Marine Le Pen
© FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Les approximations de Marine Le Pen

Lyon Capitale a décidé de décortiquer le discours de Marine Le Pen lors de la clôture du congrès du Front national à Lyon le week-end dernier. Approximations, raccourcis, contre-vérités : pour séduire ses militants et les Français, la présidente du parti frontiste ne recule devant rien.

© FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

© FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Très critique à l'égard des autres formations politiques, celle qui a été réélue avec 100 % des voix à la tête du mouvement lancé par son père se montre moins grandiloquente à l'heure de formuler des propositions. Quant au positionnement politique du FN, il varie d'un thème à l'autre : de l'ultragauche à l'extrême droite. Retour sur les approximations et contre-vérités de Marine Le Pen, une sélection non exhaustive.

Les mamans voilées participent illégalement aux sorties scolaires

Marine Le Pen : "La ministre de l'Éducation nationale encourage les mères qui portent le voile à être accompagnatrices des sorties scolaires contre nos lois."

PLUTÔT FAUX

Najat Vallaud-Belkacem ()

@Tim Douet

Si Najat Vallaud-Belkacem a bien émis l'idée qu'il fallait que les mères voilées puissent participer aux sorties scolaires, cela n'enfreint aucune loi française. Marine Le Pen avance ici un amalgame entre voile, autorisé, et burqa, interdite par la loi française.

L'idée de Najat Vallaud-Belkacem ne contrevient pas non plus stricto sensu à la circulaire Chatel, qui préconisait de refuser les accompagnatrices voilées. Pour la ministre de l'Éducation nationale, les mères voilées ne constituent pas une forme de prosélytisme religieux. Elle épouse ainsi l'avis du Conseil d'État, qui a estimé, en décembre 2013, que les accompagnants n'étaient pas soumis à la même neutralité que le corps enseignant.

Le Gouvernement autorise la vente de médicaments aux grandes surfaces

Marine Le Pen : "Les grandes surfaces préparent les linéaires qui accueilleront les médicaments que la réforme des professions réglementées leur permettra de vendre et que nos pharmacies de campagne ne vendront plus puisque du coup elles auront fermé."

FAUX

Pharmacie en grève à Estaires, dans le Nord de la France, 29 septembre 2014 / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

© PHILIPPE HUGUEN / AFP

Marine Le Pen n'a pas mis ses fiches à jour. Si l'idée avait été envisagée par Arnaud Montebourg quand il avait lancé sa croisade contre les professions réglementées, son successeur au ministère de l'Économie, Emmanuel Macron, a balayé cette hypothèse. "On ne mettra pas des médicaments en grandes surfaces parce qu'aujourd'hui on ne manque pas de pharmacies, les prix ne sont pas excessifs et ensuite parce qu'il y a une sensibilité forte, que j'ai pu mesurer dans mes contacts sur la sécurité sanitaire. L'idée que des médicaments, même non prescrits, puissent être vendus en supermarché, c'est un peu une atteinte au modèle de société auquel les Français tiennent", a-t-il expliqué sur France Inter.

Les clandestins pris en charge à 100 %

Marine Le Pen : "Nos personnes âgées regardent ébahies s'allonger la liste des médicaments qui ne seront plus remboursés, quand les clandestins se font prendre en charge à 100 % dans nos hôpitaux au bord de l'asphyxie."

PLUTÔT FAUX

L'attaque contre l'aide médicale d'État (AME) est l'un des grands classiques du Front national, comme d'une partie de l'UMP d'ailleurs. Toute personne vivant illégalement en France peut en effet en être bénéficiaire. "Cette protection santé s'adresse aux ressortissants en situation irrégulière et précaire", explique l'Assurance Maladie. Deux conditions restrictives : la personne doit être sur le territoire national depuis trois mois et avoir des revenus inférieurs à 8 664 euros. En 2013, l'AME a coûté 744 millions d'euros à la France, pour 264 000 bénéficiaires.

Un bénéficiaire de l'AME ne peut pas recevoir des soins de toute nature, elle ne donne droit qu'à la prise en charge à 100 % des soins médicaux et d'hospitalisation en cas de maladie ou de maternité. Un bénéficiaire de l'AME ne peut refuser des médicaments génériques. L'orthodontie, les prothèses dentaires ou auditives, l'optique et les dispositifs médicaux ne sont pas pris en charge par l'AME. Seuls les bénéficiaires de la couverture médicale universelle (CMU) peuvent être remboursés de ces actes médicaux. Mais, pour être éligible à la CMU, il faut avoir la nationalité française ou un titre de séjour, ou avoir entamé des démarches pour en obtenir un.

