvier 2020

    Rompre avec les vieilles méthodes de la politique disait Macron et ses sbires ... Ils sont pires !

  3. Galapiat - 21 janvier 2020

    une autre bonne raison de ne pas voter REM.

  4. JANUS - 21 janvier 2020

    Le nouveau monde selon saint Macron !

Les commentaires sont fermés

Faire défiler vers le haut