Les hommes du Président à Lyon

Les politiques, les religieux, les sportifs sont bien représentés. Mais les relais dans les milieux d'affaires restent ténus... ou très discrets.

La garde rapprochée
Laurent Solly, Brice Hortefeux, Bernard Accoyer : ce sont les mousquetaires régionaux du nouveau président. Et ils ont toutes les chances de rester à ses côtés pendant longtemps. Le plus Lyonnais de tous, c'est Laurent Solly, c'est aussi un des plus proches de Nicolas Sarkozy dont il est un peu le "protégé". Ce brillant énarque, beau gosse de surcroît, est originaire de Villefranche. A Lyon, sa famille se souvient d'un enfant déjà extrêmement absorbé par le travail et doté d'un grand sens de la synthèse. A 36 ans, il est un des plus jeunes de l'équipe restreinte de Sarkozy à qui il a été présenté par son professeur de l'ENA. Il rentre à Beauvau en 2004. Là, il est remarqué et poussé par Cécilia. Il devient le monsieur sondage, "l'officier traitant des patrons d'Instituts", celui qui commande et dissèque les enquêtes d'opinion quasiment quotidiennes sur lesquel travaille le candidat. Sarkozy en fait son chef de cabinet en 2005, puis le fait nommer préfet hors cadre par Chirac en 2006. Sarkozy admire ses qualités d'organisation. Il a une réelle affection pour Solly et l'a beaucoup entouré personnellement lorsque celui-ci a perdu tragiquement son épouse pendant la campagne. Surnommé le "Villepin de Sarko", certains à l'UMP voient déjà Solly en secrétaire général de l'Elysée. D'autres le trouvent encore un peu vert pour un tel poste et, comme pour donner une piste, rappellent son goût pour la culture méditerranéenne. En tout état de cause, Solly restera très proche de Sarkozy... mais il n'a aucun goût pour briguer un mandat. Un vrai Villepin donc, jusqu'aux bouts des ongles !
Brice Hortefeux, lui, c'est l'ami de trente ans. C'est le plus proche, l'intime parmi les intimes, l'indispensable, le redoutable faiseur de "coups". Au nom du chef et du RPR, il a géré avec une certaine brutalité la crise régionale en 1998. Brice Hortefeux n'est pas tout à fait de Rhône-Alpes, il est auvergnat et il se verrait bien maire de Clermont-Ferrand. Mais politiquement, sa patrie c'est Sarkozy. Les deux hommes se sont rencontrés en 1976 quand ils étaient étudiants, Hortefeux à science-po, Sarkozy en droit. C'était lors de ce fameux meeting où Jacques Chirac a laissé quelques minutes la parole à un jeune inconnu (Sarkozy), lequel jeune a gardé le micro 20 minutes. Le jeune Brice, simple spectateur, est conquis. Il va se présenter à Sarkozy. Ils ne se quitteront plus. Il deviendra son chef de cabinet à Neuilly et son conseiller politique. Celui qu'on appelle "le Ponia de Sarko", "mais également à cause de la ressemblance" plaide son entourage, est un personnage clé dans le dispositif Sarko. Le "porte-flingue" de Sarko pourrait se retrouver à l'Intérieur.
Bernard Accoyer, élu de Savoie connaît Sarko depuis 1993. A la fin des années 1990, ils étaient en responsabilité des fédérations RPR. "J'aime travailler avec Nicolas, c'est agréable et clair. J'aime sa force de travail, son intelligence. Il fait ce qu'il dit. D'ailleurs, il a rassemblé pendant la campagne sans changer son discours" nous a-t-il confié. Accoyer est en phase idéologique avec Sarkozy et il ne cache pas que sa condamnation de mai 68 lui a bien plu. "Bernard", c'est l'homme de confiance, la cheville ouvrière, celui qui peut le cas échéant tenir une majorité... ou même la mettre au pas.