6 millions de chômeurs en France

Marine Le Pen : "Le chômage atteint des sommets vertigineux : 5,8 millions chômeurs officiels (…) Il faut ajouter ceux qui, ayant plus de 50 ans, savent qu'ils n'ont aucune chance de retrouver un emploi et n'osent plus s'inscrire à Pôle Emploi (…), les centaines de milliers de salariés dégoûtés par l'échec de leur parcours de recherche d'emploi (…) qui se sont inscrits comme autoentrepreneurs."

PLUTÔT VRAI

Le chiffre de 6,1 millions de chômeurs avancé par Marine Le Pen tranche avec ceux présentés chaque mois par le Gouvernement, qui se situe autour de 2,7 millions de Français. Il est pourtant vrai.

Pour frapper les esprits, la présidente du FN additionne en effet toutes les catégories de chômeurs, quand l'annonce mensuelle se focalise sur la catégorie A (les chômeurs n'ayant exercé aucune activité lors du mois précédent). Elle ajoute aussi les chiffres des Dom-Tom, qui ne sont jamais présentés avec la même publicité que les chiffres métropolitains. Elle s'aventure sur le terrain de la spéculation quand elle évoque le nombre de chômeurs qui ne s'inscrivent plus, désabusés par Pôle Emploi. S'ils existent, leur nombre est très difficile à mesurer. Il convient aussi de noter que son argumentation peut se révéler mensongère. En prenant l'exemple des "salariés contraints à un temps partiel", elle tente de rajouter des chômeurs déjà comptabilisés dans son premier décompte à son addition finale.

Les mairies financent les mosquées

Marine Le Pen : "La République laïque n'est plus qu'un souvenir évanoui par des années d'immigration massive, de soumission aux revendications des fondamentalistes. Tout y passe : le contenu des manuels scolaires, les repas dans les cantines, les horaires séparés dans les piscines, les jours fériés, la construction de salles de prière. Les pouvoirs publics ont cédé (…), l'école plie, dépassée par le nombre, lâchée par sa hiérarchie. Les maires financent les mosquées. L'argent de pays qui soutiennent le fondamentalisme coule à flots."

FAUX

mosquee-givors ()

L'assertion de Marine Le Pen ne repose sur aucun fait tangible. "Les maires financent les mosquées", assène la présidente du Front national. Mais une telle démarche serait illégale. La loi de 1905 sur la séparation de l'État et de l'Église interdit tout financement public des cultes, que ce soit pour le fonctionnement ou pour la construction. Les pouvoirs publics peuvent en revanche signer des baux emphytéotiques, voire garantir des emprunts. Il existe une autre manière pour des maires de contourner la loi de 1905 : le versement de subventions à des associations culturelles. C'est, par exemple, le cas de la Ville de Lyon qui a versé à la fondation Fourvière, qui vise la rénovation de la basilique, une subvention de 1,5 million d'euros. Marine Le Pen le reconnaît en partie, puisqu'elle accuse les pays qui soutiennent le fondamentalisme religieux de financer nos mosquées. Là encore, c'est plutôt faux. L'Algérie, le Maroc ou la Turquie font partie des pays qui financent le plus la construction de mosquées en France et sont loin d'être considérés comme des Etats où le fondamentalisme religieux gouverne.

Chose amusante, dans les pays qui donnent le plus aux musulmans de France, on retrouve les Émirats arabes unis, présentée par Marine Le Pen elle-même comme un État "qui lutte pied à pied contre le fondamentalisme". Mais, dans son discours, elle se sert de cette nation pour expliquer que l'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France, vient d'être classée sur la liste des organisations terroristes, du fait de sa proximité avec les Frères musulmans. Un classement sur liste noire que l'UOIF conteste.

La gestation pour autrui

Marine Le Pen : "Ils pensent qu'ils peuvent traiter la femme comme une poule pondeuse dont on peut louer le ventre, ce que certaines instances supranationales voudraient imposer."

FAUX

Une participante à la Gay Pride de Barcelone, 28 juin 2014 / © JOSEP LAGO / AFP

© JOSEP LAGO / AFP

La GPA reste interdite en France. Marine Le Pen sous-entend aussi que l'Europe pousserait la France à autoriser la gestation pour autrui. Mais aujourd'hui seuls trois pays européens ont légiféré en ce sens : la Roumanie, l'Irlande et le Royaume-Uni. Quatre pays ne l'interdisent pas et de fait l'autorisent donc : les Pays-Bas, la Belgique, la Slovaquie et la Pologne.

