Elliott Aubin (France Insoumise), le 23 mars 2019 à Lyon © Maxime Jegat / PhotoPQR-MaxPPP
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Elliott Aubin (France Insoumise Lyon) : “Tout nous oppose à Marine Le Pen”

Entretien – Aux municipales de 2014 à Lyon, ils étaient apparus en binôme sur la scène politique. Elliott Aubin et Andréa Kotarac étaient les visages de la France Insoumise, des camarades et des amis. Passé la sidération, l’élu du 1er arrondissement cède à une colère d’abord politique. Il revient sur une “trahison qui laissera des traces” et tente de casser toute sensation de porosité entre le positionnement des Insoumis et celui du nouveau parti de son ancien camarade.


Lyon Capitale : Comment avez-vous appris le ralliement d’Andréa Kotarac au Rassemblement national ? Vous avait-il prévenu ? Elliot Aubin : Je l’ai découvert sur BFM TV. Il avait prévenu un de nos amis de regarder cette chaîne. Je l’ai donc vu annoncer qu’il quittait La France Insoumise en dressant un constat politique sur lequel on peut en partie se retrouver : défendre l’idéal républicain et la laïcité. Mais je suis en total désaccord avec lui quand il dit qu’il ne peut plus le faire chez nous et qu’il rejoint le FN. Il commet une erreur politique fondamentale, car tout nous oppose. Je lui en veux parce qu’il justifie son basculement en disant que le RN est républicain, souverainiste et laïc. Il les légitime, il en fait un parti comme les autres. C’est une vraie trahison, sur le plan politique comme des valeurs. Une partie de mon engagement politique vise à montrer l’imposture frontiste, qui n’est pas un parti républicain. Le RN déploie une vision ethnique et nationaliste. Andréa Kotarac s’appuie sur des faits qu’il juge inacceptables au sein de La France Insoumise pour expliquer son passage au RN. Son départ doit-il vous pousser à un examen de conscience ? Quand il évoquait la laïcité, il a beaucoup parlé de l’IFCM [l’Institut français de civilisation musulmane, un musée qui doit ouvrir à côté de la grande mosquée de Lyon, NdlR]. Il disait que des élus Insoumis avaient voté pour l’octroi de subventions à ce projet. Mais c’est faux. Il n’y a d’ailleurs pas d’élus Insoumis ou du Parti de gauche au conseil municipal. Avec Benoît Schneckenburger [candidat LFI aux européennes] nous avions écrit aux élus pour leur demander de ne pas voter de subvention. Nous considérions que l’IFCM était davantage un projet cultuel. En interne, nous avons eu des débats sur ce sujet, mais je n’ai jamais entendu Andréa là-dessus. Quand il parle de communautarisme, ce qu’il dit relève du fantasme. Des sensibilités politiques peuvent s’affronter au sein de La France Insoumise. Danièle Obono [députée LFI], par exemple, a pu tenir des propos publics qui interpellent, mais ils ne font pas partie de notre programme. Si, dans notre projet politique, nous avions reculé, on pourrait tirer la sonnette d’alarme. Dans le livret laïcité, il est écrit noir sur blanc que nous défendons la laïcité. Aucun autre mouvement politique ne le fait mieux que nous. Sur l’IFCM, le discours de Christophe Boudot [conseiller municipal RN] ne portait pas sur la laïcité mais sur les musulmans et pour préserver la civilisation chrétienne. Andréa Kotarac cautionne ce discours aujourd’hui. Dans notre parti, il n’y a jamais eu de réunions interdites aux hommes. Il y a eu une tentative, mais la clarification a été immédiate. En interne, il peut y avoir des dérives mais, quand il dit que la ligne mélenchoniste est minoritaire, il se trompe. S’il part à cause de l’écriture inclusive, alors c’est n’importe quoi. La ligne indigéniste, comme la souverainiste dont il se revendique, n’est pas majoritaire. Il évoque aussi le départ de Djordje Kuzmanovic [un souverainiste de gauche] comme un point de basculement, mais à ce moment-là je ne l’avais pas senti si affecté.

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L’ex-conseiller régional LFI Andréa Kotarac au meeting RN d’Hénin-Beaumont, le 24 Mai 2019 © Philippe Huguen / AFP
C’est une bascule inédite – des Insoumis au Rassemblement national – qui se lit comme un roman d’espionnage. La volte-face d’Andréa Kotarac s’est opérée dans un climat marqué par les tentatives d’influence russes sur la politique française, avec des entremetteurs et des considérations financières. Retour sur une bascule plus médiatique qu’idéologique.

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