Les 4 conquistadors de Sarkozy
Dominique Perben, Michel Barnier, Alain Carignon et Henry Chabert sont pour Sarkozy, les hommes de la reconquête en Région. L'élection présidentielle pour le nouveau président devant avoir un impact fort sur les législatives de juin prochain, les municipales de mars 2008, voire les européennes de 2009 et les régionales de 2010. A cet effet, dans la région, les quatre conquistadors sont déjà installés avec une mission précise. A Dominique Perben de récupérer la mairie de Lyon et le Grand Lyon. A Alain Carignon d'arracher Grenoble aux socialistes. A Henry Chabert de faire basculer Villeurbanne à droite. Pour Michel Barnier, la feuille de route est un peu moins précise. Il pourrait concurrencer Jean-Jack Queyranne à la tête de la Région Rhône-Alpes ou préparer les européennes pour l'UMP.
Parmi ces quatre, deux sont des "poids-lourds", Barnier et Perben. Le ministre des Transports dont les rapports avec Sarkozy étaient il y a quelques années conflictuelles, a pris un cap sarkozyste au point de s'imposer au fil de la campagne comme un incontournable. Il était aux côtés du nouveau président dimanche soir à la Concorde. Michel Barnier qui a "emporté" avec Jean-Claude Killy les jeux d'Albertville et qui s'était fait éjecter du gouvernement par Chirac retrouve avec Sarkozy une influence à l'international. Cet européen convaincu pourrait contrebalancer l'image atlantiste du nouveau président.
Les deux autres, Henry Chabert et surtout Alain Carignon, sont des vieux amis de Sarkozy et des "revenants" en politique. Les deux témoignent d'un attachement très fort à "Sarko". Henry Chabert explique : "Il sait mettre en valeur et s'attacher les gens qui peuvent lui apporter quelque chose". Il ajoute : "Quand j'ai fait ma traversée du désert, il a toujours été présent. Les témoignages qu'il a eu relèvent de l'amitié". Les deux hommes sont devenus proches en 99 quand il était député européen et que Sarkozy avait repris à Philippe Seguin la tête de liste du RPR aux européennes. Aujourd'hui, le lien est naturellement plus distant : "Je suis en contact avec lui à travers Laurent Solly, son chef de cabinet, et Frédéric Lefebvre, son attaché parlementaire, dont je suis très proche. Je leur livre mes impressions, leur fait de petites notes... Mais je ne joue qu'un tout petit rôle et me concentre sur Villeurbanne". Il a d'ailleurs apprécié que Sarkozy vienne lui rendre visite pendant la campagne : "C'est un signe de l'importance qu'il accorde aux municipales".
Alain Carignon témoigne aussi de cette fidélité : "Quand j'ai été condamné, Sarkozy a déclaré publiquement que j'étais son ami avant et que je le resterai après. Et dans toute cette période (quand il était en prison, ndlr), il s'est manifesté de manière très humaine auprès de ma femme" a-t-il confié à Lyon Capitale en revenant sur ce qui les a uni. En 86, quand Pasqua fait payer à Sarkozy le fait de lui avoir pris la mairie de Neuilly, en le bannissant de l'Assemblée nationale et du gouvernement, Carignon, ministre de l'Environnement, lui confie une mission. La fronde des rénovateurs les sépare, mais ils se retrouvent grands amis dans le gouvernement Balladur, en 93 : "On faisait notre jogging ensemble entre Bercy et le ministère de la communication. Et nous passions nos petites vacances ensemble, avec Cécilia et Jacqueline : on a fait les lacs italiens, Ouarzazate, le désert marocain..." raconte Carignon. Il ajoute : "A l'époque, il se préparait déjà à être Président. Je l'ai toujours vu travailler pour être prêt pour cette fonction, sur le plan intellectuel et physique. Il s'est imposé une discipline stricte, comme un sportif de haut niveau." Désormais, puisque Sarkozy a fait sa part du boulot en l'emportant largement, reste aux quatre conquistadors de transformer l'essai localement.

Les relais fidèles
Localement, Nicolas Sarkozy a quelques têtes de réseau avec qui le contact est particulièrement direct et même amical. Emerge de ces relais l'atypique et fougueux Dino Sineri, député-maire de Firminy. Nicolas Sarkozy apprécie les qualités personnelles de ce fils d'immigrés italiens, élu de droite dans une ville communiste. Sarkozy peut aussi particulièrement s'appuyer sur des parlementaires lyonnais de sa génération comme Emmanuel Hamelin (député de la Croix-Rousse) et Philippe Cochet (député de Caluire) qu'il a appris à connaître à l'Assemblée et qui n'ont pas ménagé leurs efforts pour le soutenir, y compris contre la chiraquie. Quant à Michel Havard, ex-chabertiste devenu jeune hussard de la Sarkozie, il raconte : "Sarkozy se souvient toujours de moi parce que quand il a été élu à la tête de l'UMP, il m'a nommé secrétaire général de l'UMP du Rhône et j'ai été sa première nomination".