Quant aux institutions supranationales qui voudraient l'imposer, Marine Le Pen doit faire référence à une décision de la Cour européenne des droits de l'homme qui a condamné la France et lui a demandé de reconnaître la filiation des enfants nés d'une GPA. Une circulaire Taubira répondait dès 2013 en partie à cette question, en se fondant sur le fait que des enfants nés de parents français à l'étranger, où se pratiquent les GPA, étaient légitimes à demander la nationalité française. "Il faut affirmer des positions claires : la GPA est et sera interdite en France", a précisé en octobre Manuel Valls.

Les salariés détachés, une concurrence déloyale

Marine Le Pen : "Ils organisent la préférence étrangère à l'emploi en soutenant une directive qui détache des travailleurs à bas coût social pour les mettre en concurrence avec nos salariés sur notre territoire. Ils expliquent aux Français, précisément parce qu'ils sont français, qu'ils devront passer derrière ceux qui ne le sont pas."

PLUTÔT VRAI

Le secteur du bâtiment est mal en point, particulièrement dans le Rhône © Tim Douet

Chantier à Lyon © Tim Douet

Marine Le Pen, députée européenne, a réservé quelques-unes de ses saillies à l'Union européenne. Elle l'accuse donc d'organiser une concurrence déloyale sur le territoire français via la directive permettant l'embauche par des entreprises françaises de salariés détachés. Pour faire simple, le travailleur exilé temporairement en France est payé selon nos standards nationaux, mais ses charges salariales sont calculées en fonction de son pays d'origine.

Sur le papier, l'assertion de Marine Le Pen peut paraître fondée, la France ayant la réputation de faire peser de nombreuses charges sur les entreprises et les salariés. Dans la réalité, les choses sont éminemment plus complexes. Les pays qui nous envoient le plus de salariés détachés sont l'Allemagne, le Portugal, la Pologne et la Roumanie. Par l'effet d'abaissement de charges sur les bas salaires, les différences de charges sociales ne sont pas flagrantes.

33 % des travailleurs détachés œuvrent dans le secteur du BTP. Prenons donc l'exemple d'un carreleur ayant moins de 5 ans d'expérience. Il gagne moins de 1,19 fois le Smic. Son employeur devra donc s'acquitter de 20 % de charges patronales, soit à peu près le taux moyen allemand (19,28 %). En Pologne, il est de 16,78 %, de 23,75 % au Portugal*. Mais, plus le salaire est élevé, plus les charges patronales grimpent : de 7 % pour le Smic à 45,5 % à partir de 3,51 Smic.

* L'OCDE ne fournit pas les données pour la Roumanie.

4 commentaires
  1. stivostine69 - mer 3 Déc 14 à 12 h 48

    Un article sur les approximations de cet article semble nécessaire tant il apparait que l'auteur se trompe sur disons 90% de ces assertions.Prenons la GPA, la position de l'auteur est juste une énorme blague, car nombres d'experts (Mme Sylviane Agazinski) expliquent (par exemple sur France Culture) l'inverse de ce que prétend l'auteur, et de plus on nous avait jouer la meme musique lors de la création du Pax.

  2. stivostine69 - mer 3 Déc 14 à 12 h 52

    Ah oui au fait, j'adore la démonstration concernant le travail détaché ou il est nécessaire de faire appel a 2 chiffres après la virgule pour demontrer son propos, c'est absolument délicieux de lire a partir de 3.51 smic !! A ce propos, on vient dans ma copro de tout refaire, et bien cascade de prestataires (parfois 4 échelons!!) pour au final, 80% d'employés extra-européens corvéables a merci pour disons, 4E/h (et encore). Avec 6 millions de chomeurs, çà fait bizarre.

  3. kaoetic - sam 6 Déc 14 à 20 h 02

    Il est faux d'affirmer que sur le voile NVB s'appuie sur un avis du CE . Au contraire il préconise l'interdiction dans l'interet d'une bonne gestion du SP.Que dirait on si un parent accompagnateur arrivait avec un tee-shirt affirmant 'Dieu est une imposture'? ...

  4. Apologue - mer 10 Déc 14 à 8 h 11

    Article idiot et nauséabond. Je ne vote pas FN mais... (Je sais, ce début de phrase fait toujours sourire, sauf que c'est vrai, puisque je ne suis pas inscrit sur les listes électorales)... mais disais-j,e on se contrefout de l'avis politique d'un journaliste qu'on ne connaît même pas. Et comme l'a bien souligné stivostine, pour attaquer sur le fond, il faut être irréprochable, ce qui n'est manifestement pas le cas.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut