Lafond se voit devant Perben

Pour prouver qu'il avait raison, ses listes indépendantistes doivent au moins atteindre le deuxième tour. Avec un projet très axé sur la qualité de vie, Lafond y croit. Il se voit même deuxième derrière Collomb et futur premier opposant au maire socialiste. Au moins, cela met un peu de sel dans la campagne.

Lyon Capitale : Vous étiez candidat "participation citoyenne" aux municipales de 2001, et désormais candidat du Modem. Quelle est la cohérence entre ces deux démarches ?
Eric Lafond : Elles sont dans la continuité. En 2001, l'idée fondamentale était de refonder la démocratie, de sortir du clivage gauche-droite. Je ne serai pas maire de Lyon. L'objectif, c'est un score à deux chiffres et des élus dont la liberté de parole ne dépendra pas d'accords entre appareils. Si le Modem veut être crédible à la présidentielle de 2012, il faut avoir démontré notre capacité à être indépendants, et pas simplement des supplétifs du PS, ou de l'UMP comme l'était l'UDF.

Quel bilan faites-vous de la gouvernance Collomb ?
Il s'est entouré d'adjoints qui cumulent, et qui n'ont pas le temps de s'investir pleinement. Résultat, il se retrouve seul , et s'est entouré d'un cabinet très conséquent, qui a pris le pas sur les élus. C'est un système très pyramidal. Aujourd'hui, seul le maire peut porter un projet politique. C'est inefficace. Si les postes d'adjoints ont été créés par la loi, c'est pour qu'une logique collégiale se mette en place. Elle ne fonctionne pas du tout.

Pourriez vous être adjoint de Collomb ?
Les électeurs ne m'ont encore donné aucune légitimité, je ne peux pas répondre à cette question.
Trois Modem devraient être élus sur les listes Collomb, et autant chez Perben... Allez-vous vous retrouver après le 16 mars ?
Ce sera plus compliqué avec ceux qui sont partis chez Perben. Se retrouver avec les copains de Villiers, ce n'est pas pareil que les copains de Buna !

Si le résultat est serré entre Collomb et Perben et que tout dépend de votre choix, que ferez-vous ?
Je ne crois pas à un vote serré. Je n'ai pas de doute que Collomb, plus sur son bilan que sur son projet, sera réélu. Le vrai enjeu c'est d'avoir une opposition constructive, et donc de privilégier une opposition démocrate à une opposition UMP. En trois semaines, on ne va pas renverser l'issue du scrutin. Mais finir deuxième derrière Collomb, ce n'est pas impensable. Au moins dans le 4e, le 1er et peut-être le 5e... Dans le 3e, je vais essayer de chatouiller Perben le plus possible.

Pensez-vous "prendre" plus à Perben qu'à Collomb ?
Oui. Je crois qu'on sera plus convainquant que Collomb auprès de l'électorat écologiste et qu'à droite les européens modérés nous rejoindront, car les listes Perben se sont sacrement durcies avec Nardone, le MPF...

Pourquoi seriez-vous plus crédible que Collomb ou Perben sur l'environnement ?
Ils parlent tous les deux "d'éco-quartiers". Mais il ne faut pas s'arrêter aux normes HQE. Nous souhaitons que la ville donne l'exemple en construisant des HLM entièrement autonomes, grâce au solaire et à la géothermie. On souhaite aussi avoir un angle plus opérationnel sur des questions comme l'eau et les déchets. C'est absurde de nettoyer les rues avec de l'eau potable quand on peut récolter l'eau de pluie ! Sur les déchets, ça fonctionne mal. Les poubelles vertes, ça débarrasse, mais ça recycle peu, car les gens font beaucoup d'erreurs. On entend privilégier des "circuits courts", en installant par exemple un compacteur à déchets dans certains immeubles, dont la gestion serait confiée à un voisin. Il y a des villes beaucoup plus percutantes que nous sur les questions d'environnement. Nous souhaitons faire émerger un vrai tissu de PME spécialisées, corrélé à l'Université... On peut avoir pour objectif que la ville recycle un jour tous les déchets qu'elle produit.

Quelles sont les grandes lignes de votre projet ?
Nous avons la conviction que Lyon est en train de devenir une métropole européenne, ce qui veut dire que sa population va s'accroître et qu'il faut répondre aux contraintes de logements, de transports, de densification que cela pose. D'autant que le deuxième axe de notre projet est d'améliorer la qualité de vie au quotidien. L'enjeu, c'est qu'il fasse aussi bon vivre dans toute l'agglomération que dans le centre-ville.

C'est plus un projet pour le Grand Lyon...
Oui, mais les frontières administratives doivent être gommées, elles n'ont plus de sens. Villeurbanne fait partie intégrante de Lyon. C'est pour ça que nous voulons structurer des axes de déplacements, un maillage Nord-Sud et Est-Ouest. Le meilleur moyen d'y parvenir, c'est le rail : les trains, le tram, les trams-trains...