Les people
En soutien people lyonnais - mais devenu très parisien - c'est la figure de Jean-Michel Jarre qui émerge. Laurent Gerra n'a pas non plus caché ses sympathies envers le candidat. Si l'on veut rester localo-local, ce sont les sportifs qui ont le plus déclaré leur flamme au nouveau président. Il y a Zaza, autrement dit Isabelle Blanc. Cette iséroise championne de snowboard sera la suppléante de Yann Casavechhia dans la 4e circonscription de Grenoble. Mais, contrastant avec la neutralité affichée par Jean-Michel Aulas, quelques figures de l'OL se sont engagées. Visage concentré et séduit, Bernard Lacombe était au premier rang pour applaudir Nicolas Sarkozy à Eurexpo. Le buteur français le plus prolifique de l'histoire du championnat de France, devenu conseiller spécial d'Aulas, est un sarkozyste pur sucre. L'ancien entraineur Paul Le Guen et le gardien de but Gregory Coupet sont aussi des fans du nouveau président Sarkozy qui n'a d'ailleurs jamais perdu une occasion, y compris dans Lyon Capitale, de dire tout le bien qu'il pense de l'OL. Curieusement, les relais de Sarkozy dans les milieux d'affaires lyonnais sont plus faibles... ou plus discrets. On a tout de même noté qu'Alain Merieux - un très proche de Jacques Chirac - était au meeting de François Fillon à Oullins le 17 avril dernier, et à celui de Nicolas Sarkozy à Eurexpo le 5 avril.

Les stratégiques
Le ralliement à Sarkozy du député drômois Eric Besson en a fait aux yeux de son camp et au-delà un traître et un félon. Mais cet ancien responsable du programme économique du PS était un poids lourd chez les socialistes et donc une recrue de choix pour Sarkozy... mais surtout en campagne. Maintenant, il n'est pas sûr qu'il soit d'une grande utilité au nouveau président même si on les a vu dernièrement en plein jogging. "C'est ce qu'on appelle un ami de campagne" juge, ironique, Michel Havard, secrétaire départemental de l'UMP.
Dans un tout autre registre, les liens d'amitié qui se sont tissés entre le cardinal Philippe Barbarin et le nouveau président Nicolas Sarkozy ne sont pas un mystère. "Sarkozy vote Barbarin" titre Golias avec humour. Le journal catholique lyonnais insiste sur les proximités idéologiques entre les deux hommes. Les prises de position anti-mariage homo du Cardinal Barbarin en pleine campagne électorale ont semé le trouble et sont passés comme un soutien implicite à Sarkozy qui a même irrité la hiérarchie catholique de Barbarin. Dans ses livres, Nicolas Sarkozy affirme qu'il apprécie l'Episcopat quand il est traditionnel, en général, et quand il est incarné par Philippe Barbarin, en particulier. Il l'a récemment confirmé à RCF/ Radio notre-Dame. "Sarkozy a le désir de se montrer proche de Jean-Paul II et du Cardinal. Dans les 15 derniers jours de la campagne, il a tenu à le rappeler" commente-t-on sobrement dans l'entourage de Barbarin. Au delà d'une adhésion idéologique, le nouveau président a confié qu'il ne supportait pas les ecclésiastiques qui ne portent pas les habits religieux. Avec Barbarin, sur le fond, comme sur le style, il est servi. L'esprit de 68 n'anime pas les deux hommes.

Les ministrables locaux
Dans la grande région, à tout seigneur, tout honneur, une tête dépasse, celle de Brice Hortefeux, actuel ministre des Collectivités territoriales. Intime et "double" de Sarkozy, le Clermontois pourrait récupérer le ministère de l'Intérieur. Circulent aussi les noms de Jacques Pellisard, maire de Lons-le-Saunier et président de l'Association des maires de France et celui du jeune Laurent Wauquiez, député de Haute-Loire, cité pour l'Agriculture. Dominique Perben a fait savoir qu'il ne souhaitait pas être ministre. Michel Barnier en revanche pourrait l'être. Le lyonnais Laurent Solly ne sera certainement pas ministre mais occupera une place de choix et aussi importante auprès de Sarkozy.

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