Quels choix ferez vous sur les autoroutes ?
Il faut abandonner le COL, qui est beaucoup trop cher et ne répond pas aux besoins des gens. Pour se débarrasser des camions en ville, on peut mettre le fret sur le rail et les fleuves. Perrache pourrait ainsi se métamorphoser en gare de fret pour alimenter la ville. Quant au TOP, on est d'accord pour le raccorder à Tassin. Le reste n'est pas faisable avant 15 ou 20 ans. Comme nous mettons la priorité sur le rail, peut-être que d'ici là on se rendra compte que le TOP n'est pas nécessaire. Et qu'il vaudra par exemple mieux faire un métro périphérique. L'année dernière, pour la première fois la circulation sur TEO a légèrement reculé...

Que pensez-vous du plan métro voulu par Perben ?
Ça n'a pas de sens au centre-ville, puisqu'on peut le traverser à pied... Depuis 10 ans, l'usage des TCL a reculé. Pour le redévelopper, cela passe par des outils pédagogiques, par exemple la gratuité pour les enfants. Le portefeuille est toujours la limite du civisme : aujourd'hui une famille prend la bagnole parce que c'est moins cher que 4 ou 5 tickets... L'enjeu, c'est de développer les transports non polluants. On proposera d'élargir vélo'v au privé, chaque entreprise pourra mettre une borne qui sera reliée au réseau. Collomb propose un remonte-pente à vélo à la Croix-Rousse, c'est bien... Mais il faut aussi en faire à la Duchère et à Fourvière !

Vous ne souhaitez donc pas mettre l'accent sur les infrastructures ?
Non, plutôt sur l'expérimentation. On peut faire muter notre parc bus vers des carburants non polluants, comme Lille, qui a adopté des bio-gaz issus de la récupération des ordures. On veut aussi des métros toutes les heures la nuit. Dans cette logique d'une ville 24/24, on pourrait mettre des bornes administratives dans les métros, pour toutes les formalités. Passer une demi-journée à la mairie pour une déclaration de travaux, ce n'est pas possible !

Vous souhaitez aussi un "Lyon humaniste"... C'est un peu la tarte à la crème de tous les candidats !
Nous allons essayer de nous attaquer à des sujets difficiles. La grande pauvreté. Et la sécurité. Lyon est la ville de France qui a le plus de policiers (nationaux et municipaux) par habitant ! Ce n'est pas l'empilement de nouvelles brigades, comme le proposent Collomb et Perben, qui sera la solution ! Nous proposons de nous attaquer à une source d'insécurité : la récidive à la sortie de prison. Aujourd'hui, le taux de récidive est de 75 % sur les courtes et les moyennes peines. Pour nous, il y a une corrélation avec l'état épouvantable de nos prisons. Comme l'Etat ne le fait pas, nous proposons que la ville prenne en charge la rénovation de ses prisons. L'idée est d'en faire des lieux dignes, avec à proximité des bâtiments où les entreprises pourraient s'installer avec leurs équipements pour permettre aux détenus de travailler.

Sur la pauvreté, on veut des solutions concrètes. Les habitants de Mermoz et la Duchère sont souvent peu qualifiés, les emplois qu'ils pourraient exercer ne sont pas à proximité mais dans la plaine de l'Ain, où ça embauche... Sans voiture, ils ne peuvent pas y aller. Il suffirait d'un bus ! Pour l'instant, personne ne veut le faire : le Sytral dit que c'est en dehors de son périmètre, le département ne s'occupe que des Rmistes...

Vous proposez de faire une "ville plus belle". Comment ?
Il faut trouver une identité architecturale à cette ville. Elle n'en a pas, à part la Renaissance au Vieux-Lyon, et le plan Lumières. Mais depuis, on n'a rien inventé ! On propose donc un grand programme de fresques, élaborées par les habitants. On veut aussi multiplier les projets architecturaux, pour que les concertations aient du sens, et instaurer le principe de Haute Qualité Artistique. On associe moins les artistes aux grands projets ces dernières années, cela a pourtant du sens.

En matière architecturale, la "vox populi" ne choisit pas forcément le plus beau ou le plus audacieux ?
Oui, il y a un risque de consensus mou. On n'est pas dans le fantasme de la démocratie permanente, mais nous faisons le pari de l'intelligence collective. Quand on impose, les gens s'opposent. Si on associe, on explique, on peut convaincre. Aujourd'hui, les décisions sont prises dans le tête à tête entre un élu et un architecte. Ça donne la place des Terreaux... Les projets ne peuvent qu'être meilleurs si on ouvre de vraies concertations. Rendre public, c'est aussi faire intervenir d'autres acteurs qui peuvent poser de bonnes questions... On n'en serait pas là sur le Musée des Confluences, s'il y avait eu une vraie concertation ! Aux dernières nouvelles, la maquette n'est pas faisable. La pointe est trop lourde, elle s'effondre !

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